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Tous les éditos > Homélie de la fête de saint Hubert Basilique de Saint-Hubert 3 novembre 2016 (03/11/2016)


Homélie de la fête de saint Hubert


Basilique de Saint-Hubert


3 novembre 2016


Jean-Pierre Delville


 


 


Chers Frères et Sœurs,


 


 


C’est une grande joie pour moi en tant qu’évêque de Liège et successeur de saint Hubert de pouvoir fêter avec vous cette fête de votre saint patron. Saint Hubert était un homme très courageux : il accepta de prendre la succession de saint Lambert qui avait été assassiné à Liège vers 705. C’était donc un poste à risque, dans une situation politique instable.


Puis en 718, deuxième décision courageuse : il décide de ramener le corps de saint Lambert de Maastricht à Liège, c’est-à-dire de la ville épiscopale vers le lieu où l’évêque avait été assassiné. C’était une décision historique et audacieuse. Par ce fait même, Hubert transformait le village de Liège en un lieu de pèlerinage sur le tombeau de saint Lambert. Puis il fonda l’église Saint-Pierre et y adjoignit sa résidence épiscopale. Ainsi il contribuait à faire de Liège le lieu de résidence de l’évêque.


Troisième signe de courage : il y avait un peu partout des idoles païennes de culte de la nature, qui entretenaient la peur et la superstition, et qui diffusaient la sorcellerie et la crainte envers les sortilèges ; alors, Hubert décidé d’évangéliser les campagnes de son diocèse, et en particulier les régions de Campine, de Brabant et d’Ardenne, brûla et détruisit ces objets (« Il y avait de très nombreuses idoles et objets sculptés qu’on vénérait en Ardenne. Il les détruisit en les brûlant par le feu. Comme des gens fanatiques vénéraient ensuite leurs braises et leurs cendres de façon sacrilège, il les condamna à un pénitence de trois ans » (Vita prima sancti Huberti, chapitre 1, § 3). Puis il fonda des églises et des monastères ; il connaissait celui de cet endroit, appelé Andage ; il avait été commencé en 687 par l’abbé Bérégise, dont l’abbatiat dura jusque 712, donc durant l’épiscopat de Hubert.


Quatrième signe de courage, Hubert était un homme qui pourvoyait lui-même à sa subsistance. Nous le découvrons en apprenant qu’il fut victime d’un accident de pêche : un matelot maladroit frappa la main de l’évêque avec une rame de la barque, la main s’infecta, l’évêque tomba malade en 726, et mourut en 727 et il est enterré  dans l’église S.-Pierre qu’il avait fondée. On peut dire qu’il est mort à l’ouvrage, en pleine tournée pastorale.


 


Je retiens surtout de la vie de saint Hubert son courage dans l’annonce de l’évangile. Il parcourait le Brabant, la Campine et l’Ardenne. C’est la même chose que ce que raconte l’évangile que nous avons lu : « Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans les synagogues, proclamant l’évangile et guérissant toute maladie et toute infirmité » (Mt 9,35). On remarque que saint Hubert évangélise en fondant des communautés monastiques. Celles-ci sont de lieux de spiritualité et de culture, mais aussi de commerce et d’agriculture. Le monastère de Saint-Hubert est devenu une ville et c’est le cas de bien d’autres villes en Belgique, comme Gand, Mons, Nivelles, Liège… Saint Hubert est à la base de deux villes : Liège et S.-Hubert. Ici, c’est surtout parce qu’en 825, l’évêque Walcaud transfère le corps de S.-Hubert vers le monastère d’Andage et y installe des moines bénédictins. Ainsi le monastère devient le centre d’évangélisation de l’Ardenne. Cela veut dire que nos villes ont une origine spirituelle et communautaire : des gens inspiré par le même esprit se ont réunis et ont vécu une vie religieuse. Celle-ci a été à la base d’une civilisation nouvelle. L’interpellation qui nous est lancée aujourd’hui est : comment formons-nous des communautés de vie qui influencent notre société ? Je pense que chaque réseau chrétien est une richesse sociale qui influence notre société dans le sens de l’amour mutuel. Comme dit saint Paul (1 Co 9, 16) : « Annoncer l’évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi ! Malheur à moi si je n’annonçais pas l’évangile ! » Et il ajoute : « Avec les faibles, j’ai été faible pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous » (1 Co 9, 22). Ainsi les moines se sont établis ici, en se faisant Ardennais avec les Ardennais ; au cours des siècles, ils se sont inculturés ici : ils ont vécu la vie des gens, ils ont même élevés des chiens à l’odorat particulièrement fin, les Saint-Hubert, qui sont bons pour dépister le gibier mais aussi pour retrouver les gens perdus en forêt. Ainsi les moines ont rayonnés l’évangile en étant proches des gens. C’est un peu notre mission à tous ici : en étant proches de nos contemporains, en étant inséré dans la culture locale, nous devons faire passer l’esprit de l’évangile autour de nous. Vous êtes venus nombreux et de partout. Par exemple, quand vous seroez rentrés chez vous ce soir, que raconterez-vous demain autour de vous ? Allez-vous juste parler de la pluie et du beau temps ? Ou oserez-nous dire que vous êtes allés en pèlerinage à S.-Hubert ? Oserez-vous dire une parole que vous avez retenue, un fait qui vous a touchés et qui fera passer le message de l’évangile ? Réfléchissez déjà aujourd’hui à ce que vous raconterez demain autour de vous. Car notre époque a besoin aussi qu’on détruise des sanctuaires de paganisme : le paganisme moderne, c’est par exemple le matérialisme, l’indifférence pour le voisin, et même la sorcellerie qui renait un peu dans nos sociétés. Il y a aujourd’hui encore des cultes païens, qu’il faut remplacer par l’évangile.


 


Un autre aspect de saint Hubert, c’est son souci des malades et des pauvres. Son biographe dit de lui qu’ : « Il était bienfaiteur des nécessiteux, réconfort des pauvres, soutien des orphelins, consolateur des veuves, appui des opprimés, miséricorde des sans ressources, visitateur des monastères, pères des malheureux, secours de ceux qui souffrent de tribulations, ayant des paroles de consolation pour ceux qui sont frappés par les tracas, envoyant des cadeaux par la fenêtre à ceux qui croupissaient en prison, éminent donateur de toutes sortes de choses, généreux pour donner des aumônes, emportant toujours avec lui de l’argent emballé dans son manteau, jamais sourd envers ceux qui criaient vers lui ; on le trouvait toujours prêt à donner » (Vita prima sancti Huberti, chapitre 1, § 1).


Nous le voyons surtout aux miracles de guérison qui se sont passés après sa mort. En 743, l’évêque Floribert constate des guérisons qui se produisent à son tombeau et décide de canoniser son prédécesseur. Plus tard des guérisons se produiront ici et saint Hubert sera invoqué contre la rage, qui est une maladie qui sévit particulièrement en Ardenne parce qu’elle est propagée par les bêtes sauvages. La proclamation de l’évangile va de pair avec les guérisons : c’est comme Jésus : il proclamait l’évangile et il guérissait les malades. Chacun de nous peut contribuer à guérir les maladies, spécialement les maladies spirituelles, grâce à des paroles de réconfort, à des visites, à de petites attentions. Voilà ce qui nous est proposé aussi aujourd’hui : parler et soigner.


 


C’est l’héritage de saint Hubert. Soignons-en dignes. Ayons comme lui le courage de la foi et du témoignage autour de nous !


 


+ Jean-Pierre Delville,


Votre évêque.



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