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Tous les éditos > Homélie de la Toussaint 2016 Liège, cathédrale Saint Paul, Liège (01/11/2016)


Homélie Toussaint 2016


Liège, cathédrale


 


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 


 


Chers Frères et Sœurs,


 


 


En cette fête de Toussaint, peut-être sommes-nous entrés dans cette église avec en tête la mémoire des défunts que nous connaissons, avec le souvenir de personnes précises qui nous tiennent à cœur. Mais la liturgie d’aujourd’hui élargit notre regard : au lieu de nous faire voir des individus, elle nous fait voir des foules.


Dans l’évangile que nous venons d’entendre, en effet, l’évangéliste nous dit que Jésus, « voyant les foules, gravit la montagne » et se mit à les enseigner en disant : heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5,1-12). Et dans l’Apocalypse, saint Jean écrit (Apocalypse 7,2-14) : « J’ai vu : voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues ».


Ces deux foules sont heureuses : dans son discours sur la montagne, Jésus répète neuf fois le mot « heureux ». Et dans l’Apocalypse, la foule chante la louange de Dieu en disant : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le trône et à l’Agneau ». Cette joie est celle d’appartenir à un peuple sauvé, à un peuple rassemblé : c’est la joie de ne pas être isolé et abandonné, livré à soi-même et aux violences du monde.


 


Chers Frères et Sœurs, c’est cela que nous célébrons en cette fête de Toussaint : c’est la communion des saints, l’assemblée des saints, l’ecclesia, l’Église. C’est une société réconciliée, malgré les épreuves de la vie. Cette assemblée n’est pas une élite réservée à quelques uns. Elle est composée de tous les peuples de la terre, nous dit l’Apocalypse. Elle se compose de pauvres, nous dit l’évangéliste Matthieu : de pauvres de cœur, de gens qui pleurent, de doux, d’assoiffés et affamés de justice, de miséricordieux, d’artisans de paix, de persécutés divers.


Comment de pareilles gens pourraient-ils former un peuple solide, me direz-vous ? C’est un mélange de paumés et de doux rêveurs, apparemment ! La réponse est dans la lettre de saint Jean : « Bien aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu, - et nous le sommes ! » Ce peuple est donc formé d’enfants de Dieu et donc de frères et sœurs. C’est cela sa force. C’est la force d’être aimés par une Dieu Père et de partager fraternellement cet amour.


 


La sainteté ne commence donc pas par des vertus personnelles et exceptionnelles ; elle consiste d’abord à se laisser aimer par Dieu comme des enfants qui sont aimés par leurs parents, ou comme des pauvres qui, dans leur pauvreté, sont proclamés heureux, parce qu’ils ont une richesse cachée : ils désirent être aimés.


Face aux peurs qui hantent chacune de nos vies, Jésus a une réponse donnée à chacun de nous personnellement : tu es aimé de Dieu, laisse-toi aimer par Dieu. Chacun de nous a un itinéraire personnel sur ce chemin d’amour. D’abord, nous cherchons à chasser nos peurs et nos faiblesses. C’est ce que nous voyons dans les pratiques d’Halloween : on joue à se faire peur et à faire peur aux autres par des masques les plus laids et les plus noirs possibles. On veut exorciser le mal par le mal. C’est humain. Mais la foi chrétienne nous répond aujourd’hui par une autre image : le vêtement blanc et la marque de Dieu sur notre front.


De l’individu isolé et victime de ses peurs, on passe au peuple des enfants de Dieu, marqués ensemble par l’amour.


De la destinée qui semble limitée à cette vie, on passe à une espérance de vie éternelle en Dieu.


D’une concurrence entre la vie terrestre et les sortilèges de l’au-delà, on passe à une communion entre le présent et l’éternité.


D’une humanité divisée et violente, on passe à un peuple réuni en communion. Telle est la vision qui nous est donnée aujourd’hui.


 


Une application concrète de cette communion nous est donnée aujourd’hui même à l’heure où je vous parle. Cela se passe à Lund en Suède où le pape François s’est rendu, pour inaugurer le 500e anniversaire de la Réforme protestante. C’est en effet un 31 octobre, veille de la Toussaint 1517, que Luther a affiché ses 95 thèses contre les indulgences sur les portes de l’église de Wittenberg. Par ces thèses, Luther combattait le culte des saints et s’opposait à la pratique des indulgences, c’est-à-dire l’assurance du salut qu’on cherchait à obtenir en vénérant les reliques des saints. Pour Luther, le culte des saints masquait la sainteté de Dieu ; et la pratique de l’indulgence anéantissait la gratuité du salut que Dieu nous donne. En effet les abus du culte des saints occultaient Jésus, le saint des saints. Ainsi a commencé la réforme de l’Église, qui s’est prolongée dans la douleur et la violence. Pour affirmer son identité, l’Église protestante a fait du 31 octobre la fête de la Réformation. Or aujourd’hui nous redécouvrons nos liens avec les protestants et nous faisons des pas dans le sens de l’unité, de la réconciliation et la réforme de nos Églises. La fête qui était un symbole d’opposition entre protestants et catholiques est devenue aujourd’hui un point de rencontre. C’est exactement le sens de ces foules que nous montre la liturgie de ce jour : nous découvrons d’un œil nouveau cette « foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues », de toute confession et de toute Église, ajouterais-je.


Alors, soyons unis entre nous, comme cette foule de l’Apocalypse. Nous formons à notre tour dans cette cathédrale cette foule rassemblée par Jésus, ce peuple faible mais sauvé. Il nous oriente vers un monde nouveau et nous stimule à y travailler dès maintenant.


La fête de Toussaint nous projette dans le futur, mais elle nous renvoie au présent aussi.


Les saints sauvés par le Christ, c’est déjà chacun de nous !


Bonne fête de Toussaint à tous !


 


+ Jean-Pierre Delville,


Votre évêque



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