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Tous les éditos > Homélie 7e dimanche A Aubel, 19 février 2017 - Conclusion de la visite pastorale plateau de Herve (20/02/2017)


 


Homélie 7e dimanche A


Aubel, 19 février 2017


Conclusion de la visite pastorale plateau de Herve


 


Chers Frères et Sœurs,


 


Aujourd’hui, c’est la fête sur le plateau de Herve ! Nous voici arrivés au jour de la conclusion de la visite pastorale plateau de Herve. J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer de nombreuses personnes et de nombreuses associations. On peut dire qu’il y a eu deux volets, le volet interne à l’Église et le volet du contact avec la société. Dans le premier volet, j’ai rencontré les prêtres, diacres et assistantes paroissiales, ainsi que les équipes pastorales, qui sont à la tête des UP, et les Conseils d’UP, qui sont un peu le Sénat des UP. Puis j’ai rencontré les membres des fabriques d’églises, les acteurs de la pastorale familiale et ceux de la préparation aux baptêmes, j’ai prié durant une après-midi d’adoration et avec les membres de la communauté de Val-Dieu. Pour ce qui est du deuxième volet, j’ai passé toute une journée dans les écoles et rencontré les élèves, les enseignants et les PO ; j’ai rencontré les mandataires communaux ; j’ai passé une soirée avec des acteurs du monde économique ; j’ai participé à une rencontre avec Foi et Lumière, un mouvement qui rassemble handicapés mentaux et personnes valides ; j’ai participé à une réunion du Papot’thé, groupe de rencontre entre femmes d’origine belge et femmes immigrées d’origine étrangère, en l’occurrence surtout des femmes musulmanes ; j’ai visité le local de l’Accueil Saint-François, qui est au service des familles nécessiteuses. Enfin j’ai donné une conférence grand public pour inaugurer la visite[1]. Et je ne dois pas oublier les moments conviviaux des repas dans des familles ou ailleurs.


À travers toutes ces rencontres j’ai découvert la richesse d’engagement des chrétiens du Plateau et les qualités remarquables des organisateurs. J’ai pu avoir des discussions franches à partir des problèmes qui se posent et à partir des réalisations qui se font.


Si beaucoup de choses se réalisent et beaucoup de personnes s’engagent, nous savons aussi qu’il y a beaucoup de personnes qui sont loin de la foi chrétienne et beaucoup de personnes qui sont dans le besoin et attendent un plus pour leur vie.


Avec tout cela en tête, on pourrait se demander comment l’évangile d’aujourd’hui nous éclaire. À première vue, il est assez lointain ; il nous parle de l’amour des ennemis (Mt 5,38-48). Jésus dit : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui l’autre ». Je n’ai pas été frappé durant ces jours-ci. En quoi est-ce que cet évangile me concerne ? Qui plus est le passage évangélique se termine par la phrase (Mt 5,48) : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ! » Franchement comment pourrais-je être parfait ? La perfection n’est pas de ce monde, dit-on. Cet évangile nous pose donc un défi, il nous demande l’impossible. Cela rejoint ce que je disais lundi soir : beaucoup de gens sont heurtés par le message de Jésus, car ils le trouvent trop exigeant et impossible à réaliser. Alors, nous aussi allons-nous tourner les talons et dire : Ciao ! On nous reverra une autre fois ? En fait, on pourrait raisonner de manière inverse et se dire : heureusement que Jésus nous propose des choses impossibles ! Au moins, il nous bouscule, il nous dérange, il nous donne un horizon nouveau, il nous sort de notre défaitisme. Jean Calvin écrit une réflexion stimulante sur ce verset biblique[2] : « Quoique nous soyons loin de la perfection, nous pouvons être appelés parfaits pourvu que nous tendions au même but que le Christ nous propose en sa personne[3]. » Par cette phrase, Calvin explique que la perfection est un chemin en direction du Christ, qui est le but de notre vie. Dès lors, Calvin introduit ici la notion d’historicité dans la perfection : celle-ci est un chemin. Comme on dit chez les scouts pour les « quali » (c’est-à-dire les qualificatifs, les qualités) : c’est à acquérir.


Alors je me dis qu’il en va de même ici sur le plateau de Herve. On doit être en chemin pour acquérir la perfection, c’est à dire pour devenir de plus en plus à l’image de Dieu, qui est la perfection.


