Notre évêque nous parle

Tous les éditos > Conférence du 15 mars 2017 de Mgr Delville lors de sa visite pastorale dans le doyenné de Huy (15/03/2017)


 


L’avenir de nos paroisses, de notre foi, de notre Église et de notre monde


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


Huy, 15 mars 2017


 


Comme je ne suis pas Mme Soleil et ne peux prédire l’avenir, je vais procéder en deux temps. Je vais d’abord voir comment notre foi, notre Église et nos paroisses ont grandi dans notre région au cours des âges et comment cette transmission a eu des accents nouveaux à chaque époque. Pour chaque époque, j’évoquerai la répercussion dans l’aujourd’hui de ce qui s’est vécu alors[1].


Ensuite, je vais profiler des pistes pour activer la transmission de la foi dans notre Église locale, à la lumière des derniers documents du pape François et de nos expériences locales, afin de donner un avenir à nos paroisses, notre foi, notre Église et notre monde[2].


1. Les défis historiques de la transmission de la foi


1. Dès l’époque de Jésus, on voit que le message que Jésus transmet reçoit deux types de réactions opposées : l’adhésion ou le rejet. Il est accepté avec enthousiasme par les uns, qui y voient une source de vie et d’amour. Il est rejeté par les autres parce qu’il n’est ni évident ni immédiat et qu’il va à l’encontre de nos pulsions premières, liées à la survie, à la sécurité, à la possession… Sous certains aspects, l’Evangile est déjà à l’époque dérangeant. Sa transmission ne va pas de soi. C’est un aspect que l’on voit beaucoup réapparaître aujourd’hui : la foi dérange et est rejetée parce qu’elle est exigeante.


2. Les premiers disciples sont très vite chargés de répercuter le message. Qu’on pense aux 72 disciples, qui reviennent de mission tout contents, en disant : « les démons nous sont soumis ». Ils ne sont pas des pédagogues ni même tous instruits. Ils transmettent ce qu’ils ont compris comme ils le peuvent, sans systématisation. C’est le signe de bénévoles qui annoncent la foi. C’est une réalité que nous voyons très présente aujourd’hui. Ce ne sont pas les prêtres qui sont les seuls témoins de la foi. Elle est annoncée en communauté, par petits groupes, en famille, par les grands-parents, par exemple.


3. Après la Pentecôte, les disciples partent dans les grandes villes de l’Empire romain. Ils témoignent de ce qu’ils ont vu. Ils centrent tout sur la personne du Christ. Le rôle unificateur de saint Paul est à relever. La transmission se fait dans la plupart des cultures religieuses, ethniques, sociologiques et linguistiques de l’époque. Le fait de cibler l’annonce de la foi sur la personne de Jésus est ce qu’on appelle le kérygme, c’est-à-dire le cœur de l’annonce. Encore aujourd’hui il faut une catéchèse kérygmatique, qui cible l’essentiel de la foi. Le pape François insiste beaucoup sur cet aspect.


4. Les premières communautés chrétiennes sont des lieux en décalage profond avec la société ambiante qui elle est caractérisée par la violence, l’esclavage, l’absence de morale publique, l’exploitation de l’homme par l’homme. Les communautés chrétiennes sont des lieux d’échanges, de partage, de soutien, d’amour mutuel. Elles sont des lieux de rencontres entre les juifs et les païens. La foi est transmise sociologiquement par ces communautés vivantes et dynamiques. Ces communautés sont persécutées car elles s’opposent au pouvoir des empereurs divinisés et sont réputées dangereuses pour l’autorité de l’état. Cela fait penser aux nouvelles communautés d’aujourd’hui, qui vivent une foi intense avec des gens d’origines très différentes et qui sont des facteurs de réconciliation.


5. L’enrichissement mutuel de la foi et de la culture qui l’accueille entraine une diversité d’expression de la foi. Des différences et des nuances apparaissent. Les quatre évangiles sont les témoins de ces divergences : l’évangile de Luc est d’inspiration hellénistique, l’évangile de Marc est imprégné de culture romaine, celui de Matthieu, de culture juive et l’évangile de Jean, apparu beaucoup plus tard, tend à corriger certaines limites des trois précédents. Le défi alors posé est celui de la diversité. À Huy, la tradition dit que S. Materne, évêque de Cologne, a fondé l’église Notre-Dame. Il y a une vraisemblance que les églises Notre-Dame de la vallée de la Meuse remontent au 4e siècle et aient été fondée par les petites communautés chrétiennes urbaines. Nous découvrons aujourd’hui des tendances différentes dans l’Église. Chaque congrégation ou groupe a son charisme, mais aussi parmi les laïcs, on voit des gens plus de gauche ou de droite, des sensibles au spirituel ou au social.


