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Tous les éditos > Ascension (Année A) - Cathédrale de Liège ce 25 mai 2017 (25/05/2017)


 


Ascension (Année A)


Cathédrale de Liège - 25 mai 2017


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 


Chers Frères et Sœurs,


Ce soir, si vous cherchez à voir la lune, vous ne la trouverez pas ! En effet, ce sera une nuit sans lune. Chaque année, la fête de l’Ascension tombe une nuit sans lune. C’est normal, car elle est fêtée 40 jours après Pâques. Pâques, c’est la pleine lune ! Quarante jours après, c’est une nuit sans lune. En effet, le jour de l’Ascension il n’y a plus rien à voir. Comme disent les anges aux disciples (Ac 1,11) : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? » Sous-entendu : « Il n’y a plus rien à voir ici. Passez votre chemin ! Allez voir ailleurs »


« S’il n’y a rien à voir, pourquoi sommes-nous venus ici ? », me direz-vous ! C’est qu’à défaut de voir quelque chose avec les yeux de chair, il y a quelque chose à voir avec les yeux du cœur et quelque chose à vivre dans son cœur ! La chose à voir avec les yeux du cœur, c’est la vraie nature de Jésus, qui a disparu de notre regard. La chose à vivre dans notre cœur, c’est notre nouvelle condition de disciples, après le départ physique de Jésus. Explorons ces deux volets.


Jésus est élevé, enlevé vers le haut, vers le ciel. Une nuée le cache aux yeux des disciples (Ac 1,1-11). Ces mots nous mettent la puce à l’oreille : le haut, le ciel, la nuée, ce sont toutes des symboles pour dire Dieu. Dieu, dans sa grandeur et dans son universalité. L’Ascension signifie que Jésus – le crucifié de Jérusalem – est dans la grandeur de Dieu. « Dieu le Père l’a fait asseoir à sa droite », dit l’apôtre Paul (Eph 1,17-23). L’Ascension, c’est le signe que l’humanité de Jésus est prise dans la divinité du père ; plus précisément, que l’humanité de Jésus avec son corps meurtri et blessé, est prise dans le sein de Dieu. Désormais, mystérieusement, il y a en Dieu une présence de la blessure humaine. « Les plaies restent toujours dans le corps du Christ », disait saint Cyprien (De baptismo Christi). C’est la grande alliance que célèbre le christianisme entre l’humanité et la divinité : elles deviennent solidaires l’une de l’autre, étroitement et définitivement. L’Ascension est donc la victoire de Dieu sur la faiblesse de la nature humaine et sur la mort ; et c’est aussi la victoire de l’humanité sur une image de Dieu lointaine et impassible, isolée dans sa grandeur.


Le deuxième volet, c’est ce qui est à vivre dans notre cœur, c’est la nouvelle condition humaine après l’Ascension de Jésus. En effet, les disciples ne sont pas condamnés à être tristes parce que Jésus est parti. Car ils reçoivent une force nouvelle et une responsabilité nouvelle. Jésus leur annonce qu’ils vont être baptisés dans l’Esprit-Saint (Ac 1,5) – le même Esprit qui l’animait lorsqu’il enseignait et agissait durant sa vie publique, le même esprit qu’il avait reçu à son baptême des mains de Jean-Baptiste, le même dans lequel ils baptiseront les nouveaux croyants. Cette force leur permettra d’être les témoins de Jésus. « Vous serez mes témoins à Jérusalem… et jusqu’aux extrémités de la terre », dit Jésus dans les Actes (Ac 1,8). « Enseignez toutes les nations », dit Jésus selon l’évangéliste Matthieu (Mt 28,19). C’est donc une nouvelle responsabilité qui est donnée aux disciples. Ils doivent enseigner, faire connaître ce qui est le cœur de la réalité humaine, et s’adresser pour cela à toutes les nations. Ensuite ils doivent baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (Mt 28,19), c’est-à-dire qu’ils doivent faire entrer les gens en communion avec le Dieu-amour. Et enfin, ils doivent « apprendre à observer tout ce que Jésus a commandé » (Mt 28,20), c’est-à-dire apprendre à agir selon la loi de l’amour.


Jésus nous invite à regarder le monde avec un regard d’espérance. Jésus chasse de nos vies l’immobilisme, le découragement, la résignation. Il nous donne une force pour changer le monde. C’est pour cela que le pape François nous provoque à aller de l’avant et qu’il n’hésite pas à rencontrer les grands de ce monde pour témoigner de cette foi, comme il a fait hier en rencontrant le président Donald Trump et en lui faisant passer ses messages. Le président a été impressionné. Il a dit qu’il n’oublierait pas les paroles du pape. Espérons ! En tout cas, nous, n’oublions pas les paroles du Christ le jour de son départ. Et rappelons-nous toujours sa dernière parole, d’après l’évangéliste Matthieu : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».


C’est à chacun de nous que Jésus donne cette espérance.


Bonne fête de l’Ascension à chacun!


+ Mgr Jean-Pierre Delville, 


Votre évêque.



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