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Discours de Nouvel An 2016


Marche de la paix à Liège


 


Chers Amis,


 


C’est une joie pour moi de participer comme évêque à cette marche pour la paix. Je remercie François Delooz et la Communauté S. Egidio de l’avoir préparée cette année aussi. C’est une tradition remontant au pape Paul VI de consacrer le jour de l’an à la paix. La paix c’est aussi notre souhait à tous au début de cette année. C’est mon souhait à moi pour notre ville et notre province de Liège.


 


Pour établir la paix, nous bénéficions des pistes proposées par le pape François, qui nous a adressé un message pour cette 49e Journée mondiale de la paix. Le pape nous invite cette année à combattre l’indifférence pour gagner la paix.


 


1. Lutter contre l’indifférence


 


« Dieu n’est pas indifférent ! Dieu accorde de l’importance à l’humanité, Dieu ne l’abandonne pas ! Telle est ma profonde conviction ! », écrit le pape[1]. Il est convaincu qu’il y a des raisons d’espérer, même si l’on constate une « troisième guerre mondiale par morceaux[2] ». « Il ne faut pas perdre l’espérance dans la capacité de l’homme, avec la grâce de Dieu, à vaincre le mal et à ne pas s’abandonner à la résignation et à l’indifférence », écrit-il. Un signe de cela, c’est « la rencontre des leaders mondiaux, dans le cadre de la COP 21, afin de chercher de nouvelles voies pour affronter les changements climatiques et sauvegarder le bien être de la Terre, notre maison commune ».


Un autre signe, que le pape a lancé lui-même, c’est le Jubilé de la miséricorde : « je veux, écrit-il, inviter (…) tout chrétien à mûrir un cœur humble et compatissant, capable d’annoncer et de témoigner la miséricorde, de ‘pardonner et de donner’, de s’ouvrir ‘à ceux qui vivent dans les périphéries existentielles les plus différentes, que le monde moderne a souvent créées de façon dramatique’ sans tomber ‘dans l’indifférence qui humilie, dans l’habitude qui anesthésie l’âme et empêche de découvrir la nouveauté dans le cynisme destructeur’ ». En effet, ajoute le pape, « en tant que créatures dotées d’une inaliénable dignité, nous existons en relation avec nos frères et sœurs, envers lesquels nous avons une responsabilité, et avec lesquels nous agissons en solidarité ».


 


2. Les formes d’indifférence


 


Face à cet appel, certains pourraient être sceptiques ou indifférents. « L’indifférent, c’est celui qui ferme son cœur pour ne pas prendre en considération les autres[3]. » Le pape identifie trois formes d’indifférence : « l’indifférence envers Dieu », l’indifférence envers le prochain et l’indifférence envers la création ».


 


« Celui qui est indifférent à Dieu se sent auto-suffisant, et il cherche non seulement à se substituer à Dieu, mais à le faire disparaître complètement », écrit le pape. Quant à l’indifférence envers le prochain, c’est en particulier « l’attitude de celui qui sait mais, qui garde son regard, sa pensée et son action tournés vers lui-même ». En effet, une certaine saturation d’information risque de nous anesthésier. Enfin, « l’indifférence se manifeste comme un manque d’attention vis-à-vis de la réalité environnante, surtout la plus lointaine ». Ainsi, dit le pape, « presque sans nous en apercevoir, nous sommes devenus incapables d’éprouver de la compassion pour les autres (…). Alors notre cœur tombe dans l’indifférence : alors que je vais relativement bien et que tout me réussit, j’oublie ceux qui ne vont pas bien ». En outre, « la pollution des eaux et de l’air, l’exploitation sans discernement des forêts, la destruction de l’environnement, sont souvent le fruit de l’indifférence de l’homme envers les autres ».


 


3. La paix menacée par l’indifférence globalisée


 


Cette indifférence a une conséquence directe sur la paix dans le monde. Comme l’affirmait déjà Benoit XVI, « il existe un lien intime entre la glorification de Dieu et la paix des hommes sur la terre[4] ». Rendre gloire à Dieu nous incite à vivre la paix sur terre. Inversement, l’indifférence, écrit le pape François, « peut en arriver à justifier certaines politiques économiques déplorables, annonciatrices d’injustices, la conquête ou le maintien du pouvoir et des richesses, même au prix de piétiner les droits et les exigences fondamentales des autres ». « Quand les populations voient leurs propres droits élémentaires niés, comme la nourriture, l’eau, l’assistance sanitaire ou le travail, elles sont tentées de se les procurer par la force ». « L’indifférence vis-à-vis de l’environnement naturel, qui favorise la déforestation, vis-à-vis de la pollution et des catastrophes naturelles qui déracinent des communautés entières de leur milieu de vie en les contraignant à la précarité et à l’insécurité, cette indifférence crée de nouvelles pauvretés » et menace la paix.