6. Au 5e siècle, les invasions germaniques bouleversent la société romaine. Les Germains ont une culture sensiblement différente de la culture chrétienne et « latine » en vigueur dans l’Empire. Ils pratiquent le culte des objets de la nature (arbres, fontaines, pèlerinages, sacrifices, cours d’eau,…) et recourent à la magie et aux talismans. Cependant les Romains transmettent aux Germains les valeurs de la civilisation et leur foi chrétienne. Les deux cultures vont rapidement s’apprivoiser mutuellement, suite au baptême de Clovis, roi des Francs, une des plus importantes tribus germaniques. Le culte des reliques de saints chrétiens va être progressivement substitué à la religion de la nature des Germains et contribuer à leur évangélisation. Ainsi les Germains sacralisent la religion chrétienne par l’introduction d’un culte de substitution. On a des traces de cette double identité chrétienne et germanique à Huy par le nom de l’évêque Domitien, ayant vécu au 6e siècle sous domination germanique avec un nom latin. À Huy, on a des traces d’agglomération franque : il y a une église Saint-Remy, l’évêque qui a baptisé Clovis en 496. Aujourd’hui, des formes de paganisme réapparaissent, avec des demandes d’exorcismes, des peurs, l’usage de talismans. D’autre part notre région est au cœur de la rencontre entre Germains et Romains, puisque les deux langues coexistent (germanique et française).


7. Le monachisme et la ville. Le christianisme est cité à Huy dès l’année 634, dans le testament d’Adalgisel[3], un diacre de Verdun. Il rend à l’église Saint-Georges d’Amay (sur la Meuse, entre Huy et Liège) les vignes qu’elle lui avait prêtées car c’est là que repose sa tante[4]. Celle-ci peut être identifiée avec Chrodoara (ou Ode), fondatrice du monastère d’Amay, dont on a retrouvé le sarcophage[5]. Les lépreux de Maestricht hériteront de sa part qu’il possède dans la villa de Flémalle au pays de Tongres[6]. Et la matricule (c’est-à-dire le service des pauvres) de l’église de Huy recevra sa villa de Han-sur-l’Ourthe. L’évêque Jean l’Agneau originaire de Tihange soutient l’ermite saint Monon, qui s’installe à Nassogne, où il sera assassiné en 648. Par exemple, les villes de Mons, de Gand, de Nivelles, de Saint-Trond, d’Andenne et de Liège ont un monastère comme origine. La foi s’incarne dans la société : c’est vrai encore aujourd’hui avec la justice sociale par exemple.


8. Les campagnes sont christianisées progressivement, dans cette mouvance interculturelle, avec l’apport des communautés monastiques, qui fournissent des modèles de société parfaite et alternative à la civilisation violente des Germains. En même temps se constituent les entités civiles ; ici se constitue le comté de Huy, qui sera donné à l’évêque Notger par l’empereur Othon III en 985 et qui formera le cœur de la principauté de Liège. En 987 comme Notger prend Chèvremont qui menaçait Liège, celle-ci est libérée de la menace et est choisie comme capitale. La foi chrétienne est constructrice de société et de civilisation. On fonde les premières paroisses. Le découpage définitif en paroisses date du 13e siècle et se précise ensuite. Actuellement, il se renouvelle via les Unités pastorales, qui regroupent 6 à 8 paroisses. Ce découpage nouveau n’engendre pas automatiquement une nouvelle transmission de la foi, mais il forme un cadre qui stimule une nouvelle forme de communauté chrétienne, prise en charge autant par les laïcs que les prêtres.


