Précisions sur l’«Inventaire des églises paroissiales de Wallonie (1830-1940)» paru dans les inventaires thématiques de la Région wallonne

 RÉACTION AUX ARTICLES PARUS DANS LE JOURNAL LA MEUSE

DU 22 MAI 2009

 

PRÉCISIONS SUR « L’INVENTAIRE DES ÉGLISES PAROISSIALES DE WALLONIE (1830-1940) » PARU DANS LES INVENTAIRES THÉMATIQUES DE LA RÉGION WALLONNE

 

Suite à la parution de trois articles dans La Meuse du 22 mai 2009 intitulés respectivement « 211 églises menacées en province de Liège », « Que faire de nos églises désertées ? Un inventaire doit aider nos décideurs à faire le bon choix - 87 églises de peu de valeur » et « Non, l’église ne coûte pas cher – Il ne faut pas tout désacraliser - 67 édifices de peu de valeur à Huy-Waremme - Verviers : 57 églises ne seront pas classées », beaucoup de bénévoles engagés dans les fabriques d’églises se sont manifestés, inquiets pour le devenir de leur église.

Je ne peux que regretter que la presse - utilisant un travail réalisé à la demande de la Division du Patrimoine du Ministère de la Région wallonne - alimente une confusion en faisant d’un inventaire strictement patrimonial un outil de la désaffectation et de la démolition annoncées d’un certain nombre d’églises.

De prime abord, je tiens à préciser et réaffirmer qu’aucun inventaire patrimonial n’est susceptible de remettre en cause l’existence et la protection des églises.

Afin que chacun puisse mieux appréhender le contenu de ces différents articles de presse, je souhaite apporter les précisions suivantes :

L’inventaire dont il est question dans l’édition du 22 mai 2009 de La Meuse a été commandé par la Division du Patrimoine du Ministère de la Région wallonne.

Cet inventaire a été réalisé par la Cellule de Recherche en Histoire et Archéologie du Bâtiment (CRHAB), fondée en son temps par Monsieur Luc-Francis Genicot.

L’Institut du Patrimoine Wallon (IPW) est l’éditeur responsable de cet inventaire. Il n’a pas pris part à son élaboration.

Cet inventaire ne concerne que les églises de « statut public », bâties ou reconstruites entre 1830 et 1940. Encore qu’elles relèvent du statut public, les « chapelles » et « annexes » reconnues n’en font pas partie. Certaines églises paroissiales, datant pourtant de la période considérée, ont été « éliminées » pour avoir subi des interventions récentes qui en ont dénaturé la physionomie première.

Les critères retenus dans cet inventaire sont résolument d’« ordre architectural ». C’est à partir de critères de cet ordre que l’inventaire répartit les églises paroissiales en quatre catégories :

    1. Bien d’une valeur patrimoniale notable
    2. Bien d’une valeur patrimoniale certaine
    3. Bien d’une valeur patrimoniale plus commune
    4. Bien d’une valeur patrimoniale secondaire

Les auteurs de l’inventaire notent avec honnêteté que cette classification n’est qu’indicative, peut-être évolutive et n’a pour objectif que de « devenir un outil objectif d’aide raisonnée à l’attention des divers responsables du patrimoine ».

Sur les 258 églises retenues, l’inventaire en retient 12 dans la catégorie 1 et 35 dans la catégorie 2, soit 47 églises d’une valeur patrimoniale notable ou certaine. Reste donc 211 églises construites entre 1830 et 1940. Elles se répartissent dans les catégories 3 et 4. L’inventaire publié n’en parle pas.

Cet inventaire est sérieusement et objectivement fait à partir des critères architecturaux retenus. L’utilisation de cet inventaire par l’IPW, relayée par le journal « La Meuse » dans son édition du 22 mai 2009, n’est pas objective.

 

Ce n’est pas parce qu’une église ne répond pas à des critères architecturaux qu’elle a peu de valeur et ne répond pas à des besoins essentiels.

 

I - L’intérêt d’une église ne dépend pas de sa valeur architecturale.

Elle dépend de la communauté chrétienne qui s’y réunit régulièrement, d’une large part de la population qui la fréquente occasionnellement pour y recevoir les sacrements de la foi, de tous ceux qui, pour des raisons diverses, y entrent. Car, si les églises sont affectées au culte catholique et gérées dans ce but, elles ne sont pas réservées aux croyants et chacun peut y venir pour s’y recueillir, s’y reposer, réfléchir ou admirer.

II - L’affectation d’une église au culte catholique ne peut dépendre de la valeur architecturale de l’édifice.

Les églises ont été affectées par la Loi ou par Arrêté Royal au culte catholique. Seul un acte équivalent pourrait désaffecter une église et pareil acte n’intervient que sur proposition de l’Évêque du lieu.

