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Tous les éditos > Fête Nationale, 21 juillet 2016 Introduction au Te Deum à la Cathédrale de Liège (21/07/2016)


 


Fête Nationale, 21 juillet 2016


Introduction au Te Deum


 Cathédrale de Liège, 11.00 h.


 


Mesdames et Messieurs en vos titres, grades et qualités,


Chers Frères et Sœurs chrétiens,


Chers Concitoyens,


 


L’an dernier à pareille date, je disais ceci : « La fête nationale que nous célébrons aujourd’hui se déroule dans un climat de stabilité en Belgique mais d’instabilité à différents endroits de notre terre ». Je n’oserais plus dire la même chose aujourd’hui. Depuis un an nous avons vécu l’attentat de Paris du 13 novembre, celui de Bruxelles du 22 mars et celui de Nice du 14 juillet dernier, sans compter les attentats qui ont eu lieu sur d’autres continents, spécialement en Turquie et aux États-Unis. Par contre, nous comprenons que ces attentats sont comme une décentralisation de l’action de Daesh et deviennent de moins en moins motivés par l’idéologie pseudo-religieuse et de plus en plus le fait de truands de droit commun, rapidement fanatisés, alors que Daesh perd de plus en plus de terrain au Moyen-Orient.


 


Ces menaces nous invitent plus que jamais à l’union nationale, au renforcement des institutions et à la construction d’une société plus juste pour tous. C’est un mouvement que nous avons vécu ces derniers mois, et je me permets de remercier ici, de tout cœur et en votre nom à tous, les forces de l’ordre, police et armée, qui ont travaillé d’arrache-pied et avec dévouement pour protéger notre vie commune et assurer notre sécurité.


 


Une mise en valeur de toutes nos inspirations éthiques, culturelles et spirituelles, dans un dialogue franc et approfondi, est nécessaire pour nourrir le mental de nos citoyens, pour leur donner le tonus vital et le goût de vivre l’aventure humaine. Les menaces ne doivent jamais nous faire tomber dans la peur. Celle-ci pourrait nous menacer, car la diffusion des images tragiques sur les médias risque de développer la peur, au plus grand contentement des assaillants. Au contraire, nous devons manifester une réaction de confiance dans nos valeurs et dans notre capacité d’affiner celles-ci et de les diffuser autour de nous.


 


L’Europe elle-même est mise face au défi de son unité et de sa cohésion, avec l’affaire du Brexit et la question de l’accueil des réfugiés. Un sursaut est nécessaire pour valoriser la force de réconciliation qui est à la base de l’Union européenne. Notre pays en est le cœur, avec sa diversité de cultures et de langues, qui ont toujours coexisté dans des structures politiques bilingues depuis le haut moyen âge. La célébration des 700 ans de la Paix de Fexhe, signée le 18 juin 1316 par mon prédécesseur l’évêque Adolphe de la Marck, contraint et forcé de partager ses pouvoirs avec la société civile, nous rappelle opportunément l’importance de la concertation sociale. Il s’agit d’une des toutes premières constitutions territoriales du continent européen et son contenu est marqué par une vision philosophique inspirée d’Aristote et promue par le chanoine de la cathédrale Godefroid de Fontaines, originaire de Hozémont et professeur à la Sorbonne à Paris. En effet la paix de Fexhe est rédigée – je cite : « par le commun accord et pour le commun profit du pays ». Le commun accord signifie l’union des corps sociaux, fondamentalement l’union des villes, tant francophones que flamandes, et du chapitre de la cathédrale, avec la noblesse et le prince. Le « commun profit » signifie le bien commun de la société : cette notion se porte en faux contre l’arbitraire du pouvoir ou contre les intérêts privés. Ainsi dans ce document fondamental sont posés les fondements de la démocratie et de la vie en société. Pour ne pas faire de jaloux, rappelons que le 27 août prochain, on fêtera à Huy les 950 ans de la charte de liberté accordée aux bourgeois de la ville par l’évêque de Liège, Théoduin de Bavière, en 1066, la première charte de liberté urbaine connue en Europe.


 


Tout cela nous éloigne du 21 juillet, me direz-vous. Mais je répondrai que le 21 juillet 1831, jour de la prestation de serment du roi Léopold Ier, n’est donc pas arrivé tout seul, tombé du ciel. Il était bien préparé sur le terrain. Et donc, il est toujours à développer aujourd’hui sur le terrain. C’est ce que nous faisons en cette célébration de la fête nationale, pour renforcer nos esprits sur la voie de la paix entre les peuples et de la construction de notre société.


 


+ Mgr Jean-Pierre Delville,


Votre évêque



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