9. Dès le 11e siècle Huy se développe comme ville, Théoduin de Bavière lui accorde une charte de liberté en 1066. Elle participe aux croisades et Pierre l’Ermite fonde le Neufmoustier vers 1100 ; il y fait conserver des reliques rapportées de Terre Sainte. Les souvenirs des croisades sont nets : tour d’Antioche, tour de Damiette, rue des Sarrazins, Porte de Constantinople, etc. La métallurgie se développe et donne les fonts baptismaux de S. Barthélemy, originellement à la cathédrale de Liège. Ainsi se fait une nouvelle évangélisation, portée par les ordres apostoliques comme les franciscains (dès 1234) et les dominicains, ici les croisiers fondés officiellement à Clairlieu en 1248. Ils s’adaptent à la culture des villes et contestent les richesses. Ils retournent aux sources de l’évangile et au Christ. Ils diffusent une catéchèse de base et portent une attention particulière à la mission : ainsi saint François d’Assise invente la crèche vivante. C’est alors que Huy se développe comme ville sociale, où on construit des hôpitaux, en particulier celui des Grands Malades, fondé par sainte Juette de Huy (1158-1228). Isabelle de Huy, béguine, aide sainte Julienne dans la promotion de la Fête-Dieu. On y construit des refuges d’abbaye (Orval, Florennes, Malmedy, Liège S.-Jacques, etc.). On y reconstruit la collégiale. Les statuts du diocèse de Liège de 1288 demandent que les parents apprennent aux enfants le Notre Père, l’Ave Maria et le Credo. Le thomisme promeut un nouvel équilibre entre nature et foi. Aujourd’hui le christianisme a gardé des traces de cette nouvelle évangélisation ces pratiques urbaines comme les processions, les confréries, les crèches, les hôpitaux, les écoles.


10. Avec la Réforme (16ème siècle), apparait avec force le rôle de l’individu. On ne réfléchit plus d’abord en tant que membre d’une société ou d’une communauté mais en tant qu’individu. Parallèlement, en réaction à certains abus (vénération des reliques, diffusion payante d’indulgences,…), Luther impose un retour aux sources de la foi, les Écritures. Mais ce recentrage se fait de manière assez intolérante avec une théologie augustinienne du primat de la grâce sur la liberté. Luther développe une pédagogie de la foi et dans ce contexte crée le premier catéchisme, recueil de questions et de réponses destiné aux enfants. Il rejette le thomisme et la théologie naturelle. Tout est centré sur la démarche de foi personnelle. Les croisiers relaient cette démarche de Devotio moderna. Aujourd’hui les chrétiens catholiques redécouvrent l’importance d’une démarche personne de foi. Ils rentrent en contact avec les protestants grâce au mouvement œcuménique. Ils lisent la bible beaucoup plus qu’autrefois.


11. Après le siècle des malheur, dont Notre-Dame de la Sarte est un témoin (1621), arrivent la Révolution française (1789) et les Lumières, avec le primat de la liberté et de l’éthique sur toute autre considération et ce en opposition avec le catholicisme où la dimension sociétale est fondamentale et qui craint dans la liberté d’ouvrir la porte au libertinisme et au mal. En réaction à cette menace, l’Église crée un très large réseau d’écoles pour aider à la formation de la liberté de conscience des enfants. La transmission de la foi est facilitée par ce biais. Ces écoles ont encore un rôle central aujourd’hui.


12. Au 19ème siècle, la Révolution industrielle suscite le capitalisme sauvage ; l’Église réagit par la fondation de la démocratie chrétienne, des syndicats chrétiens, des mutualités chrétiennes, de cercles catholiques, qui poussent à l’instauration de lois sociales, réglementant le travail et le salaire. Encore aujourd’hui cette législation et ces associations sont porteuses de dimensions évangéliques dans la société. Les cercles catholiques locaux gardent la trace de cette action de l’Eglise pour la justice sociale. Ceci fait penser au développement sauvage de l’économie aujourd’hui et à la nécessité de nouvelles solidarités (cf. Populorum communio, 4.2)


D’autre part le développement des sciences met en question la fondation de la foi sur la nature et la création, car la géologie montre que le cosmos existe depuis des milliards d’année, alors que jusque 1850 on situait la création en 4000 avant JC.  Ce changement de perspective incite à un approfondissement des rapports entre sciences et foi. Il suscite une nouvelle lecture de la Bible, à la lumière des genres littéraires qui y sont utilisés et à la lumière de sa dimension symbolique. L’approfondissement de la foi devient toujours plus actuel. Le développement des technologies aujourd’hui nous pousse à un nouvel examen du monde et de la répartition des connaissances et des biens (cf. Populorum communio, 4.1).


