Notre évêque nous parle

Tous les éditos > La consécration de la cathédrale de Liège en 1015 et son contexte historique (p.5-6) (10/11/2015)




En 1015, il préside à la dédicace de la cathédrale, qui se fait le 28 octobre en présence de saint Héribert[1], archevêque de Cologne. Celui-ci fut archevêque de 999 à 1021. Il avait été élève à Worms puis à Gorze (Metz), chanoine puis prévôt de Worms. Il est nommé chancelier d’Othon III pour l’Italie où il partit en 994 ; il y voit Notger en 996 ; il est fait chancelier pour la Germanie en 999. Puis élu archevêque de Cologne. Il assiste l’empereur Othon III sur son lit de mort en Italie à Paderno en 1002, comme Notger. Il n’avait pas soutenu Henri II à son élection et est écarté partiellement des affaires publiques. Il fonde l’abbaye de Deutz en 1003. Il aide la population victime de famine. Il meurt en 1021 avec une réputation de sainteté.


 


À Rome, le comte de Tusculum, Théophylacte, est élu pape sous le nom de Benoit VIII en 1012[2]. Il est soutenu par l’empereur Henri II. Il couronne celui-ci à Rome avec sa femme Cunégonde en 1014. En 1015 les Sarrazins entrent en Toscane et pillent Pise. Le pape les en expulse ainsi que de Sardaigne. En 1020, il vient en Allemagne et l’empereur lui offre la ville de Bamberg et l’abbaye de Fulda. En 1022 le concile local de Pavie impose le célibat à tous les clercs.


 


3. La dédicace de l’église cathédrale


 


La cérémonie de dédicace[3] ou de consécration d’une église est très ancienne dans la liturgie[4]. Comme on possède des livres liturgiques qui remontent au 10e siècle[5], on peut reconstituer la cérémonie qui s’est passée à Liège[6] en 1015. Elle se déroula sous la direction de Wazon, futur évêque de Liège (1042-1048), qui fut d’abord doyen de Saint-Lambert dès 1013 et était à ce titre responsable des cérémonies de la cathédrale. Voici quelques éléments clés de cette célébration.


 


L’évêque, avec mitre et bâton pastoral, s’approche de la porte de l’église ; il la frappe une fois avec le bas de son bâton pastoral, un peu au-dessus du seuil de l’église et dit à intelligible voix : « Levez vos portes, ô princes, élevez-vous portes éternelles ; qu’il entre le roi de gloire »






[1]Jacques Pycke, Héribert (saint), dans Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, t. 23, Paris, 1990, c. 1440-1443.




[2] H. Chirat, Benoit VIII, dans Catholicisme hier, aujourd’hui, demain, t. 1, Paris, 1948, c. 1432-1433 ; et dans Histoire du christianisme des origines à nos jours, t. 4, Évêques, moines et empereurs (610-1054), Desclée, Paris, 1993, p. 939.




[3] P. De Puniet, Dédicace des églises, dans Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, t. 4, Paris, 1920 ; M. Gros, L’ordo pour la dédicace des églises dans le sacramentaire de Nonatola, dans Revue bénédictine 69 (1969), p. 368-374 ; De ecclesiae dedicatione seu consecratione, dans Pontificale romanum, Urbino, 1818, p. 17.




[4] Sur la liturgie médiévale, voir : V. Leroquais, Les pontificaux manuscrits des bibliothèques publiques de France, 3 vol., Paris, 1937 ; Michel Andrieu, Les ordines romani du haut moyen âge, Louvain, 1931-1961 ; Michel Andrieu, Le pontifical romain au moyen âge, 4 vol., Rome, Vatican, 1938-1941 ; Cyrille Vogel et Reinhard Elze, Le pontifical romano-germanique du Xe siècle, 3 vol., Rome, Vatican, 1963-1972 ; Eric Palazzo, Histoire des livres liturgiques. Le moyen âge, Paris, 1993 ; Niels Rasmussen, Les pontificaux du haut moyen âge. Genèse du livre de l’évêque, Louvain, 1998.




[5]En particulier le sacramentaire dit de saint Grégoire, du 10e siècle, publié sous le titre Ordo ad ecclesiam dedicandam, dans Patrologia Latina, t. 78, Paris, 1849, c. 152-161. Pour plus de documentation, voir Cyrille Vogel et Reinhard Elze, Le pontifical romano-germanique du Xe siècle, 3 vol., Rome, Vatican, 1963-1972.




[6]Sur la liturgie liégeoise, voir : Joseph Daris, La liturgie dans l’ancien diocèse de Liège, dans Notices historiques sur les églises du diocèse de Liège, t. 15, Liège, 1894, p. 5-269 ; Richard Forgeur, Introduction à l’histoire des livres liturgiques du diocèse de Liège, dans Bulletin de la Société d’art et d’histoire du diocèse de Liège, 62 (1997), p. 20 sv. ; Catherine Saucier, A Paradise of Priests: Singing the Civic and Episcopal Hagiography of Medieval Liège, University of Rochester Press, 2014.




