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Tous les éditos > Regard de l’Evêque sur le synode sur la famille : émission RCF du 26.10.2015 (27/10/2015)


Regard d’Evêque : Le synode de la famille


Emission RCF du 26.10.2015. 


 


Le synode sur la famille vient de se terminer ce dimanche. Quelle est votre impression générale sur le synode ?


C’est un synode très important, qui n’arrive pas avec des résultats tonitruant, mais tous les participants disent d’une façon unanime que c’était un synode passionnant parce qu’il a permis l’expression concrète de centaines d’évêques, mais aussi d’autres témoins au sujet de la famille dans le monde d’aujourd’hui.


Il ne s’est pas contenter de suivre la politique de l’autruche, mais au contraire a affronté la réalité de très prêt et de manière pertinente.  Et ça se reflète dans la relation finale du synode de 30 pages et compte 93 paragraphes ;  un document très complet qui en lui-même est une très belle synthèse sur la famille dans le monde d’aujourd’hui. Donc, on ne s’est pas contenté de quelques vœux pieux ou de connaître quelques considérations théologiques. On est vraiment allé au fond des choses ; par exemple dans la description de la famille, le synode évoque aussi les familles monoparentales, les personnes veuves, les gens qui vivent seuls, célibataires plus ou moins volontaires. Il évoque le troisième âge, les familles victimes de persécution ou de migration. Il évoque le rôle précis des enfants, la situation de la femme dans le monde, la situation des jeunes, et ainsi de suite.


Donc, il y a vraiment beaucoup de « modèles » différents de familles qui ont été évoqués. Et là beaucoup de participants se sont dit étonné de cette franchise avec laquelle les gens se sont exprimés.  Ceci est certainement le premier résultat de ce synode.


Le deuxième résultat, qui va de pair, et même souligné par la Pape, est qu’il y a une qualité de participation synodale ; c’est-à-dire de vie d’église dans une gouvernance partagée, dans une gouvernance communautaire qui s’est fait le jour.


Donc le Pape veut vraiment que l’église ne soit pas simplement pyramidale, mais il veut également qu’elle soit synodale ; c’est-à-dire qu’elle soit basée sur un fonctionnement d’assemblées et que ce ne soit pas le Pape lui-même qui a tout à faire ou tout à dire. Et ceci c’est manifestement vécu sur le terrain ; ce qui est donc, selon Mgr Delville, un deuxième aspect très positif.


Et le troisième aspect, que l’on peut aussi classifier de très intéressant, c’est que lors des avancées sur les points plus précis qui font difficulté, le thème de la miséricorde que le Pape avait lancé avec insistance en lançant une année sur la miséricorde intervient.  Ce thème de la miséricorde a servi de clé d’interprétation aux différents sujets.  Et donc, on a traité en particulier tout ce qui est la difficulté de s’engager au mariage quand on est un couple de jeunes, et les étapes qu’il faut franchir.


Et là, on ne s’est pas voilé les yeux. Nous savons que beaucoup de jeunes vivent ensemble sans être mariés, et nous nous sommes posé la question des causes.  Pourquoi ?  Cause financière, cause sociale et ainsi de suite.  Et en a aussi posé la question « Quel accompagnement peut-on faire pour permettre aux jeunes couples non mariés d’aller jusqu’au mariage ? » A la fois une prise en compte de ce mariage « progressif » de facto qu’on constate sur le terrain, et aussi les pas que l’on peut faire pour arriver au mariage. Ceci étant une chose intéressante qui s’est manifestée.


Et puis, par rapport aux questions sensibles comme celle des divorcés remariés d’une part, et celle des homosexuels d’autre part, le synode a été très prudent, mais en même temps, a été large d’esprit en insistant sur cette démarche de miséricorde et de contact personnel.


En ce qui concerne les divorcés remariés, nous avons bien insisté sur le contact personnel du ou des remariés avec un prêtre de manière à ce que la personne se sente soutenue et accompagnée, et un jour, peut-être, arrive à cette dimension de communion en fonction de sa conscience personnelle, mais en tout cas la dimension de considération qu’on doit avoir dépendant des situations personnelles diverses.  Il ne s’agit pas de ratifier purement et simplement des remariages, mais il s’agit surtout d’accompagner les personnes, de comprendre les raisons d’un échec, et de faire des différences de fonds en fonction des cas, des désidératas et des engagements de ces personnes.


De même pour les homosexuels, on a insisté sur le respect de la personne homosexuelle sans aller beaucoup plus loin, mais il faut se rendre compte que cette accentuation est tout de même très importante, car dans des pays d’Afrique ou même dans de nombreux pays asiatiques, l’homosexuel est véritablement décrié pour ne pas dire « victimisé » parfois même arrêté et mise en prison, etc…


Il faut faire un pas pour permettre à ces pays et société d’aller dans le sens du respect et pas dans le sens du mépris. Et là le décalage entre les différentes cultures est très fort.  Donc, le synode, qui veut se faire une idée de juste milieu  par rapport à toutes les cultures existantes, a insisté sur cet aspect-là ce qui est très important au niveau de l’église universelle.


Ce rapport du synode n’a aucune valeur législative au sein de l’église catholique, car le Pape est la dernière instance et décidera de ce qu’il compte appliquer.


Est-ce que le rapport à tout de même une valeur symbolique importante ?


En effet, la relation finale est le résultat du synode mis par écrit et transmit au Pape qui devra un faire plus tard un document appelé excentration apostolique et en y mettant, de son côté, les accentuations qu’il jugera utile. C’est sûr que le document n’a pas de valeur législative, mais il a tout de même une valeur documentaire importante puisque c’est là-dessus que le Pape se basera.  Le document fait exprès une large part à l’évaluation pour que le Pape ait une marge de manœuvre par rapport à un certain nombre de choses et qu’il ne se sent pas coincé par tel et tel affirmation du document. Donc, en ce sens-là, le document c’est refusé a donné des solutions ou orientations très précises sur l’un ou l’autre sujet pour laisser au Pape la possibilité de préciser là où il le jugera nécessaire. Donc, nous sommes donc à un stade intermédiaire mais intéressant sur un point de situation particulièrement lucide sur les situations familiales aujourd’hui.


Un message universel à faire passer aux différentes cultures ?


Le document fait référence aux évêques locaux et aux évaluations locales des choses, mais c’est quand même minoritaire dans l’ensemble du document. Donc ce n’est pas du tout une accentuation qui a été valorisée, mais le document peut être considéré comme une plateforme commune sous les yeux des lecteurs et pas une différentiation trop accentuer en fonction des cultures locales. Donc, il a surtout voulu trouvé le dénominateur commun.


Est-ce que le Pape s’est déjà exprimé de ce qu’il compte faire avec le rapport du synode ?


Lors de l’homélie de la messe du dimanche 25 octobre, au moment de la clôture du synode, le Pape a dit clairement que c’est la miséricorde qui était la thématique fondamentale ; donc la miséricorde aussi pour l’intérieure de l’Eglise, donc dans l’accueil à l’intérieur de l’église. Des situations qui pourraient paraître hors norme ou bien pas en règle. Le Pape dit « L’Eglise c’est plutôt un hôpital de bataille où on soigne les blessés, qu’une villa de plaisance où on accueille les gens bien portant ». C’est certainement dans ce sens-là que le Pape va donner son document final.


 


 



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