13. Le Concile Vatican II revisite la place de l’Eglise dans la société, insiste sur le rôle de la catéchèse et sur l’incarnation de la foi dans la vie, il valorise le dialogue avec la société et avec d’autres courants spirituels. Il entraine une certaine désacralisation de la foi, la fin d’une prétention à connaître la vérité absolue et à avoir un monopole du spirituel. Le tournant de mai 68 accentue la coupure avec la tradition et les institutions. La participation des laïcs, la réforme liturgique, l’engagement social et le dialogue œcuménique ou interreligieux sont des conséquences du Concile, très actuelles aujourd’hui. Nécessité de rapprocher les peuples. (cf. Populorum communio, 4.3).


14. Le 21ème siècle est caractérisé par une crise des institutions et par les tensions entre le communautarisme et l’individualisme : qu’on pense à la destruction de la tour de New York le 11 septembre 2001. Nous sommes dans un monde hyper-connecté avec une pléthore d’informations qui nuit à la bonne communication et à la transmission des valeurs et de la foi. Elle engendre de nombreuses peurs. Si la foi ne s’appuie plus sur la nature, comment réagir à ces peurs ? On constate un besoin de paternité, d’amour, de modèles. Un retour du sacré, réel mais multiforme, ainsi qu’une rupture des traditions. Dans ce cadre pensons aux nouvelles initiatives chrétiennes chez nous. Nécessité d’une gouvernance mondiale pour l’écologie (cf. Populorum communio, 4.4).


2. Les pistes actuelles de la transmission de la foi 


On pourrait dire qu’il y a deux types d’analyse de la situation actuelle de la foi : celle de la coupe à moitié pleine et celle de la coupe à moitié vide.


Coupe à moitié vide : on insiste alors sur la désaffection de la pratique dominicale ; sur la sécularisation des institutions ; sur l’évolution des législations (euthanasie) ; sur l’éloignement de la jeunesse ; sur le petit nombre de prêtres, de religieux et même de bénévoles ; sur les églises désertées et fermées. Dès lors, il faut une optique d’évangélisation à partir de zéro. En ce sens on voit que le catéchuménat des adultes se développe. Il y a aussi le Chemin néo-catéchuménal, qui fait vivre le cheminement catéchuménal sur plusieurs années à des gens déjà baptisés.


Coupe à moitié pleine : en relève en ce sens que la moitié des enfants fréquentent les écoles libres catholiques et que 50% des enfants dans l’officiel suivent les cours de religion ; que plus de la moitié des syndiqués sont dans la CSC ; que, si les gens n’ont plus le rythme de la célébration hebdomadaire, néanmoins 60% des Belges se disent chrétiens, d’après une enquête récente. Les gens tiennent aux fêtes chrétiennes, spécialement à Noël, et aux manifestations folkloriques chrétiennes, comme le pèlerinage d’el Séquème. Ils veulent un enterrement chrétien, et même une messe, alors qu’ils y vont peu durant leur vie. On rouspète si on abandonne une église, même si on n’y va jamais. Face à l’islam dans ses dérives fanatiques, on redécouvre le sens de la foi ; avec le pape François, beaucoup se reconnaissent chrétiens. Après 10 minutes de conversation et un petit verre à la main, même un franc-maçon est fier de dire à l’oreille de l’évêque qu’il a été baptisé. En outre la mondialisation ajoute chez nous de nouveaux chrétiens, venus d’autres continents.


Face à tout cela, on est obligé de voir large. On ne peut pas se contenter de répéter ce qu’on a toujours fait ; on ne peut pas non plus faire comme si on ne partait de rien.


