Notre évêque nous parle

Tous les éditos > Dialogue de Pâques avec Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège (26/03/2016)


Bonjour, Père Évêque ! Vous avez tenu à nous saluer en ce jour de Pâques ?


 


Oui! Je souhaite à tous une excellente fête de Pâques ! Chers Frères et Sœurs, je vous souhaite à tous une vie pleine de joie, dans la lumière de Pâques !


 


Que voudriez-vous souligner dans votre message de Pâques de cette année ?


 


Je voudrais partir de l’évangile qui est lu cette année à la fête de Pâques et qui est extrait de l’évangile selon saint Luc, au chapitre 24. On y trouve que trois femmes, amies de Jésus, se rendent à son tombeau après sa mort, pour soigner son corps : il s’agit de Marie-Madeleine, Jeanne et Marie mère de Jacques. Cela me frappe !


 


Mais n’est-il pas normal qu’on s’occupe d’un corps mort ? C’est ce que font aujourd’hui les pompes funèbres !


 


Justement, ici ce ne sont pas des pompes funèbres. Ce sont des femmes. Et ce ne sont même pas les douze disciples de Jésus. Les femmes sont plus sensibles que les hommes ; elles ne veulent pas abandonner le corps de Jésus. Elles sont courageuses : elles se lèvent tôt le matin, avant que les disciples de Jésus soient réveillés. Pour moi, c’est un signe d’attention aux autres et à leur fragilité. Le corps de Jésus mort, c’est le signe d’une grande fragilité. Mais ces femmes n’ont pas voulu fermer les yeux sur cette fragilité et elles sont sorties de chez elles pour le soigner.


Cela me fait penser aux nombreux morts victimes des attentats de Bruxelles de ce 22 mars. Comme Jésus, ces personnes sont mortes victimes de la violence injuste et du mal de ce monde. Comme les femmes au tombeau de Jésus, je voudrais que nous soyons tous proches des victimes et de leurs familles. J’admire et j’approuve tous ceux qui marqué leur compassion ces jours-ci et exprimé leurs sentiments d’amour, au cœur de la souffrance.


 


Mais ces femmes trouvent le tombeau de Jésus vide ! Le corps n’y est plus ! Donc ces femmes ont perdu leur temps !


 


On pourrait le dire, en effet. Mais en fait, au lieu de soigner le corps de Jésus, elles ont une vision. Elles voient deux hommes en vêtements éblouissants, qui leur disent :  « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? » Donc elles reçoivent bien plus qu’elles n’attendaient. Elles reçoivent un message déconcertant, avec un ton de reproche, ou même un ton d’humour un peu moqueur. On leur dit : « vous vous trompez d’adresse ! Il faut aller voir ailleurs. Il ne suffit pas de soigner les morts ; il faut découvrir le vivant ».


 


Qui sont ces deux hommes aux vêtements éblouissants ? On dirait des fantômes ! Sont-ils crédibles ?


 


Souvent on parle d’anges à leur sujet. Mais ici, l’évangéliste Luc parle de deux hommes en vêtements éblouissants. Ils sont deux parce que dans le judaïsme, il faut toujours avoir deux témoins au moins pour attester d’un événement. L’événement, ils le précisent immédiatement : « Jésus n’est pas ici ! Il est ressuscité ». Quant à leur vêtement éblouissant, c’est le symbole que leur message est une lumière qui éclaire la vie ; la lumière est le signe de la présence de Dieu. Donc l’évangéliste Luc présente ce message comme étant d’origine divine.


 


Le message est donc : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? » En fait c’est une allusion à Jésus, mais avec un nom nouveau : « le Vivant » ?


 


En effet, c’est un nouveau nom de Jésus : « le Vivant ». C’est pour cela qu’à Pâques, on donne des œufs ! L’œuf, c’est la vie, c’est l’origine de la vie. L’évangile ne parle pas d’œuf de Pâques, mais il appelle Jésus « le Vivant ». C’est la même chose. C’est pour nous dire que Jésus est à l’origine de la vie et qu’il est la vraie vie. Mais l’évangéliste ajoute qu’on risque parfois de le chercher parmi les morts. Pour moi, cela veut dire qu’on risque de chercher la vie dans de mauvaises directions. Par exemple, on cherche la vie dans la richesse, dans le succès, dans l’intérêt personnel, dans la satisfaction immédiate, dans le bonheur matériel. Dans ces cas, on cherche la vie parmi les morts. En effet, si je cherche mon intérêt personnel avant tout, j’écrase les autres et je les rends malheureux. Je cherche le Vivant parmi les morts !


