Notre évêque nous parle

Tous les éditos > Homélie 27e dimanche A - 8 octobre 2017 : Installation des clarisses à Cornillon (08/10/2017)


Homélie 27e dimanche A - 8 octobre 2017


Installation des clarisses à Cornillon


+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 


Chers Frères et Sœurs, chers Sœurs Clarisses,


C’est une grande joie pour moi et pour vous tous de célébrer aujourd’hui l’installation des sœurs clarisses ici à Cornillon en la solennité de saint François d’Assise. Nous célébrons comme un don de Dieu ce moment privilégié. C’est un don de Dieu que de recevoir la vocation à la vie religieuse. C’est un don de Dieu pour la ville de Liège que de recevoir la communauté des sœurs clarisses, qui a été fondée par sainte Claire d’Assise (1193-1253), une exacte contemporaine de sainte Julienne de Cornillon (1192-1258). La communauté fondée en 1930 à Hannut a fondé la communauté de Bujumbura au Burundi en 1962, et celle-ci a envoyé chez nous une partie de la communauté, qui s’est installée à Avernas en 2002, et qui s’installe en partie dès aujourd’hui, ici à Cornillon. Elle succède ici à la communauté des carmélites, qui a assuré le service de la prière pendant 157 ans et que je remercie de tout cœur.


Dans le cadre de la société actuelle, la vie religieuse est un défi. Les religieuses vivent la pauvreté, la communauté et la chasteté ; la pauvreté est un antidote à la recherche de richesses, la communauté est un défi face à l’individualisme et la chasteté est un défi face aux dérives de la sexuelle et affective. Par cette discipline de vie, les sœurs vivent l’amour en profondeur et le partagent autour d’elles. Elles se donnent entièrement à Dieu. Elles réalisent cette phrase que saint Paul disait aux Philippiens (Ph 4,7) : « La paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera votre cœur et votre pensée dans le Christ Jésus ». La paix de Dieu, c’est le salut que Dieu nous offre. C’est la paix dans le cœur, c’est la paix dans le monde et c’est la paix dans la vie éternelle. Nous avons tous besoin de cette paix. Les sœurs clarisses prient pour la paix dans les cœurs et la paix dans le monde. La prière des religieuses ouvre les cœurs à l’action de Dieu. Dans notre ville, on a besoin de la paix dans les cœurs ; dans d’autres villes du monde, on a besoin aussi de la paix dans la vie civile. Sainte Claire d’Assise était sensible à la paix dans le monde : quand les troupes de l’empereur Frédéric II assiégeaient la ville, un commando s’en est pris au monastère des clarisses. Les sœurs risquaient toutes d’être exécutées ; alors sainte Claire est allée à la rencontre des soldats en montrant le Saint-Sacrement qu’elle tenait en main. Et devant l’eucharistie portée par cette femme, les troupes de l’empereur ont rebroussé chemin et laissé le monastère intact et les sœurs indemnes. Depuis lors, on représente sainte Claire comme une religieuse tenant en main un ostensoir avec l’eucharistie.


Cela fait qu’on la confond parfois avec sainte Julienne de Cornillon. Celle-ci est bien connue pour avoir promu la fête du Saint-Sacrement : c’est pourquoi on la représente aussi avec le Saint Sacrement en mains. Les deux femmes ne se sont jamais connues, mais elles se rejoignent dans leur amour pour l’eucharistie et donc pour le Christ. C’est donc une chose merveilleuse que les sœurs de sainte Claire s’installent dans la maison où vivait sainte Julienne. L’eucharistie, c’est le Christ ressuscité qui se donne à nous en communion. Par l’eucharistie notre vie est branchée sur le Christ. Grâce à l’eucharistie, notre vie est rendue fraternelle. Grâce à l’eucharistie, nous formons un nouveau peuple de Dieu, comme le dit Jésus en conclusion de l’évangile que nous venons d’entendre : « Le royaume de Dieu sera donné à un peuple qui lui fera produire du fruit » (Mt 21, 43).


Chers Frères et Sœurs, ce peuple, c’est vous ! Chacun de vous avec sa vocation propre fait partie de ce peuple à qui est confié le Royaume de Dieu. C’est pourquoi Cornillon est un sanctuaire, un sanctuaire du peuple de Dieu qui produit du fruit. Ce monastère est un lieu de rayonnement, nourri à la spiritualité de saint Julienne et, à partir d’aujourd’hui, à la spiritualité de sainte Claire, et plus largement à la spiritualité de l’eucharistie et du corps du Christ. Il est important que chacun puisse se retrouver accueilli ici et soit nourri à cette spiritualité du corps du Christ. Cela fait partie du projet qui se développe dans cette maison.


 


Ce projet va à contre-courant d’une mentalité courante, la mentalité du chacun-pour-soi. C’était la mentalité des vignerons homicides dont nous parle Jésus dans la parabole que nous venons d’entendre dans l’évangile (Mt 21, 33-43). La mentalité du chacun-pour-soi a poussé ces vignerons à garder pour eux les fruits de la vigne. Or le bonheur  pour l’homme, c’est de pouvoir partager ce qu’il fait, ce qu’il produit. C’est cela le royaume de Dieu. Mais souvent la vie va dans l’autre sens et on agit comme les vignerons homicides, on garde tout pour soi ; cela débouche sur la violence et sur le meurtre. Cette logique du mal n’aura pas le dernier mot : «  la pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue pierre d’angle », dit Jésus, en faisant allusion à sa propre situation, à sa mort et à sa résurrection. Et grâce à lui, un peuple de Dieu pourra donner du fruit au Royaume de Dieu.


Telle est notre mission, Frères et Sœurs, telle est la mission des sœurs clarisses, telle est la mission de ceux qui s’engagent pour dynamiser cette maison, telle est la mission de tous les sympathisants venus aujourd’hui, telle est la mission de notre Église locale, dans la vigne de l’Église de Liège ! Prions le Seigneur pour qu’il nous inspire dans cette mission, qu’il nous donne l’esprit qui animait saint François d’Assise et sainte Claire et qu’il nous fasse produire du fruit dans son royaume qui au milieu de nous. Amen ! Alleluia !


 + Mgr Jean-Pierre Delville, Votre évêque.



Accéder à tous les éditos