L’exhortation apostolique Evangelii Gaudium (EG) du pape François nous aide à voir des pistes d’action. Le pape François parle d’une Eglise en sortie : « Je préfère une Eglise accidentée, blessée, et sale pour être sortie sur la route à une Eglise malade pour sa fermeture et la commodité de s’attacher à ses sécurités ». Mieux vaut risquer ses talents que de les enterrer sous la terre. Sortir signifie un peu de confusion et renoncer à l’ordre


Jésus est frappé par les foules qui sont sans berger. Sans émotion, il n’y a pas de pastorale. Ni de mission. Donc volonté de se laisser porter par Jésus. Il faut avoir une volonté de sortir, en nous laissant toucher par l’émotion de Jésus. Il faut rencontrer les besoins de la foule et des nombreux blessés de la vie. Une Eglise en sortie est un peuple qui met du baume sur les blessures de la violence


Un peuple vit non à partir de lois, de valeurs et de préceptes, mais de sentiments de miséricorde, qui ne sont pas des émotions mais sagesse de vie. Les gens veulent vivre un sentiment religieux profond.


Je me limite volontairement à deux piste principales : comment la transmettre la foi ? Qui doit transmettre la foi ?


Comment ?


Le pape propose quatre angles d’approche de la catéchèse, lesquels sont largement complémentaires.


a) Catéchèse kérygmatique


Il s’agit de la première annonce, celle du cœur de la foi (EG 163), le kérygme : « Jésus-Christ est mort et ressuscité ». Je propose que l’on s’attelle à cette catéchèse de la première annonce et que chacun l’approfondisse en faisant un réapprentissage et une réappropriation du credo. C’est par une catéchèse kérygmatique que les protestants évangéliques ont recruté de nombreux chrétiens et comptent actuellement 600 millions d’adhérents dans le monde. Cela nous interroge sur notre capacité à annoncer la foi à ceux qui en sont loin.


b) La catéchèse biblique


Le pape insiste sur la nécessité de l’apprentissage du contexte biblique dans le cadre de l’école et à la catéchèse (EG 175). L’évangélisation demande la familiarité avec la Parole de Dieu et cela exige que les diocèses, les paroisses et tous les groupements catholiques proposent une étude sérieuse et persévérante de la Bible, en promouvant la lecture personnelle et communautaire. Le pape a créé une nouvelle fête liturgique, le dimanche de la Parole de Dieu, dont la date doit être déterminée localement. La Bible est en effet une grammaire de la vie et de ses mystères : l’amour, la mort, la souffrance, la créativité, la fécondité… Sans le langage biblique et la culture biblique, nous devenons des analphabètes de la vie.


c) La catéchèse mystagogique


Une autre caractéristique de la catéchèse est celle de l’initiation mystagogique,c’est-à-dire le cheminement vers les mystères de la foi et vers la prière. Le mot « mystères » a un double sens : il signifie à la fois les sacrements et la dimension mystique de la foi. Donc la catéchèse mystagogique implique essentiellement deux choses : une valorisation renouvelée des sacrements de l’initiation chrétienne (baptême, confirmation, eucharistie) et une progressivité de la formation au mystère de la foi, dans laquelle toute la communauté intervient et où le prêtre assure le rôle de représentant du Christ et de successeur des apôtres (EG 167).


d) La catéchèse éthique


J’appelle catéchèse éthique celle qui ressort de l’engagement envers les pauvres et envers la paix, en ce qu’il éclaire notre vie, en plus de rendre service aux autres : « Aujourd’hui et toujours, les pauvres sont les destinataires privilégiés de l’Évangile », écrit le pape (EG 48). La catéchèse doit passer par l’expérience du service des pauvres et l’engagement pour la paix. Ainsi la foi est confirmée par les œuvres et les œuvres éclairent la foi.


Qui ?


Nous sommes tous appelés à transmettre la foi. Donc la démarche de transmission est d’abord une démarche d’Église. L’Eglise doit être missionnaire, elle doit être en sortie (EG 24). Le pape écrit que « l’Église “en sortie” est la communauté des disciples missionnaires qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui accompagnent, qui fructifient, et qui fêtent ». La communauté évangélisatrice expérimente aussi que le Seigneur a pris l’initiative, il l’a précédée dans l’amour (cf. 1 Jn 4, 10) et, en raison de cela, elle sait aller de l’avant, elle sait prendre l’initiative sans crainte, aller à la rencontre, chercher ceux qui sont loin et arriver aux croisées des chemins pour inviter les exclus.


