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Tous les éditos > Homélie pour la veillée pascale du 15 avril 2017 - Cathédrale de Liège (17/04/2017)


 


Homélie pour la veillée pascale


15 avril 2017


Cathédrale de Liège


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 


Jésus vint à leur rencontre


 


 


Chers Frères et Sœurs,


 


« Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent faire une visite au tombeau de Jésus […]. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : Réjouissez-vous ! » (Mt 28, 1.9). La fête de Pâques est donc, pour Marie Madeleine et l’autre Marie, une rencontre avec Jésus. La résurrection de Jésus n’est jamais décrite par les évangélistes comme une sortie du tombeau, mais comme une rencontre avec Jésus vivant. Cette rencontre se fait dans la joie ; Jésus dit : « Réjouissez-vous », en grec « chairete », que notre traduction liturgique traduit un peu platement par « Je vous salue ». Cette rencontre provoque un mouvement, que l’évangéliste décrit par trois verbes : « Elles s’approchèrent, et lui saisissant les pieds, elles se prosternèrent devant lui ! » Ces attitudes décrivent la foi nouvelle de ces femmes. Le verbe « s’approcher de Dieu », prosèlthon, signifie en grec biblique « devenir croyant », « se convertir » ; c’est pourquoi les convertis s’appelaient en grec les « prosélytes », c’est-à-dire ceux qui s’étaient approchés. Ainsi les femmes, en s’approchant de Jésus, deviennent de nouvelles croyantes, des converties. Elles lui saisissent les pieds et elles se prosternent devant lui, ajoute l’évangéliste Matthieu. Cela signifie qu’elles font un geste d’affection et de respect, elles embrassent les pieds de Jésus et se prosternent devant lui. Ces pieds de Jésus, c’est comme les pieds des disciples qu’il a lavés à la dernière cène. Ce sont les pieds nettoyés de celui qui a terminé le voyage, de celui qui est arrivé. Les pieds de Jésus renvoient aux pieds des disciples ! en effet, dans ce récit de la résurrection de Jésus selon Mt, que de km parcourus : les femmes vers le tombeau, les femmes vers les disciples, les femmes vers Jésus et Jésus qui donne rendez-vous en Galilée – ce qui n’est pas la porte à côté ! La résurrection de Jésus nous met donc en mouvement comme elle a mis en mouvement les disciples. Elle a mis en mouvement des personnes qui vont être baptisées aujourd’hui, comme Lila qui sera baptisée tout à l’heure.


Elle nous met en mouvement, nous tous, dans notre monde. Pour saisir la lumière de Pâques, il faut faire comme les femmes qui ont accompagné Jésus jusqu’au Calvaire. Elles ont communié à ses souffrances. Elles nous engagent à vivre nous aussi cette compassion, cette participation à la passion de Jésus, à ses souffrances et à celles du monde ; elles nous invitent à avoir en nous un cœur de chair, et pas un cœur de pierre, pour reprendre les mots du prophète Ézéchiel. Elles nous invitent à être proches des peuples qui souffrent, comme Dieu qui a entendu les cris du peuple d’Israël, esclave en Égypte, et qui entend aujourd’hui les cris des peuples en difficulté, comme la Syrie, l’Irak, la Somalie... Dans cette attitude de sympathie avec ceux qui souffrent, nous découvrirons alors, comme les femmes au tombeau de Jésus, le mystère de la libération et du salut qui nous sont donnés.


C’est alors que l’ange ajoute que le crucifié « s’est réveillé d’entre les morts ». Phrase choc, qui signifie la victoire sur la mort, sur l’absurdité de la mort, qui mettrait un terme à la somme d’amour que Jésus a répandue autour de lui. La résurrection de Jésus est décrite comme un réveil. Face à l’endormissement, à l’engourdissement de l’être humain, Jésus provoque un éveil, un réveil, un relèvement. L’éveillé devient éveilleur. Pour vivre cela, il faut cependant vivre un déplacement : « Jésus vous précède en Galilée ». Il faut aller ailleurs, en Galilée, la Galilée des nations, comme l’appelle Matthieu, c’est-à-dire le lieu de la mixité culturelle, le lieu de différentes nations, le lieu de la vie concrète, le lieu où Jésus a vécu l’essentiel de sa mission, où il a rencontré les gens dans leur vie quotidienne. La Galilée, c’est le lieu des guérisons faites par Jésus et celui de ses premiers disciples, des pêcheurs de Galilée. Donc pour rencontrer Jésus ressuscité, il faut retourner dans la vie concrète, la vie de tous les jours, les rencontres de tous les jours. « C’est là que vous le verrez », ajoute l’ange. « Voir » signifie voir en profondeur, voir en réalité ; c’est le « voir » de la vision, c’est le voir du prophète. Voir Jésus ressuscité, c’est donc le voir dans sa réalité profonde, c’est le voir comme une force d’amour, qui nous pousse au-delà de nos limites, dans nos lieux de vie, dans nos Galilées actuelles.


Ainsi on peut voir Jésus à l’œuvre. C’est ce qui arriva aux femmes venues au tombeau : à peine avaient-elles entendu le message de l’ange qu’elles voient Jésus, qui vient à leur rencontre ; elles entendent de sa bouche le même message que de la bouche de l’ange. Mais Jésus précise : « allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée ». Au lieu de parler de ses disciples, Jésus parle ici de « ses frères ». Par la Pâque, ceux qui étaient des disciples deviennent « des frères », donc des égaux, des sauvés, des ressuscités, puisqu’ils sont mis sur le même plan que Jésus. Si les disciples sont les frères du ressuscité, ils participent donc à sa résurrection.


Chers Frères et Sœurs, voilà aussi ce qui nous est promis par Jésus. Nous sommes ses frères et ses sœurs, par notre communion avec lui. Nous participons à sa résurrection, c’est-à-dire à sa vie nouvelle. Comme dit saint Paul au Romains (6,3b-11) : « Si, par le baptême, nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui » : « c’est pour que nous menions une vie nouvelle ». Dans un moment, nous revivrons notre baptême par l’aspersion de l’eau baptismale. C’est le sacrement de notre vie nouvelle, le sacrement de la communauté nouvelle.


Alors, comme les femmes au tombeau, laissons l’ange de Dieu parler en nous. Exposons-nous à son message de joie. Ayons en nous un cœur de chair, un cœur en recherche. Et communiquons cela autour de nous, en nous déplaçant vers notre Galilée, vers notre société mélangée et multiculturelle. Dieu fera monter sur nos lèvres les paroles à dire. Jésus fait de nous ses frères, nous participons à sa nature divine et à son histoire humaine. L’amour de Dieu ne se résigne pas à la mort et au mal. Devenons des prophètes de la Résurrection.


Christ est ressuscité !


Vraiment, il est ressuscité !


Alleluia !


+ Mgr Jean-Pierre Delville,


 Votre évêque.



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