 


Donc il faut chercher le Vivant ailleurs ! Où chercher le Vivant, où chercher Jésus vivant ?


 


C’est vraiment la bonne question ! En effet, il faut chercher ! C’est comme les œufs de Pâques ! Si on respecte la tradition, les enfants doivent chercher les œufs de Pâques dans les jardins, sous les buissons. Il faut chercher la vie au milieu du jardin. D’ailleurs dans l’évangile selon saint Jean, Jésus apparaît à Marie-Madeleine sous les traits d’un jardinier. Le jardin, c’est le symbole de la nature et de la vie, surtout en ce début de printemps. C’est pourquoi Jésus apparaît dans le jardin. Et c’est pourquoi on cherche les œufs dans les jardins !


 


Mais c’est plus facile de trouver des œufs dans un jardin que de trouver Jésus sans sa vie !


 


L’important, c’est de commencer à chercher ! Il faut se mettre en route. La réponse à votre question se trouve dans la suite de l’évangile de saint Luc, qui nous raconte l’épisode des disciples d’Emmaüs. Ces deux disciples rencontrent Jésus sur le chemin, sur la route qui va de Jérusalem à Emmaüs, donc sur une route qui s’éloigne de la ville sainte, sur une route toute simple, qui va vers un petit village peu connu, Emmaüs. Emmaüs, c’est comme un village de Belgique ! Les deux disciples découvrent petit à petit que Jésus les accompagne sur le chemin, parce qu’il leur explique le sens de sa propre vie et le sens de leur vie à eux. Nous aussi nous sommes invités à chercher Jésus. Nous devons exposer nos problèmes au Seigneur, comme l’ont fait les disciples d’Emmaüs. Et nous découvrirons une parole de vie qui brûlera nos cœurs et nous donnera la joie.


 


Vous dites : « Exposer nos problèmes au Seigneur ». Comment peut-on faire cela ? N’est-ce pas de l’imaginaire ?


 


Non, je ne le pense pas. Je fais allusion à la prière. La prière, c’est un moment de méditation où on peut présenter sa vie à Dieu, on ouvre son cœur, on prend conscience de ce qu’on vit, de ce qu’on désire, de ce qui nous fait vivre. Alors on entend une réponse, dans la prière ou dans la vie quotidienne : on voit les situations dans une nouvelle lumière, on y voit plus clair. Cela c’est le signe de la présence de Jésus ressuscité dans nos vies. Cette présence de Jésus prélude à notre propre résurrection. Chacun de nous, mystérieusement, est appelé à vivre de la vie de Dieu, à être uni à Dieu et à ressusciter. Nous ne sommes pas condamnés à la mort.


 


En fait, les disciples d’Emmaüs ont reconnu définitivement Jésus quand il leur a partagé le pain à l’auberge ? C’est une allusion à l’eucharistie ?


 


Exactement ! Dans la célébration de l’eucharistie, on entend la parole de Dieu qui éclaire nos vies, et on partage le pain, qui signifie le partage du corps du Christ, le partage de la vie du Christ. C’est donc dans le partage de sa vie qu’on découvre Dieu et qu’on s’unit à Dieu. Ce partage a une valeur mondiale. Sans partage dans notre monde, dans notre pays, on va mourir ; tout doit être partagé pour que le monde vive sans violence, pour le climat ne soit plus agressé, pour que la justice vive. C’est pourquoi l’eucharistie est le symbole du geste qui sauve le monde ! Et communier au corps du Christ, c’est recevoir sa force de vie, qui fait de nous des gens déjà ressuscités, à la suite de Jésus. Donc n’oubliez pas de communier à Pâques ! C’est le sacrement d’une vie nouvelle ! Bonne fête de Pâques à tous !



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