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Tous les éditos > Homélie pour le dimanche des Rameaux, 9 avril 2017 à la Cathédrale de Liège (11/04/2017)


 


Homélie pour le dimanche des Rameaux


9 avril 2017


Cathédrale de Liège


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 


Nous avons entendu le récit de la Passion du Christ, raconté par l’évangéliste S. Matthieu. Que de détails précis, que de remarques émouvantes, que de vérité humaine dans ce texte d’évangile. Que de grandeur et de force chez Jésus, chez sa mère, chez les saintes femmes, chez Joseph d’Arimathie ; que de petitesse, de lâcheté, de cruauté ou de calcul chez beaucoup d’acteurs : Pilate, Pierre, Judas, Caïphe, les disciples, les passants… Mais que de choses gardées en mémoire !


Cela contraste avec tous ces morts anonymes qui donnent leur vie, mais qu’on ignore, dans les guerres et les révolutions qui secouent aujourd’hui le monde. Combien de cadavres sans histoire ont été exposés à nos yeux, par la TV, ces derniers jours, en Syrie spécialement à cause de la guerre, mais aussi en Somalie et en Ethiopie à cause de la sécheresse! Des vies humaines bafouées, oubliées… Combien d’autres gisent impuissantes en prison, attendant la mort ? Combien sont tués sans raison, sans procès, sont accusés injustement ? Combien souffrent en silence à cause de la maladie, de problèmes psychologiques, de disputes familiales, de problèmes économiques ou professionnels ?


Par contre, pourquoi a-t-on gardé tant de souvenir de la mort de Jésus ? C’est que Jésus était connu de son temps, pour que tant d’éléments de son arrestation, de sa condamnation et de son exécution aient été retenus. Sa vie et sa mort étaient un enjeu pour le pouvoir. Son impact nous dit beaucoup de Jésus ; et ce n’est pas pour rien que nous évoquons aujourd’hui même l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Oui, il était connu, il signifiait quelque chose pour les gens de son temps. Le contraste avec sa passion n’en est que plus grand.


Mais si la passion de Jésus a tellement frappé les esprits et qu’on en a retenu autant de détails, c’est que ses disciples y ont saisi un sens profond, qui va au-delà de l’événement. Ils ont saisi que derrière la souffrance de Jésus se cachait le mystère de sa personne et qu’elle révélait le mystère de toute l’humanité. Derrière Jésus se cache toute la souffrance du monde, et surtout la souffrance des oubliés de ce monde. Jésus donne sa vie pour eux tous, pour tous ceux qu’on oublie et qui sont victimes du mal et de la souffrance. En fin de compte, il donne sa vie pour chaque être humain, qui tôt ou tard est victime de la souffrance et de la mort. Jésus communie avec chaque homme. L’évangile nous offre ici un tableau de la condition humaine, de notre souffrance, de nos petitesses ou de nos grandeurs, de notre sort et du sens de notre vie.


Face à tous ces comportements qui s’expriment dans le récit de la passion de Jésus, face à tous ces caractères si humains, trop humains, où nous situons-nous ? Le texte nous invite à dépasser nos peurs et nos paralysies, pour nous pousser à la compassion. Souffrir avec Jésus. Et souffrir avec ceux qui souffrent aujourd’hui. Ainsi le mystère de la souffrance humaine ne reste pas à l’état d’énigme, mais peut être affronté et devenir source de vie, de foi, d’engagement. Au lieu d’écraser, il relève et transforme. Il devient créateur d’amitié, de relation. Marie au pied de la croix est la première à vivre cette compassion, à souffrir avec son fils. Elle va devenir la première témoin du Christ, la mère de tous les chrétiens. Car Marie a découvert l’identité de Jésus. Dans le labyrinthe des points de vue sur Jésus, elle a fait son choix. Le texte de la passion nous pousse à faire de même.


 


Qui est Jésus pour nous ? Pour moi ? Le texte nous laisse sur un point d’interrogation, sur une attente, sur la garde du tombeau. Soyons nous aussi parmi la garde, parmi ceux qui veillent, ceux qui attendent, ceux qui ont une espérance ! Ayons de la compassion pour lui, en ce jour ; il aura compassion de nous, toujours !


+ Mgr Jean-Pierre Delville,


Votre évêque. 



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