(Ps 23,7-8)[1]. De l’intérieur de l’église, un diacre dit à haute voix: « Qui est ce roi de gloire ? » L’évêque répond : « C’est le Seigneur, le fort et le puissant. Le Seigneur, puissant au combat ».


 


Une fois la porte ouverte, l’évêque entre dans l’église et dit : « Paix à cette maison ». Puis le chœur chante : « Paix éternelle pour cette maison de la part de l’Éternel, paix perpétuelle. Parole du Père, que la paix soit sur cette maison. Que le consolateur pieux accorde la paix à cette maison »[2]. Ensuite, l’évêque et le clergé se dirigent vers l’autel et se prosternent devant lui. Puis l’évêque écrit de sa crosse l’alphabet de A à Z dans la poussière du sol. Il l’écrit deux fois et les deux lignes se croisent en forme de X. Ensuite il exorcise l’eau et la bénit[3]. Puis il fait de même avec le sel et y ajoute de la cendre. Il ajoute du vin dans l’eau. Avec cette eau il bénit l’autel en y traçant une croix de son doigt, aux quatre angles. Il asperge ensuite l’autel d’eau bénite, puis les murs intérieurs de l’église. Il envoie des ministres asperger d’eau bénite les murs extérieurs, pendant que lui-même asperge tout l’intérieur[4]. Après une oraison demandant la protection de Dieu sur l’édifice et sur les fidèles qui s’y rendront, l’évêque essuie l’autel avec un linge puis y fait les onctions d’huile ; il fait de même sur les murs[5]. Il bénit ensuite l’autel et les vases sacrés. Ensuite on apporte les reliques[6] et on les insère dans l’autel. Puis on chante une antienne concernant Jérusalem[7]: « Voici Jérusalem, cette grande cité du ciel, ornée comme l’épouse de l’Agneau. Elle est devenue une demeure, alléluia. Ses portes ne seront pas fermées durant le jour ; il n’y aura pas de nuit en elle »[8].


On vêt l’autel et on allume les luminaires. Alors on chante : « Qu’il est terrible ce lieu : vraiment, ici ce n’est autre que la maison du Seigneur et la porte du ciel ! »[9]. Il s’agit d’un extrait de Genèse 28,17. Ce passage décrit le songe de Jacob, qui voit une échelle montant de la terre vers le ciel ; il appelle ce lieu Béthel, la maison de Dieu. Ce moment marque l’achèvement de la dédicace.


 


4. Baldéric et la vie monastique


 


La dédicace de la cathédrale fut pour Baldéric un moment important de son épiscopat. Mais il achevait l’œuvre d’un autre. Il ne s’en contenta pas et prit lui-même une initiative nouvelle, la construction de l’abbaye de Saint-Jacques. La biographie de Baldéric attribue cette fondation à un remords de conscience de l’évêque suite à sa défaite de Hoegaarden. Le processus de réflexion à ce sujet est mis en scène par son biographe sur base des conversations de l’évêque avec le peintre Jean[10]. Ce personnage mystérieux était originaire d’Italie, évêque






[1] « Tollite portas principes vestras », dans Ordo ad ecclesiam dedicandam, dans Patrologia Latina, t. 78, Paris, 1849, c. 153, et dans De ecclesiae dedicatione seu consecratione, dans Pontificale romanum, Urbino, 1818, p. 17.




[2] Antienne « Pax aeterna ab aeterno huic domui », dans Ordo ad ecclesiam dedicandam, c. 153, et dans De ecclesiae dedicatione seu consecratione, p. 20.




[3]Ordo ad ecclesiam dedicandam, c. 153-154.




[4]Ordo ad ecclesiam dedicandam, c. 155-156.




[5]Ordo ad ecclesiam dedicandam, c. 157.




[6]Ordo ad ecclesiam dedicandam, c. 159.




[7] « De Jerusalem », dans Ordo ad ecclesiam dedicandam, c. 159.




[8] Répons « Haec est Jerusalem civitas illa magna caelestis », dans De ecclesiae dedicatione seu consecratione, p. 65. Cf. : « J’ai vu la cité sainte, la Jérusalem nouvelle descendre du ciel d’auprès de Dieu, préparée comme une épouse ornée pour son époux. Et j’ai entendu cette voix du trône disant : ‘Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il habitera avec eux. Ils seront son peuple et Dieu avec eux sera leur Dieu ; il enlèvera toute larme des leurs yeux ; il n’y aura plus ni mort, ni deuil, ni cri, il n’y aura plus de douleur, parce que les choses anciennes s’en sont allées ». Et celui qui siégeait sur le trône dit : ‘Voici que je fais toutes choses nouvelles’ » (Apocalypse 21,2-5) (Épître de la Messe de la dédicace, dans le  Missale romanum).




[9] Antienne « Terribilis est locus iste ! Vere non est hic aliud nisi domus Dei, et porta coeli », dans Ordo ad ecclesiam dedicandam, c. 160, et dans De ecclesiae dedicatione seu consecratione,  p. 22.




[10]Charles Lays, Étude critique sur la Vita Balderici, p. 113-114 ; Godefroid Kurth, Le peintre Jean, dans Bulletin de l’Institut archéologique liégeois 33 (1904), p. 220-230.







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