Notre évêque nous parle

Tous les éditos > Homélie 15e dimanche C - Abbaye Notre-Dame de la Paix (10/07/2016)


Homélie 15e dimanche C - La parabole du Bon Samaritain


Abbaye Notre-Dame de la Paix


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 


Chers Frères et Sœurs,


 


 


L’évangéliste Luc nous raconte (Luc 10, 25-37) que Jésus, au cours de sa montée vers Jérusalem, rencontrait beaucoup de monde. Aujourd’hui nous entendons qu’il rencontre un docteur de la Loi. Celui-ci pose à Jésus la question : « Que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? » C’est une question un peu intéressée : l’homme pense à son avenir ;  il pense à sa mort ; il cherche sa sécurité. En ce sens, cet homme est proche de nous : chacun de nous se pose la question de son avenir, du sens de sa vie, de sa sécurité.


Chacun de nous dans cette église, que ce soient les bénédictines qui prient ici tous les jours, que ce soient nous, qui participons à leur prière sans faire partie de leur communauté, chacun de nous est venu ce matin ici à cette eucharistie avec cette question au cœur : comment avoir part à la vie éternelle, à la vie en plénitude ?


Pour répondre à cette question, Jésus renvoie le légiste à ce qu’il connaît déjà, la loi de Dieu. En effet, comme dit le Deutéronome, - nous l’avons entendu dans la première lecture-, la loi de Dieu est inscrite au fond de nos cœurs. Elle correspond à nos désirs les plus profonds. Alors le légiste résume la Loi de manière magistrale, comme il est écrit ailleurs dans le Deutéronome (Dt 6,5) : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout cœur, de toute ton âme et de toute ta force » et il ajoute la phrase extraite du Lévitique (Lv 19,18) : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».


L’homme de Loi a donc répondu juste. Jésus lui dit : « Fais ainsi et tu auras la vie ». La vie en plénitude, c’est donc aimer Dieu et son prochain comme soi-même. La vie, c’est « aimer ». C’est aimer soi-même – aimer celui, celle qu’on est, aimer ce qu’on fait ; c’est aimer Dieu – pas seulement « croire » en lui !; et c’est aimer son prochain ! Mais concrètement, qui est mon prochain ? Telle est la nouvelle question du docteur de la loi. C’est aussi notre question : qui aimer ? On ne peut pas concrètement aimer tout le monde…


Alors Jésus raconte une parabole, celle du Bon Samaritain. Elle se passe aussi sur la route, comme la conversation de Jésus avec le légiste. Jésus représente un homme qui descend de Jérusalem à Jéricho, qui est tombé victime de bandits et laissé à moitié mort sur le chemin. C’était sans doute un pèlerin, puisqu’il avait quitté Jérusalem. Cet homme nous fait penser à tous ceux qui aujourd’hui sont blessés par les circonstances de la vie : pensons aux réfugiés ; aux peuples en guerre et soumis à la violence; aux victimes de la faim et de la pauvreté ; aux victimes de la maladie. Tous ils méritent qu’on s’attarde près d’eux. Mais voilà que souvent on passe son chemin sans s’arrêter. Parmi ceux qui passent sur ce chemin, Jésus présente deux extrêmes. D’abord ceux qu’on croyait prêts à aider l’homme, à savoir le prêtre et le lévite – qui avaient fini leur service au temple de Jérusalem et descendaient la route. Ils étaient sanctifiés : ils auraient pu faire quelque chose ; mais ils passent sans s’arrêter. Ensuite arrive un ennemi, un Samaritain : celui-là, on pense qu’il ne va rien faire pour un pèlerin juif. Le judaïsme, ce n’est pas tout à fait sa religion. Eh bien, voilà que lui s’arrête ! Il est pris de pitié ; il panse les plaies et conduit l’homme à l’auberge. On voit ainsi se passer le contraire de qu’on attendrait. C’est l’étranger qui a aidé le blessé, pas le concitoyen, le notable, l’homme religieux ! Il donne même de l’argent à un aubergiste pour que celui-ci continue les soins jusqu’à son retour. Sans doute ce Samaritain va-t-il à Jérusalem : c’est aussi un pèlerin ; il va vraiment vivre son pèlerinage de l’intérieur, avec intensité, grâce au geste qu’il a fait, grâce à sa préoccupation pour le blessé. Jésus, ayant raconté cela, demande au légiste de réagir à l’histoire et il lui pose une question : « À ton avis, qui s’est fait proche de l’homme attaqué par des bandits ? » Remarquez que Jésus a changé la question posée par le légiste. Celui-ci avait demandé : « Qui est mon prochain ? » Suite à la parabole, on serait tenté de répondre : « mon prochain, c’est l’homme blessé, attaqué par des bandits ». Mais Jésus dit : « Lequel de ces trois, te semble-t-il, est devenu le prochain de l’homme blessé ? » La réponse est alors : « Celui qui a fait preuve de bonté envers lui » – donc le Samaritain. Le prochain c’est celui qui a aidé, pas celui qui est aidé ! Donc Jésus a remplacé une question juridique : « qui est mon prochain ?, c’est-à-dire comment déterminer mon prochain ? », en une question personnelle : « qui, te semble-t-il, est devenu proche du blessé ? », c’est-à-dire « comment vais-je devenir proche de l’autre ? »


