Notre évêque nous parle

Tous les éditos > Allocution de Mgr Delville lors de l'inauguration des quatre vitraux de Gottfried Honegger au transept de la cathédrale de Liège en présence de S.A.R. le prince Laurent de Belgique (07/09/2016)


 


Le patrimoine religieux : sacré et culture se conjuguent


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


7 septembre 2016


 


 


Inauguration des quatre vitraux de Gottfried Honegger au transept de la cathédrale de Liège


en présence de S.A.R. le prince Laurent de Belgique


 


 


Monseigneur, Excellence, Mesdames, Messieurs,


 


 


La lumière du soir est particulièrement belle pour admirer des vitraux exposés à l’ouest. Les vitraux des quatre baies du transept que nous inaugurons ce soir bénéficient de la lumière du soleil couchant. Les deux fenêtres du côté sud évoquent, pour moi, chacune quatre lunes qui forment un cercle autour d’un centre vide. Du côté nord, ce sont quatre segments de cercle qui forment une circonférence autour d’un centre vide. Quatre fenêtres avec chacune quatre éléments. Le chiffre 4 revient avec insistance. Or, dans la Bible, il symbolise le cosmos, le monde, vu qu'il existe quatre points cardinaux et quatre fleuves du Paradis ; les dessins animés télévisées populaires nous rappelle aussi qu’il y quatre éléments : le terre, l’air, l’eau, le feu. L’Apocalypse mentionne quatre vivants (Ap 4,7), dont les symboles, plus tard, seront appliqués aux quatre évangélistes ; elle décrit quatre vents et quatre anges aux quatre coins de la terre (Ap 7,1). L’Apocalypse c’est le livre de la nouvelle création. Donc, ici dans la cathédrale de Liège, au moment où le soleil se couche à l’occident, symbole de la mort, apparaît dans les vitraux la lumière d’un nouveau monde, d’une nouvelle création. Cette recréation du monde apparaît aussi grâce à la transformation des couleurs par rapport aux vitraux de la nef. Leurs couleurs plus directes se transforment ici en couleurs plus diversifiées ; et l’aléatoire des formes de la nef se régularise dans le transept en cercles parfaits.


L’art de Gottfried Honegger, résolument moderne et abstrait, nous ouvre donc vers la contemplation du cosmos et ouvre notre esprit à l’espérance d’un monde meilleur. En ces temps actuels marqués par l’incertitude, par la peur de l’autre, par la menace d’attentats, par l’afflux d’immigrés fuyant la misère, les vitraux de Honegger nous donnent une vision du cœur de notre foi : une nouvelle création est à l’œuvre dans le monde. Comme l’écrivait l’apôtre Paul, le saint patron de cette église : « la création toute entière gémit ; elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore » (Rm 8, 22). Dans cette cathédrale millénaire, dans ce patrimoine chargé d’expérience humaine, la vie et la mort s’affrontent, entre les ossements d’un homme assassiné, saint Lambert, dont le corps est placé dans la nef latérale sud, et le corps de Jésus, vivant, qui est reçu en communion à l’autel, à l’orient. Entre ces deux points, un enfantement se fait, un nouveau monde nait, dont témoignent les nouveaux vitraux, qui dirigent notre regard dans le sens de l’espérance.


Nous découvrons ainsi comment la culture et le sacré s’enrichissent mutuellement. Grâce à la démarche culturelle, par exemple le fait de créer un vitrail, le sacré est appelé à être exploré à nouveaux frais et à recevoir des interprétations nouvelles. Le dimension religieuse est elle-même approfondie par l’exigence d’une expression culturelle contemporaine. De son côté la culture est enrichie par de nouvelles sources d’inspiration qui la conduisent vers de nouvelles expressions : ainsi l’art du vitrail est développé de manière nouvelle parce qu’il s’est inspiré de sources religieuses qui lui donnent un nouvel élan. Le cas de cette cathédrale est donc exemplaire puisqu’elle fournit la trame à cette double expérience : une culture qui se dépasse elle-même et une foi religieuse qui trouve de nouvelles expressions mieux adaptées à nos mentalités actuelles. Merci à Michel Teheux et à sa sœur Marie-Bernadette de nous avoir conduits sur ce chemin. Merci à Gottfried Honegger de l’avoir créé ; merci aux ateliers Loire de Chartes d’avoir réalisé ce projet. Merci aux acteurs divers d’avoir contribué à l’exécution de cette œuvre d’art.


Ainsi au cœur de cette cathédrale, au cœur de ce patrimoine religieux qui porte les symboles du sens de toute vie humaine, l’art contemporain ouvre-t-il de nouvelles portes à notre esprit et nous donne-t-il la joie d’un regard nouveau, la stupeur de la vision.


 


 


+ Jean-Pierre Delville,


Evêque de Liège



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