La grande perfection à acquérir, c’est celle de la non-violence, c’est-à-dire celle de la paix. Jésus est un fondateur de la non-violence. En Inde, Gandhi s’est inspiré de Jésus pour promouvoir l’indépendance du pays par la non-violence, alors qu’il était hindou. Et l’Inde est devenue indépendante. C’est la force de la non-violence. C’est aussi ce qui s’est passé en Centre-Afrique l’an dernier, quand les chefs de religions sont devenus amis et ont pourcouru le pays pour dire à la population : Ne vous battez plus pour des motifs religieux ! Regardez : l’évêque catholique, l’iman musulman et le pasteur orthodoxe sont devenus amis. Par ce témoignage la pays a retrouvé la paix, après des dizaines d’années de guerre, et le pape François a voulu ouvrir l’année de la miséricorde en allant là-bas et en ouvrant les portes de la cathédrale de Bangui, avant d’ouvrir celles de S.-Pierre à Rome.


Ainsi nous voyons que la foi chrétienne améliore le monde, sauve le monde. C’est donc très important. On a besoin des chrétiens ! Et c’est pour cela que nous devons être chrétiens sur le Plateau de Herve et être parfaits comme notre Père des cieux est parfait.


 


Je suis persuadé que notre Église a un grand avenir. Reprenons l’image que j’utilisais lundi en parlant du verre à moitié vide et sur du verre à moitié plein. Nous devons travailler dans deux directions. En considérant que le verre est à moitié vide et que la société est loin de Dieu, nous devons être saisis par l’urgence d’une annonce de la foi. Il faut trouver de nouveaux lieux d’annonce et d’explicitation de la foi. Les groupes spécialisés peuvent nous orienter. Mais chacun de nous doit oser aussi sortir de sa carapace, vaincre ses tabous et dire sa foi, surtout en racontant ce qu’il vit, ce qu’il fait, ce qu’il sait et ce qu’il découvre en cette matière. Il faut semer davantage. Il faut renouveler de manière créative le langage de la foi, entre autres dans notre catéchèse.


D’autre part, en considérant que le verre est à moitié plein et en sachant que « Dieu fait lever son soleil sur les bons comme sur les méchants » (Mt 5,45), il faut voir partout les semences d’évangile qui sont parfois implicites. Il faut brasser large, comme fait le pape François ; il faut dialoguer avec tous, écouter, s’engager socialement dans le sens de l’évangile, sachant qu’il y a bien plus d’inspiration chrétienne qu’on ne le croit dans nos sociétés. Il faut s’engager socialement en faveur de la solidarité sociale, de la mixité sociale, de l’accueil du pauvre, du travail pour la paix, du respect de l’écologie, car tout cela est expression de l’évangile. Il faut lutter contre les mouvements qui ont tendance à exclure le religieux de la société. Il faut valoriser les démarches discrètes de foi, qui s’expriment parfois par un geste, une prière, une visite, une ouverture d’église, une musique, une œuvre d’art.


 


Frères et Sœurs, prions l’Esprit pour qu’il nous éclaire. Et n’ayons pas peur de croire dans cette phrase que Jésus nous adresse, comme un défi, mais surtout comme un mystère porteur de vie : « Soyez parfaits comme votre Père des Cieux est parfait ». Amen ! Alléluia ! 


+ Mgr Jean-Pierre Delville,


Votre Evêque.


 


 


 






[1] L’avenir de nos paroisses, de notre foi et de notre Église, Conférence disponible sur le site du Diocèse de Liège : http://liege.diocese.be.




[2]Johannis Calvini, Harmonia ex tribus evangelistis composita, Matthaeo, Marco et Luca… cum Joh. Calvini commentariis, dans Opera omnia, t. XXIII, Brunswick, 1890, col. 190 ; traduction française : Jean Calvin, Commentaires de Jean Calvin sur le Nouveau Testament, t. 1, Aix-en-Provence, 1992, p. 237. Cf. Jean-Pierre Delville, La perfection est-elle de ce monde ? L’exégèse de Mt 5,48 au 16e siècle, dans Gilbert Dahan (éd.), Matthieu 5, 48 : Soyez parfaits (Lectio divina. Études d’histoire de l’exégèse, 11), Paris, Éditions du Cerf, 2017.




[3] « Quantumvis ergo distemus a Deo, dicimur perfecti esse sicut ipse est, dum ad eundem scopum tendimus, quem in se nobis proponit ».





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