Dans ce cadre il faut souligner l’influence des parents et de la famille : cette dimension importante est déjà présente dans les Actes des Apôtres. Les grands-parents ont également (et de plus en plus) un rôle fondamental à cet égard (EG 66). Si le parent n’est pas engagé dans une démarche de foi, même tâtonnante, l’enfant ne sent pas encouragé à y participer.


Mais il y a aussi le rôle de la communauté, des communautés, de l’école, de l’amitié et la camaraderie. Les groupes dont fait partie une personne sont fondamentaux dans sa démarche de foi. Celle-ci est encouragée par l’exemple et par le témoignage.


Il faut enfin un accompagnement spirituel individuel spécifique à tous les âges de la vie dans une perspective de continuité ; c’est un accent mis par le pape François (EG 169 : accompagnement spirituel) et c’est une invitation aux prêtres et aux accompagnateurs à prendre au sérieux leur rôle de pasteurs.


Conclusion


Je suis persuadé que notre Église a un avenir. J’oserais dire, en revenant sur le verre à moitié vide et sur le verre à moitié plein, que nous devons travailler dans deux sens. Dans le premier sens, nous devons être saisis par l’urgence d’une annonce de la foi, dans une société qui en est loin, au sens explicite du mot. Il faut trouver de nouveaux lieux d’annonce et d’explicitation de la foi. Les groupes spécialisés peuvent nous orienter. Mais chacun doit oser aussi sortir de sa carapace, vaincre ses tabous et dire sa foi, surtout en racontant ce qu’il vit, ce qu’il fait, ce qu’il sait ce qu’il découvre en cette matière. Il faut semer davantage. Il faut renouveler de manière créative le langage de la foi.


D’autre part, sachant que l’Esprit souffle où il veut, il faut voir partout les semences d’évangile qui sont parfois implicites, les braises qui couvent sous la cendre. Il faut brasser large, comme fait le pape François ; il faut dialoguer avec tous, écouter, s’engager socialement dans le sens de l’évangile, sachant qu’il y a bien plus d’inspiration chrétienne qu’on ne le croit dans nos sociétés. Il faut s’engager socialement en faveur de la solidarité sociale, de la mixité sociale, de l’accueil du pauvre, du respect de l’écologie, car tout cela est expression discrète de l’évangile. Il faut lutter contre les mouvements qui ont tendance à exclure le religieux de la société. Il faut valoriser les démarches minimales de foi, qui s’expriment parfois par un geste, une prière, une visite, une ouverture d’église, une musique, une œuvre d’art. Que l’Esprit Saint nous aide et nous inspire !


J.-P. Delville, 16 mars 2017


 


 





[1] Cf. Jean-Pierre Delville, Le christianisme médiéval, creuset de l’Europe, dans Jean-Pierre Delville, Quelle âme pour l’Europe ?, Trajectoire 28, Namur, 2016, p. 57-90. – Jean-Pierre Rorive, Ombres et lumières en Val mosan. Histoire mouvementée du pays de Huy, Liège, 2016.




[2]Cf. Évêques de Belgique, Populorum communio, Lettre pastorale pour le Carême, 26 mars 2017, Bruxelles, 2017.




[3] W. Levison, Das Testament des Diakons Adalgisel-Grimo vom Jahre 634, dans Trier Zeitschrift, 7 (1932), p. 75 et 77 ; Nancy Gauthier, L’évangélisation des pays de la Moselle. La province romaine de Première Belgique entre Antiquité et Moyen-Âge (iiie-viiie siècles), Paris, 1980, p. 414 ; M. Werner, Der Lütticher Raum in Frühkarolingischer Zeit. Untersuchungen zur Geschichte einer karolingischen Stammlandschaft, Göttingen, 1980, p. 31-58 ; Jean-Pierre Delville etJulie Dury, Liège (diocèse), dans Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, t. 31, Paris, 2015.




[4] W. Levison, Das Testament, p. 81.




[5] Alain Dierkens (éd.), Le sarcophage de sancta Chrodoara : 20 ans après sa découverte exceptionnelle : actes du colloque international d'Amay (30 août 1997), Amay, Cercle archéologique Hesbaye-Condroz, 2006. Aussi dans Bulletin du Cercle archéologique Hesbaye-Condroz, 25 (2000-2001) ; Dierkens, Quelques aspects, p. 42.




[6] W. Levison, Das Testament, p. 80-81.





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