Notre évêque nous parle

Tous les éditos > Allocution de l’évêque de Liège lors du repas de rupture du jeûne, Iftar, du 22 juin 2016 (23/06/2016)


Allocution de l’évêque de Liège, Jean-Pierre Delville


pour la rupture du jeûne, l’Iftar, le 22 juin 2016, à l’évêché de Liège


 


 Chers Amis,


 


 


C’est une joie pour moi de vous recevoir en ce jour de Ramadan pour le moment de rupture du jeûne, pour ce moment de l’Iftar.


 


Cette année, vous le savez peut-être, a été consacrée par le pape François comme année sainte de la miséricorde. Le pape nous rappelle que Dieu est miséricorde, c’est-à-dire que Dieu nous aime chacun personnellement de tout son cœur. Miséricorde veut dire : un cœur pour celui qui est dans la misère ou la pauvreté. Cela signifie donc une attention privilégiée pour le faible. Cette miséricorde de Dieu nous est révélée par toute la Bible et en particulier, pour nous chrétiens par Jésus-Christ personnellement. Elle est présente au cœur de l’Islam et elle est reprise comme en-tête dans pratiquement chaque sourate du Coran. La miséricorde de Dieu est destinée à tout être humain. C’est donc un devoir pour nous, croyants, de l’accueillir et de la partager. Nous devons devenir à notre tour des personnes miséricordieuses, des personnes au grand cœur. 


 


Depuis le Ramadan 2015, l’année 2015-2016 a été particulièrement éprouvante pour l’humanité. La guerre a continué en Syrie et en Irak, mais aussi au Yemen, en Lybie, et dans d’autres pays voisins. Elle a eu ses retombées en Europe par les attentats de Paris du 13 novembre dernier, d’Ankara le 26 février, d’Istanbul le 19 mars, de Bruxelles le 22 mars, et d’Orlando le 12 juin. Ils ont été revendiqués plus ou moins clairement par DAECH. Les vrais musulmans ont été choqués de ce déploiement de la violence au nom de la religion. Tout au cours de cette année de nombreux efforts ont été accomplis pour dissocier islam et violence. J’étais dans le taxi à Paris dernièrement ; le chauffeur était un musulman marocain. Il a vu que j’étais un évêque catholique. Il me disait qu’il était outré que des musulmans revendiquent la religion pour tuer des gens, et souvent pour tuer leurs propres frères. Il me rappelait que l’on ne pouvait pas appliquer des phrases du Coran écrites il y a 1400 ans pour des situations d’alors à des situations d’aujourd’hui complètement différentes. Il me disait l’importance de sortir d’une interprétation polémique de la religion pour déboucher sur une interprétation respectueuse de tout être humain, qu’il soit juif, chrétien, croyant ou incroyant. Je n’ai pu que renchérir sur ce que me disait ce chauffeur de taxi et je suis heureux de découvrir que pareil discours a été prononcé par un simple croyant. J’espère que cet esprit d’ouverture pourra se diffuser tant dans le monde chrétien que dans le monde musulman. En ce sens on pourrait peut-être dire que les attentats que nous avons vécus ont un côté stimulant, en ce qu’ils nous forcent tous à souligner et à expliciter les éléments de paix dans nos religions et à refuser les éléments d’intolérance.


 


C’est pourquoi la rencontre de ce soir a toute son importance dans ce nouveau contexte. J’espère qu’elle contribuera à alimenter cet esprit de connaissance mutuelle et de respect de l’autre dans sa différence. J’espère qu’elle contribuera à construire le monde de demain qui a besoin d’amour et de miséricorde pour tous et toutes ! Merci de votre attention !


 


+ Mgr Jean-Pierre Delville,


Evêque de Liège



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