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Tous les éditos > Homélie 3e dimanche carême A : Jean 4,5-42 - la Samaritaine; Collégiale de Huy, 19 mars 2017; Conclusion de la visite pastorale du doyenné (22/03/2017)


Homélie 3e dimanche carême A


Jean 4,5-42 : la Samaritaine


 


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


Collégiale de Huy, 19 mars 2017


Conclusion de la visite pastorale du doyenné


 


 


Chers Frères et Sœurs,


Aujourd’hui, c’est une fête de la foi ! Nous sommes nombreux dans cette collégiale, à la fin de ma visite pastorale et autour des jeunes qui vont être confirmés. Souvent pourtant on relève qu’il y a moins de monde dans nos églises, qu’il y a peu de jeunes et qu’il y a moins de bénévoles. Aujourd’hui que nous sommes nombreux, c’est l’occasion de recevoir le message de ce dimanche de carême qui nous invite à progresser dans la foi, comme l’a fait la Samaritaine dans sa rencontre avec Jésus.


Commençons par faire le point sur ma visite pastorale du doyenné de Huy. J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer de nombreuses personnes et de nombreuses associations. On peut dire qu’il y a eu deux volets, le volet interne à l’Église et le volet du contact avec la société. Dans le premier volet, j’ai rencontré les prêtres, diacres et assistante paroissiale, ainsi que les équipes pastorales, qui sont à la tête des UP, et les Conseils d’UP, qui sont un peu le Sénat des UP. Puis j’ai rencontré les membres des fabriques d’églises, les équipes de catéchèse et de préparation des funérailles, ainsi que les responsables des groupes de prière, sans oublier les jeunes qui se préparent à la confirmation. Pour ce qui est du deuxième volet, j’ai passé toute une journée dans les écoles et rencontré les élèves, les enseignants et les PO ; une rencontre a été relayée par la radio RCF ; j’ai rencontré les mandataires communaux, bourgmestres et échevins ; j’ai visité la maison de repos de l’Estérel où j’ai rencontré les équipes de visiteurs de malades et d’aumônerie d’hôpital ; j’ai rencontré les services sociaux, dans le cadre d’Horizons nouveaux à Antheit, qui regroupe les services des conférences de Saint-Vincent-de-Paul locales. Enfin j’ai donné une conférence grand public pour inaugurer la visite. Et je ne dois pas oublier les moments conviviaux des repas dans des familles ou avec les communautés de religieuses.


À travers toutes ces rencontres j’ai découvert la richesse d’engagement des chrétiens du doyenné de Huy et les qualités remarquables des organisateurs. J’ai pu avoir des discussions franches à partir des problèmes qui se posent et à partir des réalisations qui se font.


Si beaucoup de choses se réalisent et beaucoup de personnes s’engagent, nous savons aussi qu’il y a beaucoup de personnes qui sont loin de la foi chrétienne et beaucoup de personnes qui sont dans le besoin et attendent un plus pour leur vie.


Je voudrais ensuite donner la parole aux jeunes qui vont être confirmés et qui m’ont écrit leur motivation. Je relève quelques unes de leurs phrases qui évoquent le cheminement de leur foi :


« J’ai grandi au niveau de la tolérance et de l’ouverture d’esprit mais aussi cela m’a permis d’apprendre que la religion en se résume pas à des textes mais est aussi une façon de penser ».


« J’ai grandi dans ma foi tout au long de cette année ».


 « Je pense avoir fait un joli chemin et j’aimerais avoir le but de cela, être confirmé ».


« J’ai découvert quelque chose en quoi je pourrai toujours croire quand je ne crois plus en moi ».


 « Je souhaite être un chrétien  complet aux yeux de tout le monde et ne pas me cacher car le monde a besoins de valeurs comme celles de la religion ».


 « J’ai découvert ma génération de croyants ».


« J’ai pu accepter pleinement ma place dans le monde chrétien ».


« Je souhaite être confirmé pour transmettre le message du Christ et aider les plus faibles ».


 Ce cheminement de foi est décrit de façon frappante dans le dialogue de Jésus avec la Samaritaine (Jean 4,5-42). Cette Samaritaine est le symbole de chacun de nous.


 


1. Dans un premier temps, Jésus manifeste sa faiblesse : il a soif. « Donne moi à boire », dit-il à la femme (Jn 4,7). Il a soif d’affection, soif de sauver cette femme. Il se dit lui même, dans son désir. La Samaritaine est une femme dure, qui connaît la vie, qui a eu cinq maris, plus un 6e. La femme répond avec agressivité : « toi qui es juif… ». Jésus s’est livré à elle, dans sa fragilité, mais elle le minimise.


 


2. Ensuite Jésus se fait connaître doucement. Il stimule la femme : si tu savais qui est là, dit-il, « il t’aurait donné de l’eau vive » (Jn 4,10). Jésus promet de désaltérer la vie de la femme. Mais elle commence à soupçonner quelque chose : « Serais-tu plus grand que notre père Jacob ? » C’est le début d’une démarche de foi, de conversion… Nous aussi, le Seigneur nous invite à voir plus large : où en est ma foi ?


 


3. Jésus se découvre davantage : « qui boit de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle » (Jn 4,14). Jésus promet à cette femme une fécondité. La femme est intéressée. Elle prie : « Donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir ici pour puiser » ; mais elle réduit Jésus à un magicien. Elle est réductrice. C’est comme nous quand nous demandons à Dieu de nous exaucer tout de suite. « Seigneur guéris-moi ! Sors-moi du pétrin ».


 


4. Alors Jésus l’invite à clarifier sa vie personnelle : « appelle ton mari », dit-il (Jn 4, 16). Elle est franche : elle reconnaît qu’elle a eu cinq hommes, plus un sixième : « celui que tu as maintenant n’est pas ton homme ». Jésus pousse la femme à la franchise, à la sincérité, à la vérité, à la parole. Il la reconnaît, dans sa fragilité, par miséricorde. Elle reconnaît alors qu’il est un prophète. Jésus nous invite à être sincères avec nous-mêmes et à nous révéler à lui.


 


5. Alors elle lance la parole qui lui tient à cœur : où adorer ? (Jn 4, 20). Elle distingue les Juifs et les Samaritains. Elle garde une position ethnique. Jésus élargit le discours : « plus à Jérusalem ni en Samarie, mais en esprit et en vérité » (Jn 4,23). Il lance les bases du dialogue interreligieux. Et les bases de la vraie foi : adorer en esprit et en vérité. Alors la femme manifeste sa foi sous forme d’espérance : le messie doit venir. Jésus lui dit : « je suis » (Jn 4,26). C’est la parole de Dieu à Moïse dans le buisson ardent : « Je suis celui qui suis ». Jésus dévoile sa nature divine. Ainsi Jésus nous invite à l’adoration.


 


6. Les Samaritains croient alors en Jésus. Ce qui n’était qu’une conversation pénible avec une femme difficile devient la source de conversion de beaucoup. Jésus reste avec eux. Eux confessent Jésus comme sauveur du monde (Jn 4,42), un sommet dans l’expression de la foi. Ainsi Jésus nous invite-t-il à la mission pour le monde entier.


 


En conclusion, relevons que telle est la démarche de foi.


Et celle d’évangélisation !


La Samaritaine devient comme Jésus, une porteuse de bonne nouvelle.


L’évangélisation est passée par le témoignage personnel et réciproque.


Telle est aussi notre mission !


À Huy comme ailleurs !


 


Amen !


 


+ Jean-Pierre Delville,


Votre évêque.



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