 


4. De l’indifférence à la miséricorde : la conversion du cœur


 


Donc il faut passer de l’indifférence à la miséricorde, d’après le pape. « La miséricorde est le cœur de Dieu », écrit-il. Ainsi Dieu dit à Moïse : « J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J’ai entendu son cri devant ses oppresseurs[5] ». De même, Jésus ne se contentait pas d’enseigner aux foules, mais il se préoccupait d’elles, spécialement quand il les voyait affamées. C’est pourquoi, dans la parabole du bon samaritain (Lc 10, 29-37), Jésus dénonce celui qui passe indifférent devant l’homme blessé sur le chemin. Jésus nous invite à nous arrêter devant les souffrances de ce monde. « Jésus nous avertit : l’amour pour les autres – les étrangers, les malades, les prisonniers, les sans-domicile-fixe, même les ennemis – est l’unité de mesure de Dieu pour juger nos actions ». Donc, « dans nos paroisses, les communautés, les associations et les mouvements, en bref, là où il y a des chrétiens, quiconque doit pouvoir trouver une “oasis de miséricorde”», dit le pape. Ainsi, chacun est appelé à se donner un programme de vie fait d’amour, de compassion, de miséricorde et de solidarité. « La solidarité, ainsi comprise, constitue l’attitude morale et sociale qui répond le mieux à la prise de conscience des plaies de notre temps ».


 


5. Culture de solidarité et de miséricorde


 


Le pape nous invite à promouvoir une culture de solidarité et de miséricorde pour vaincre l’indifférence[6]. On passe ainsi de l’engagement personnel à l’engagement social. Cette solidarité passe par la famille, par l’éducation et la formation. Cette culture de la solidarité est vécue par de nombreuses associations partout dans le monde, écrit le pape[7], à l’intérieur de l’Église et en dehors d’elle. Leurs membres, à l’occasion d’épidémies, de calamités ou de conflits armés, affrontent les difficultés et les dangers pour soigner les blessés et les malades et pour enterrer les défunts. Le pape pense aussi aux journalistes et aux photographes qui informent l’opinion publique et prennent de grands risques pour cela. Il pense également aux réfugiés et aux migrants : « Combien de familles ouvrent leurs cœurs et leurs maisons à ceux qui sont dans le besoin, comme aux réfugiés et aux migrants ! » « Je veux remercier de façon particulière toutes les personnes, les familles, les paroisses, les communautés religieuses, les monastères et les sanctuaires, qui ont répondu rapidement à mon appel à accueillir une famille de réfugiés », écrit-il. Il pense également aux jeunes qui s’unissent pour réaliser des projets de solidarité.


 


6. La paix dans le signe du Jubilé de la Miséricorde


 


Dans l’esprit du Jubilé de la miséricorde, chacun est appelé à reconnaître comment l’indifférence se manifeste dans sa propre vie, et à adopter un engagement concret pour contribuer à améliorer la réalité dans laquelle il vit, à partir de sa propre famille, de son voisinage ou de son milieu de travail[8]. Les États aussi sont appelés à des gestes concrets, à des actes de courage à l’égard des personnes les plus fragiles de leurs sociétés, comme les prisonniers, les migrants, les chômeurs et les malades. Le pape demande à nouveau l’abolition de la peine de mort. Il insiste en faveur d’une ouverture des législations sur les migrants, car la clandestinité risque de les entraîner vers la criminalité. Il écrit qu’une « attention spéciale devrait être donnée aux femmes – malheureusement encore discriminées dans le domaine du travail ».


Il lance enfin un triple appel concret en faveur de la paix : 1. Qu’on s'abstienne d'entraîner les autres peuples dans des conflits ou des guerres qui en détruisent les richesses matérielles, culturelles et sociales, mais aussi – et pour longtemps – l'intégrité morale et spirituelle ; 2. Qu’on efface la dette internationale des pays les plus pauvres ou qu’on lui donne une gestion soutenable ; 3. Qu’on adopte des politiques de coopération qui, au lieu de se plier à la dictature de certaines idéologies, soient respectueuses des valeurs des populations locales.


 


Dans cet esprit de solidarité, je remercie chacun de vous d’être venu aujourd’hui, quelle que soit sa religion ou sa conviction. Que cette année soit une source de paix pour vous tous et vos familles, et ajouterai-je, spécialement pour les malades que nous connaissons et que nous côtoyons. Oui 2016 s’avère prometteuse! Car nous pouvons travailler tous à la paix en refusant l’indifférence! Bonne année à tous!


 


Bonne annèye à turtot!


 


+Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 





[1] Pape François, Message pour la journée de la paix, 2016, § 1.




[2] Pape François, Message pour la journée de la paix, 2016, § 2: Préserver les raisons de l’espérance.




[3] Pape François, Message pour la journée de la paix, 2016, § 3: Les formes d’indifférence.




[4] Pape François, Message pour la journée de la paix, 2016, § 4: La paix menacée par l’espérance globalisée.




[5] Pape François, Message pour la journée de la paix, 2016, § 5: De l’indifférence à la miséricorde : la conversion du cœur.




[6] Pape François, Message pour la journée de la paix, 2016, § 6: Promouvoir une culture de solidarité et de miséricorde pour vaincre l’indifférence.




[7] Pape François, Message pour la journée de la paix, 2016, § 7: La paix : fruit d’une culture de solidarité, de miséricorde et de compassion.




[8] Pape François, Message pour la journée de la paix, 2016, § 8: La paix dans le signe du Jubilé de la Miséricorde.





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