Aussi, lorsque le journal La Meuse écrit qu’il y a 87 églises de peu de valeur à Liège – en illustrant son propos par l’image d’une église que l’inventaire situe en catégorie 2 - , lorsque le même journal écrit que 67 édifices sont de peu de valeur à Huy-Waremme, ce journal liégeois confond les domaines, alerte injustement l’opinion.

Il est regrettable de voir l’IPW, parastatal de la Région Wallonne, alimenter cette confusion en faisant d’un inventaire strictement patrimonial, un outil de la désaffectation et de la démolition annoncées d’un certain nombre d’églises. L’IPW ne dispose d’aucun mandat et d’aucune compétence pour ce faire.

III – Les églises paroissiales relèvent du domaine public – le culte est d’intérêt collectif.

Si les églises paroissiales sont subsidiées, qu’elles soient classées ou non, c’est parce qu’elles relèvent toutes du domaine public. Qu’elles appartiennent aux communes – c’est le cas de la plupart –, qu’elles appartiennent aux fabriques d’églises qui sont des établissements publics, elles relèvent toutes du domaine public. C’est à ce titre, entre autres, qu’elles sont subsidiées. Elles le sont encore à un autre titre, à savoir que le culte a toujours été considéré en Belgique comme un service public décentralisé.

Lorsque l’Administrateur général de l’IPW, Monsieur Freddy Joris, entend exclure le culte de toute considération d’intérêt collectif en opposant l’intérêt collectif de la population aux convictions personnelles, il se rend responsable d’une incorrection administrative et d’une ignorance de la législation en vigueur.

IV – Toute manifestation à l’intérieur d’une église relève du curé et de la fabrique sous l’autorité de l’Évêque.

C’est au curé et à l’Évêque de décider ce qui est compatible ou non avec le culte. C’est aux membres de la fabrique d’en vérifier la faisabilité et d’y acquiescer.

Il n’appartient à aucune autorité publique et certainement pas à l’IPW de s’ingérer dans l’espace intérieur des églises, de décider ce qu’il convient d’y faire.

Lorsque Monsieur Joris affirme que, si « la Région met plus d’argent, les pouvoirs publics ont leur mot à dire sur le type de manifestations possibles (dans les églises)… au-delà du curé et la fabrique d’église », il ajoute à l’incorrection administrative une incorrection constitutionnelle. L’IPW n’a pas de compétence en ce domaine. L’Administrateur général de l’IPW n’évoque que le « strip tease » comme limite aux spectacles qui pourraient se dérouler dans les églises. Il y a cependant bien d’autres choses que les spectacles à coloration sexuelle qui sont susceptibles de dénaturer les églises.

L’Évêché de Liège, comme les autres Évêchés de Belgique, s’est toujours montré ouvert à ce que des manifestations culturelles aient lieu dans les églises. Comme il encourage le tourisme, il encourage l’organisation de ces manifestations et il a donné des directives en ce sens aux curés et aux différentes fabriques d’églises du diocèse. Cependant, il entend conserver la maîtrise de ce qui convient et de qui ne convient pas de faire dans les églises.

Le culte catholique n’entend pas être traité différemment des autres cultes reconnus dans l’usage des églises.

V – Les églises ne sont pas des annexes des presbytères.

La diminution du nombre de prêtres, aussi significative qu’elle soit et la diminution de la pratique dominicale ne justifient pas qu’on puisse parler d’églises « désertées », d’églises « inutiles » ; aucune église n’est inutile.

L’absence du prêtre au presbytère devrait demeurer sans incidence sur la vie des églises. C’est à la population chrétienne et aux fabriques d’églises qui les représentent que les églises sont confiées. C’est à cette population chrétienne et aux fabriques d’églises à les faire vivre spirituellement d’abord et culturellement ensuite, en accord avec l’Évêque du lieu.

Les églises ne sont pas propriétés des clercs : elles sont maisons des paroissiens. C’est pourquoi, depuis plusieurs années, l’Évêché de Liège insiste pour que les églises demeurent largement ouvertes. C’est à cette condition qu’elles remplissent leur vocation première d’être, dans le tapage contemporain, des lieux de célébration, d’asile spirituel et de silence. 

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L’émoi suscité par l’utilisation médiatique de cet inventaire m’invite à rappeler à tous les paroissiens l’importance du rôle joué par les fabriques d’églises et tout l’intérêt qu’ils auraient à les soutenir, à partager leurs travaux, à en devenir membres lorsque c’est demandé. Il me tient à cœur de remercier tous les fabriciens du diocèse qui, bénévolement, jouent un rôle essentiel et décisif dans la sauvegarde et la protection des églises du diocèse. Il est important que les propos tenus dans la presse ne les découragent pas. 

Raphaël COLLINET, Vicaire épiscopal