Notre évêque nous parle

Tous les éditos > Homélie 5e dimanche Carême C Eglise Rosoux 13 mars 2016 (13/03/2016)


Chers Frères et Sœurs,


 


 


C’est une joie pour moi de me trouver avec vous pour fêter la restauration de votre église. C’est le résultat d’un long travail et d’une volonté acharnée ; c’est le résultat d’un engagement qui manifeste votre foi et votre attachement à votre église. La rénovation d’une église est toujours un signe de renouveau et d’innovation. Je vous félicite. Dans la foulée de cette rénovation, je vous invite aussi à rénover votre cœur !


 


C’est cela que Jésus nous demande en ce 5e dimanche de Carême. Nous avons entendu l’épisode de la femme adultère. C’est un passage extraordinaire de l’évangile. Il a cette particularité d’être une page de l’évangile qui ne se rattache pas à un des 4 évangiles. C’est un texte que, dans les manuscrits de l’évangile, on trouve parfois dans l’évangile de Luc, parfois dans celui de Jean, et à des endroits différents de l’évangile. Finalement, il a fallu se décider et on a placé cette péricope au début du chapitre 8 de l’évangile de Jean. Malgré tout, on pourrait considérer ce texte comme un cinquième évangile. Car il nous présente un évangile en miniature : il nous montre Jésus qui est menacé par les pharisiens, qui fait évoluer ses interlocuteurs, qui fait preuve de compassion pour la femme condamnée et qui promeut la loi de l’amour.


 


C’est ce qu’il montre à la femme adultère qu’on lui présentait avant de la lapider. « Personne ne t’a condamnée ? », dit Jésus à la femme adultère. « Elle répondit : Personne, Seigneur ! Et Jésus lui dit : Moi non plus je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus ! » La femme est pardonnée. Mais comment Jésus en est-il arrivé à pardonner à une adultère ?


 


Dans un premier temps, Jésus était coincé. Des scribes et des pharisiens le poussent à contredire la loi de Moïse. Ils lui présentent une femme prise en flagrant délit d’adultère. Ils lui demandent ce qu’il en pense. Si Jésus refuse de condamner la femme, il s’opposera à la Loi de Moïse. S’il condamne la femme, il contredira la miséricorde qu’il proclame. A tous les coups Jésus est mal pris.


 


En fait Jésus aurait pu observer  que la loi de Moïse (Dt 22,22-24) ne dit pas : « il faut lapider ces femmes là », mais « vous lapiderez tous les deux », tant l’homme que la femme adultère. Or ici on n’a amené que la femme. Celle-ci est donc victime de violence et de misogynie. Elle est une otage des scribes et des pharisiens. Alors Jésus se met à écrire sur le sol. On ne sait pas quoi. C’est la seule fois que Jésus écrit quelque chose, d’après les évangiles. Cela donne aux gens un temps de réflexion. Cela crée un silence intérieur. Jésus permet de réfléchir et d’apprécier ce qui se passe. C’est le temps de la méditation. Alors Jésus lève la tête et lance sa célèbre phrase : « Celui de vous qui est sans péché qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. » Puis il se remet à écrire. Symboliquement on pourrait dire que Jésus réécrit les deux tables de la loi de Moïse, non pas sur la pierre mais sur la terre. Car la loi de Jésus est une loi qui est inscrite dans les cœurs et pas sur la pierre. Aucun des scribes n’ose toucher une pierre pour lapider la femme. Ils s’en vont un par un. Jésus sauve la femme de la peine de mort.


 


Dans notre monde d’aujourd’hui, il y a beaucoup de personnes qui sont méprisées, comme cette femme adultère. Beaucoup de personnes sont méprisées comme cette femme. À nous aussi il nous arrive d’avoir des sentiments de mépris pour les gens. Ici en Hesbaye, quand j’étais petit, on disait souvent pour injurier quelqu’un : Môssi Flamin ! C’est raciste, quand on y pense. Comme on est près de la frontirère linguistique, on est tenté de dénigrer les Flamands ! Mais au fond, c’est aussi une chance : on peut mieux connaître l’autre et dépasser les a priori. On peut devenir comme Jésus et dire : moi non plus, je ne te condamne pas. Dans le monde d’aujourd’hui, les chrétiens doivent être des hommes de miséricorde. Comme Jésus.


 


 


Chers Frères et Sœurs, la rénovation de l’église ici doit aussi être le signe de la rénovation de nos cœurs. Sans la miséricorde, le monde sera fait de violence et de haine, à l’image de cette troupe de pharisiens qui voulaient lapider la femme. Mais avec la miséricorde, on refait l’histoire. La miséricorde sauvera le monde ! Amen !


 


+ Mgr Jean-Pierre Delville,


votre évêque.



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