Notre évêque nous parle

Tous les éditos > Homélie pour le dimanche de Pâques, 16 avril 2017 - Cathédrale de Liège (17/04/2017)


 


Homélie pour le dimanche de Pâques


16 avril 2017


Cathédrale de Liège


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 


Une course pour trouver Jésus


 


 


Chers Frères et Sœurs,


 


L’évangile selon saint Jean (Jn 20, 1-8) nous raconte la résurrection comme une course. « Marie-Madeleine court trouver Simon Pierre et l’autre disciples, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : On a enlevé le Seigneur de son tombeau ». Puis Simon Pierre et l’autre disciple « coururent tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau ». Il y a donc une course pour chercher le corps de Jésus.


Cela signifie qu’il y a une urgence à découvrir Jésus. Entre les deux disciples il y a une concurrence : Pierre entre le premier dans le tombeau et regarde les linges qui sont rangés. Mais l’autre disciple, quand il entra, « il vit et il crut », nous dit l’évangéliste. Il y a donc deux sortes de réactions. Celle de Pierre est celle de la personne pondérée, un peu rationnelle, chef des apôtres : il est prudent, mais il est respecté ; c’est pourquoi il entre le premier dans le tombeau, mais se contente de regarder. Quant à l’autre disciple, il entra le second, mais « il vit et il crut ». Qu’est-ce qu’il vit ? Il n’y avait rien à voir. C’est un peu comme nous quand nous sommes dans la difficulté, nous ressassons un problème, nous traînons avec une difficulté, puis finalement nous avons un déclic et nous disons : « Ah, je vois ! ». Nous ne voyons rien de matériel, mais nous voyons clair dans notre vie. Ainsi Jean a une vision de l’esprit qui lui fait croire en la résurrection de Jésus. Il est intuitif, visionnaire. Pierre est plus rationnel.


Ces deux réactions différentes sont encore actuelles. Nous sommes d’abord comme Pierre. Nous sommes un peu sceptiques. Nous hésitons. Mais l’autre disciple est celui qui plus affectif, plus sensible. C’est lui qui était au pied de la croix et à qui Jésus a dit, en lui montrant Marie : « Voici ta mère ». C’est lui qui était à la dernière Cène installé à côté de Jésus et qui a su qui trahissait Jésus. Ce disciple n’a pas de nom, il est appelé le disciple bien-aimé, « agapètos », c’est-à-dire affectionné, aimé d’amour fraternel ; il correspond au disciple idéal, au lecteur de l’évangile, à celui qui est dans la confidence de l’auteur, à celui qui connaît les coulisses, à celui qui est le destinataire de l’évangile. En effet, grâce à lui, le lecteur connaît qui est le traître qui a livré Jésus, il connaît le message final de Jésus sur la Croix, et qui est le premier à croire dans la résurrection de Jésus. La résurrection de Jésus met ce disciple en mouvement. Il court. Il entre au tombeau, il croit.


La résurrection de Jésus nous met donc en mouvement comme elle a mis en mouvement les disciples. Elle a mis en mouvement des personnes qui ont été baptisées hier, comme Lila. Elle nous met en mouvement, nous tous dans notre monde. Pour saisir la lumière de Pâques, il faut faire comme le disciple bien-aimé et les femmes qui ont accompagné Jésus jusqu’au Calvaire. Ils ont communié à ses souffrances. Ils nous engagent à vivre nous aussi cette compassion, cette participation à la passion de Jésus, à ses souffrances et à celles du monde. Ils nous invitent à être proches des peuples qui souffrent, comme Dieu qui a entendu les cris du peuple d’Israël, esclave en Égypte, et qui entend aujourd’hui les cris des peuples en difficulté, comme la Syrie, l’Irak, la Somalie... Dans cette attitude de sympathie avec ceux qui souffrent, nous découvrirons alors, comme les femmes au tombeau de Jésus et comme le disciple bien-aimé, le mystère de la libération et du salut qui nous sont donnés.


Découvrons avec lui que l’amour est plus fort que la mort ! Que chaque geste d’amour a une valeur infinie. Car c’est ce que Jésus a vécu. Jésus a voulu que toute violence soit évitée autour de lui, il a dit à Pierre de remettre son épée au fourreau ; cela lui a coûté la vie. Mais c’est aussi ce qui nous donne la vie, car c’est cet amour qui est ressuscité.


Alors, comme le disciple bien-aimé au tombeau, laissons le mystère parler en nous. Ayons en nous un cœur de chair, un cœur en recherche. Et communiquons cela autour de nous, en courant vers notre société mélangée et multiculturelle. Dieu fera monter sur nos lèvres les paroles à dire. Jésus fait de nous ses frères, nous participons à sa nature divine et à son histoire humaine. L’amour de Dieu ne se résigne pas à la mort et au mal. Devenons des prophètes de la Résurrection.


Christ est ressuscité !


Vraiment, il est ressuscité !


Alleluia !


+ Mgr Jean-Pierre Delville, 


Votre évêque.



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