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Tous les éditos > 400 ans de la paroisse et les 143 ans de l’église Saint-Walburge (13/10/2014)


Homélie 28e dimanche B


12 octobre 2014


400 ans de la paroisse et 143 ans de l’église Ste-Walburge, Liège


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 


 


 


Chers Frères et Sœurs,


 


 


En ce 400e anniversaire de la paroisse et ce 143e anniversaire de votre église, nous voici rassemblés, un peu comme la liturgie d’aujourd’hui le suggère : Dieu veut rassembler toute l’assemblé pour un repas de fête, nous dit le prophète Isaïe (25,6-9). Et Jésus nous raconte la parabole des invités à la noce (Mt 22,1-14).


Évidemment, c’est un évangile assez secouant ! Moi je l’appelle la parabole du plan B ! Pourquoi ? Il s’agit d’une parabole où Jésus parle d’un roi qui invite des amis aux noces de son fils. Mais les invités se font excuser et personne ne vient ; or les animaux sont déjà tués pour le festin, et il n’y avait pas de frigo à l’époque ! Vous imaginez l’urgence d’avoir des invités pour remplir la salle de noces et honorer le jeune couple qui se marie. Un mariage sans invités, ce serait triste ! Le récit prend ici des couleurs violentes et excessives, puisqu’on apprend que les envoyés du roi se font carrément tuer par les invités ; et que le roi répond à ces violences par une violence pire encore, puisqu’il envoie ses troupes et détruit toute la ville des invités ! Ces détails qui excèdent la logique du récit doivent nous mettre la puce à l’oreille. Peut-être évoquent-ils des référents de ce récit symbolique ; ou peut-être sont-ils introduits par le narrateur pour faire monter la tension narrative et relancer l’attention des auditeurs. Toujours est-il que, suite à ce rejet définitif des messagers, le roi a une autre idée, un plan B : il invite à son repas n’importe qui, il invite les gens de la rue. Ici on passe à l’autre extrême : de l’attitude de violence on passe à l’attitude de générosité débordante ; on fait venir carrément les bons et les mauvais ! Et ainsi le roi obtient une grande assemblée pour le mariage de son fils.


 


Cette parabole, comme toute parabole, comporte un côté anormal, énigmatique, décalé par rapport à la réalité quotidienne.


Dans cette parabole, au-delà des aspects excessifs destinés à créer le suspense du récit, la principale énigme est celle d’une absence : l’absence de l’épouse. Où est l’épouse ? Qui est l’épouse ? Son absence serait-elle le signe de la faible place des femmes dans l’Église ? Dans la symbolique biblique, la femme est le symbole du peuple d’Israël. Or dans cette parabole justement, il n’y a plus de peuple : le peuple se désiste, les gens s’absentent, le peuple ne répond pas à l’invitation. L’absence de l’épouse reflète la désaffection du peuple. Le peuple abandonne son roi, il abandonne Dieu, dont le roi est le symbole. Jésus a le sentiment que le peuple d’Israël abandonne son Dieu. Chacun est pris dans la logique de l’intérêt personnel. C’est la loi de l’individualisme, du chacun pour soi. Rien de nouveau sous le soleil – cette attitude est encore très vraie aujourd’hui ! Quant au fils du roi, l’époux, il reste seul, isolé. Jésus, représenté par ce fils, se sent abandonné, trahi. Cette parabole, qui date de la fin du ministère de Jésus, annonce déjà la trahison du peuple, l’abandon vis-à-vis de Jésus.


Alors face à cet échec, un coup de théâtre se produit : le roi échafaude un plan B : il appelle à la noce n’importe qui, les bons et les mauvais. Jésus représente ici dans la parabole ceux qui le suivent quand même : les gens de la rue, les gens sans formation, sans morale sûre, les suspects. Tous sont accueillis par le roi ; le roi a changé de visage ; il n’est plus le maître impitoyable, l’image du Dieu lointain, qui châtie et rend justice sans pitié. Il est l’image d’un Dieu proche, généreux, sensible, accueillant, sans façon. Ainsi les invités sont flattés de l’invitation, ils sont valorisés par cet accueil du roi, qu’ils n’avaient jamais imaginé rencontrer un jour. Ces nouvelles gens, ces nouveaux invités de 3e catégorie, ces héros du plan B, c’est le vrai peuple de Dieu, ce sont eux l’épouse, la nouvelle famille du roi !


Chers Frères et Sœurs, ce message de la parabole retentit à nos oreilles de chrétiens du 21e siècle. Où sommes-nous comme peuple de Dieu, comme épouse du fils du roi, comme communauté d’amour, appelée à l’intimité avec le fils de Dieu ? Nous sentons-nous appelés malgré notre indignité ? Nos frères humains, bons et mauvais, propres ou sales, fréquentables ou non, sont-ils appelés à être membres de notre famille nouvelle, de notre famille recomposée ? Voilà la question qui nous est renvoyée à nous, comme communauté chrétienne. Sommes-nous accueillants à tous ? Sommes-nous prêts à créer cette nouvelle famille humaine que Jésus suscite ? Sommes-nous comme sainte Walburge qui, au 8e siècle, tout en étant l’abbesse d’un grand monastère, n’hésitait pas à passer toute une nuit au chevet d’un enfant malade ? Et comme ce vicaire général Pierre Stévart, qui en 1614, trouvait nécessaire d’aller dans la périphérie de Liège et y construire une église ?


La parabole comporte aussi une finale, propre à Matthieu, et qu’on ne trouve pas dans le texte parallèle chez Luc (Lc 14,15-24). Cette finale nous présente un invité qui n’a pas revêtu l’habit de noce. Subitement le roi redevient sévère et met l’homme à la porte. Que signifie cet habit de noce ? C’est le signe de la reconnaissance ! Quand on a fait l’objet d’un grand honneur, on répond par la reconnaissance, par un signe de remerciement. J’étais récemment à Barcelone, à une messe anniversaire de la Communauté S. Egidio, et après la messe, lors de l’apéro, on m’a présenté tout un groupe de clochards de Barcelone. Ils étaient fiers d’être là ! Ils me disent : « Nous sommes les clochards de la Plaça Cataluña ». Je me faisais la réflexion : ils sont bien habillés pour des clochards. Puis j’ai compris : ils voulaient faire honneur à ceux qui les invitaient. Le bel habit, c’est le signe du respect de l’autre ! Ainsi en va-t-il de chacun de nous. Quelle reconnaissance avons-nous pour être accueillis dans le peuple de Dieu ? Sommes-nous, comme dit le pape François, des chrétiens qui tirent une mine d’enterrement et râlent à tour de bras ? Ou sommes-nous joyeux et rayonnons-nous la joie de l’évangile ?


 


Voilà donc le grand défi qui nous est lancé en cet anniversaire. Que sera Ste-Walburge dans 100 ans, dans 400 ans ? Quelle communauté voulons-nous être ? Quelle famille voulons-nous former ? La question est d’actualité en ce mois où le pape François réunit à Rome le synode sur la famille. Un enjeu mondial ! Un défi à relever déjà ici ! Formerons-nous donc une famille nouvelle, qui réunit dans l’amour les bons et les mauvais ? Si oui, je vous le garantis, Ste-Walburge vivra plus que centenaire ! Bon anniversaire !



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