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Homélie de Noël 2016 - Messe du jour


Noël et les familles : de Liège à l’univers


 Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 


Chers Frères et Sœurs !


« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu ». Ces mots qui ouvrent l’évangile de saint Jean (Jn 1,1-18) sont proclamés à la messe du jour de Noël, à la fête de la naissance de Jésus, pour nous dire qu’en Jésus, il y a une parole définitive qui est dite, une parole qui est Dieu lui même. « Verbe » veut dire « parole » : « verbum » en latin, « logos » en grec. Ce mot grec « logos » est très utilisé dans des mots français : il y a 494 mots français qui incluent ce mot « logos », sous la forme de « logie ». Par exemple, en commençant par a : « archéologie », les paroles sur les choses antiques ; « astrologie », les paroles sur les astres ; b : « bactériologie », les paroles sur les bactéries ; « biologie », les paroles sur la vie ; g : géologie, « parole sur la terre » ; t : « technologie » signifie « parole sur la technique » ; pour finir par z avec « zoologie », les paroles sur les animaux. Cela signifie 494 sciences, chacune avec ses paroles, son vocabulaire, ses expériences, ses recherches, ses découvertes, ses applications. Mais qui est à l’origine de ces paroles, de ces techniques et de ces sciences ? Un enfant, que nous fêtons aujourd’hui, un enfant qui est la Parole par excellence, un enfant dont la parole et la vie sont tellement extraordinaires, que l’évangéliste Jean peut dire de lui qu’il est Dieu : « et le Verbe était Dieu », « la Parole était Dieu ».


Peut-on croire à cela ? La question doit être posée ; beaucoup l’ont posée et ont répondu négativement. L’évangéliste nous le dit aussi : « Le Verbe était dans le monde, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu ».


Cela nous fait penser à l’histoire de Noël. Il s’en est fallu de peu que Joseph ne répudie Marie, quand il apprit qu’elle était enceinte, hors mariage. Plus tard, quand ils arrivèrent à Bethléem pour le recensement, Marie et Joseph ne trouvèrent pas de place à l’auberge et l’enfant Jésus dut naître dans une mangeoire, à l’intérieur d’une étable. Surtout, à la fin de sa vie Jésus sera rejeté, condamné et tué sur une croix. Comme disait l’évangéliste Jean : « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu ».


Cette histoire ressemble à des situations que nous connaissons aujourd’hui ! Des histoires de couple où il y a eu des soupçons et des doutes entre époux ; des histoires de séparations ou de divorces. Des familles qui vivent dans la précarité et la pauvreté chez nous. Des familles victimes de la guerre, qui doivent fuir leur maison et deviennent des réfugiés. Certaines arrivent chez nous et il faut trouver de la place pour les accueillir.


Mais l’histoire de Jésus ne finit pas sur un échec. La parole de Jésus est plus forte que la mort. Elle est parvenue jusqu’à nous. On pourrait dire que les bergers à la crèche en sont les premiers acteurs. Ils ont eu une révélation faite par un ange de Dieu, qui leur dit : « Ne craignez pas ! Aujourd’hui vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Les bergers ont cru à ce message. Ils se mettent en route et trouvent l’enfant. Puis, comme l’écrit l’évangéliste Luc : « Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant […]. Ils repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé » (Lc 2,17.20). Ces bergers ont eu un nouveau regard sur l’enfant né pauvrement et couché dans une mangeoire. Ils ont compris que c’était un sauveur de l’humanité. Au lieu de se plaindre, ils louent Dieu. Au lieu de se taire, ils parlent de ce qu’ils ont vu. Sans eux nous ne saurions pratiquement rien de la naissance de Jésus. Et grâce à eux, nous sommes ici ce matin à écouter ce message d’espérance. Grâce à eux nous savons que « le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous ».


Cette parole faite chair, c’est la parole d’amour, celle qui sauve le monde. C’est pourquoi le pape François a intitulé « Amoris laetitia », « La joie de l’amour », son exhortation apostolique sur la famille, publiée cette année. Dans le chapitre 4, le pape insiste sur la force de l’amour qui tient debout les familles ; le pape y reprend les mots de saint Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens (1 Cor 13,7-8) : « L’amour supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais ». Dans le chapitre 8, le pape François affronte les situations complexes, en particulier celles les divorcés remariés civilement, celles des couples homosexuels ou celles des couples qui n’osent pas faire le pas du mariage. Car il n’y a pas que des familles unies, il y a aussi des familles à problème, des familles complexes, comme dit le pape François. Spécialement dans ces situations-là, il faut vivre la miséricorde et la compréhension, la parole d’amour. Le pape invite donc chaque famille à vivre l’espérance, à ne pas se laisser abattre, à être actrice dans l’histoire, comme la petite famille de Nazareth, transbahutée à Bethléem.


Mais il y a plus encore. Le message de Noël va au-delà de nos familles et s’adresse à toute l’humanité. Comme l’écrit saint Jean : « Le Verbe est la vraie lumière qui éclaire tout homme en venant au monde ». L’enfant Jésus est un sauveur pour toute l’humanité. Il nous sauve de nos péchés, c’est-à-dire de nos erreurs et de nos errements. Il nous donne une piste d’amour, valable pour tous.


Par exemple, aujourd’hui même, vous l’avez entendu à la radio sans doute, les évêques de République démocratique du Congo ont réussi à faire accepter un accord entre le parti du président Kabila et l’opposition, afin d’assurer une transition démocratique et éviter un bain de sang dans la population. Il leur a fallu des trésors de patience. Ils ont eu le soutien actif du pape François, qu’ils ont rencontré la semaine dernière, et celui de la Commission Justice et paix de Belgique, qui a assuré le lien avec le gouvernement belge. Ainsi les bonnes volontés se sont unies pour obtenir la paix avant Noël. C’est la foi en l’amour de l’enfant Jésus qui aide le monde à avancer.


Alors en cette fête de Noël, soyons tous comme les bergers à la crèche : des gens qui écoutent la voix de Dieu, des gens qui croient en son message, des gens qui se déplacent, qui ouvrent leurs yeux, des gens qui adorent l’enfant Jésus et des gens qui racontent ce qu’ils ont vu. Comme dit encore saint Jean : « À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Le Verbe s’est fait chair il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire ». De bergers à la crèche, ils vont devenir enfants de Dieu, des bergers de leur peuple, des bergers de toute l’humanité ! C’est notre vocation à tous !


Alors, Joyeux Noël à tous ! Djoyeux Noïè à turtot !


Amen ! Alleluia !


+ Mgr Jean-Pierre Delville,


votre évêque.



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