Notre évêque nous parle

Tous les éditos > Allocution lors de la rencontre à la synagogue de Liège de Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège - 13 février 2016 (13/02/2016)


Chers Frères et Sœurs,


 


Merci pour les mots d’accueil qui m’ont été adressés par M. Eric Globen et le rabbin Joshua Nejman. Ma visite à la synagogue de Liège se situe un mois après la visite du pape François à la synagogue de Rome le 17 janvier 2016. Je désire vous exprimer mon salut fraternel de paix au nom de tout le diocèse de Liège et avec le soutien de la Commission pour le dialogue interreligieux, dirigée par M. François Delooz. Nos relations mutuelles me tiennent fort à cœur. Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de visiter cette synagogue comme professeur de l’UCL et d’y faire une conférence.


 


Comme l’a dit le pape François le 17 janvier, « dans le dialogue interreligieux, il est fondamental que nous nous rencontrions comme frères et sœurs devant notre créateur et que nous lui rendions grâces, que nous nous respections et cherchions à collaborer. Dans le dialogue entre juifs et chrétiens, il y a un lien unique et particulier entre eux, en vertu des origines juives du christianisme. Juifs et chrétiens doivent donc se sentir frères, unis dans le même Dieu et par un riche patrimoine spirituel commun sur lequel se baser et continuer à construire un futur (Cf. Concile Vatican II, Nostra aetate, 4).


 


Je suis les traces de mes prédécesseurs, en particulier celles de Mgr Louis-Joseph Kerkhofs. Comme vous l’avez rappelé, en 1942, il accueillit le ministre officiant Joseph Lebkifker, sa femme et ses deux enfants, et il les protégea durant toute la guerre. Il mérita d’être appelé juste parmi les nations, en compagnie de l’avocat Albert Van den Berg, qui organisa le réseau de protection des juifs à partir des colonies de vacances de Banneux. Après la fin de la guerre, il fut reçu dans cette synagogue par gratitude pour son action. À cette occasion son vocabulaire s’élargit et il parla de « nos frères juifs ».


 


Le pape Jean-Paul II forgea l’expression de « frères aînés » pour qualifier les juifs. En effet vous êtes vraiment des frères et des sœurs aînés dans la foi. Car tous nous appartenons à une unique famille, la famille de Dieu, qui nous accompagne et nous protège comme son peuple. Juifs et catholiques, nous sommes appelés à assumer nos responsabilités pour cette ville et cette société, en apportant chacun nos contributions. Pour reprendre les mots du pape François, je souhaite que croissent toujours plus la proximité, la connaissance mutuelle et l’estime entre nos deux communautés de foi.


 


Nous avons commémoré en 2015 les 50 ans de la Déclaration Nostra aetate du Concile Vatican II, qui a rendu possible le dialogue systématique entre l’Église catholique et le judaïsme. Comme l’a dit le pape François : « L’indifférence et l’opposition ont fait place à la collaboration et à la bienveillance. D’ennemis et étrangers, nous sommes devenus amis et frères. Le concile a valorisé la redécouverte des racines juives du christianisme ; il a dit « non » à toute forme d’antisémitisme et condamne toute injure, discrimination et persécution qui en dérivent. La dimension théologique du dialogue juifs-chrétiens mérite d’être toujours approfondie. L’Église reconnaît l’aspect irrévocable de l’Ancienne Alliance et l’amour constant et fidèle de Dieu pour Israël. »


 


En plus des questions théologiques, nous ne devons pas perdre de vue les grands défis que le monde actuel doit affronter. La violence de l’homme est en contradiction avec toute religion digne de ce nom. Toute personne doit être regardée avec bienveillance, spécialement les pauvres, les malades et les marginaux.


 


Le peuple juif a dû expérimenter dans son histoire la violence et la persécution, jusqu’au génocide des juifs pendant la guerre. La shoah a coûté la vie à 6 millions de juifs, victimes de la barbarie et d’une idéologie qui voulait remplacer Dieu par l’homme. Aujourd’hui je désire rappeler ces victimes de tout cœur, spécialement celles qui sont mortes à Liège. Mais le passé doit nous servir de leçon. Il faut toujours avoir le plus grande vigilance sur les situations actuelles.


 


Personnellement, j’ai travaillé à Louvain-la-Neuve en faveur des liens entre christianisme et judaïsme. Dans l’institut RSCS (Religions, spiritualités, cultures, sociétés) j’ai promu un colloque sur Réception de la Shoah et changements de mentalités organisé par l’ARCA (Archives du monde catholique) en faveur d’une expression des paroles de souffrance vécues durant la Shôah et j’ai pu donner la parole à une survivante d’Auschwitz, Mme Katy Lakatos. L’accord de la Faculté de théologie avec l’Institut universitaire études juives Elie Wiesel, de Paris, et son directeur Franklin Rausky, et Armand Abécassis. Ici à Liège, j’ai établi des contacts réguliers avec Mme Dina Korn, qui a favorisé la rencontre d’aujourd’hui, et j’ai participé à l’inauguration du monument commémoratif de la Shoah de Liège au Musée Curtius.


 


Chers Frères aînés, nous devons rendre grâce pour ce qu’il a été possible de réaliser durant ces 50 dernières années parce que la compréhension réciproque et l’amitié mutuelle ont grandi. Prions le Seigneur qui a pour nous des projets de salut, avec les mots du prophète Jérémie : « Je connais les projets que j’ai nourris à votre égard – oracle du Seigneur – projets de paix et non de violence, pour vous accorder un futur plein d’espérance (Jér 11,19) ».


 


Que le Seigneur nous bénisse et nous protège. Qu’il fasse resplendir son visage sur nous et nous donne sa grâce. Qu’il tourne vers nous son visage et nous accorde la paix (Nb 6, 24-26) ». Shalom alechem !


 


+ Mgr Jean-Pierre Delville


Evêque de Liège



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