Ainsi, frères et sœurs, cette question nous est-elle lancée à chacun d’entre nous ! Non pas : qui est mon prochain ?, c’est-à-dire : qui vais-je choisir d’aider ? Mais bien : Comment est-ce que je me fais proche des autres ? Devenir proches, cela veut dire ouvrir son cœur, faire un pas vers quelqu’un, trouver un geste qui soigne, qui réconforte. C’est une attitude intérieure, que le Seigneur nous demande de développer. Elle n’est le privilège de personne : même un étranger, ou une personne d’une autre religion, peut la développer. C’est un appel adressé à chacun de nous, l’appel à être proche, spécialement de ceux qui sont blessés par la vie. On peut trouver toute sorte de geste pour se faire proche : ainsi le Samaritain met dans le coup l’aubergiste, il lui donne une somme d’argent ; c’est aussi ce que nous faisons, quand nous nous mettons ensemble pour aider et pour aimer ; ou quand nous offrons une somme d’argent à une œuvre. L’important, c’est d’ouvrir son cœur et de se faire proche ! « Va, dit Jésus, (littéralement : mets-toi en route, va en voyage, poreuou, en grec) - et toi aussi fais de même ! »


Nous sommes à la veille de la fête de saint Benoit ! Soyons dans l’action de grâces pour ce qu’il nous donne aujourd’hui. Grâce à saint Benoit, nos sœurs bénédictines sont là et vivent la vie monastique dans la confiance et dans la joie. Chacune de vous, mes Sœurs, essaie de vivre l’amour de Dieu et l’amour du prochain dont Jésus nous parle. Je vous encourage de tout cœur à continuer dans la voie du Seigneur, sur ce chemin de Jérusalem à Jéricho, où Jésus nous rencontre sous les traits du Bon Samaritain. Il nous guérit et nous relève, il nous conduit à l’auberge où nous sommes soignés par l’aubergiste. L’abbaye est un peu comme cette auberge, oserais-je dire que mère abbesse est l’aubergiste ? En tout cas, l’auberge accueille chacun, comme cette abbaye accueille chacun dans sa route vers Jérusalem. Avec l’aide de Jésus, bon Samaritain, nous pourrons entrer dans la cité sainte et obtenir la vie éternelle.


Remercions le Seigneur pour ce message de joie, qui nous met en mouvement et qui va au cœur de notre existence ; remercions le Seigneur pour cette bonne nouvelle, qui donne la vie au monde !


 


+ Mgr Jean-Pierre Delville


Votre évêque



Accéder à tous les éditos