Chers amis,
Ces derniers mois, les catholiques ont été particulièrement secoués. La levée de l'excommunication des quatre évêques de la Fraternité Saint-Pie-X, l'excommunication prononcée par l'archevêque de Recife et l'interview du Pape dans l'avion qui le conduisait au Cameroun ont mis le feu aux poudres. Les ondes de choc se sont fait sentir dans l'Eglise universelle, et surtout en Europe. La crédibilité et l'autorité du Pape et même de l'Église en général ont été ébranlées.
Qu'est-ce qui peut expliquer un tel "tsunami" ? La communication, telle qu'elle en a été faite par le Vatican est en partie responsable. D'ailleurs, dans la lettre très personnelle qu'il a adressée aux évêques le 12 mars, le Pape le reconnaît avec une simplicité et une sincérité remarquables.
La médiatisation inhabituelle des paroles du Pape sur la prévention du Sida et leur interprétation pour le moins tendancieuse ont favorisé l'incompréhension et l'indignation.
Je suis particulièrement préoccupé par les réactions à l'intérieur de l'Église. Je n'ai jamais reçu autant de messages oraux et écrits. Certains fidèles m'ont exprimé leur souffrance en même temps que leur colère et leur désapprobation; d'autres l'ont exprimée en même temps que leur confiance au Pape et à l'Église. Que des aînés réagissent également semble montrer que, dans le passé, ils ont été blessés par l'Église. Certains d'entre eux laissent entendre qu'ils ne veulent pas être contrôlés et dominés par elle.
Dans notre monde marqué par le progrès du savoir-faire de l'homme, les doutes et les questions qui sont dans l'air depuis quelque temps au sujet de la foi elle-même, constituent un autre facteur favorable à la critique. De plus, un relativisme, voire un scepticisme ambiant nous influencent. Et la mentalité plutôt individualiste accentue encore la difficulté de vivre en Église. Combien de fois n'ai-je pas entendu dire : J'ai mal à mon Église ou Je quitte l'Église, mais je reste fidèle à Dieu ! Nous vivons dans une atmosphère sous tension.
Telle une lame de fond, la crise des vocations, les regroupements de paroisses, l'absence de jeunes et de jeunes adultes dans nos églises et encore d'autres phénomènes suscitent des réserves et même de la méfiance à l'égard de l'Église institutionnelle chez un certain nombre de chrétiens. Beaucoup de catholiques pensent qu'à Rome, on fait la sourde oreille et qu'on ne veut pas écouter les évêques et encore moins les autres fidèles.
Le Pape Benoît XVI ne mettra jamais en cause Vatican II, j'en suis plus que convaincu. Mais il faut le reconnaître et le dire: les événements de ces dernières semaines n'ont pas rassuré certains chrétiens qui continuent à s'interroger sur les intentions du Pape.
Il me paraît opportun de revenir sur ces secousses pour essayer d'en tirer quelques conclusions, j'espère fructueuses pour nous, dans notre diocèse.
1. La communication.
Les tergiversations autour de la levée des excommunications des quatre évêques me font dire que l'information a été insuffisante. L'Église, à tous les niveaux, doit veiller à une bonne communication, à une information permettant aux gens de comprendre ce qui est dit ou décidé et ce qui est voulu. Cela est vrai pour le Vatican, mais aussi pour les paroisses et pour l'évêché. Il est particulièrement nécessaire d'essayer de faire comprendre en vue de quoi une mesure ou une décision est prise.
2. La sexualité.
La petite phrase prononcée par le Pape dans l'avion a provoqué un déferlement extraordinaire de réactions. Certes, la sexualité a toujours été un domaine très sensible, dans l'Église également. En toute sincérité, je ne comprends toutefois pas comment certains ont pu penser que le Pape Benoît XVI pourrait donner une réponse aussi simpliste à une question aussi grave. Il n'a certainement pas voulu réduire aux préservatifs les initiatives d'aide des pays européens. Je sais que, en général, ces initiatives ont un objectif plus large. Sinon pauvre Europe !
Quand on lit l'interview dans son intégralité, on se rend compte que le Pape a pris de la hauteur et a parlé des moyens en les situant bien dans leur vrai contexte : il a fait appel à la responsabilité des Africains et à l'humanisation de la sexualité. N'est-ce pas aussi vrai, pour nous, chez nous ? Dans "Le Jour" de ce 25 mars, le Professeur van Meerbeeck déclare : On parle aux jeunes de maladies sexuellement transmissibles, mais plus jamais d'amour. (…) Les adultes ont peur de s'avancer sur ces valeurs. Or les adolescents en ont besoin. Personne ne leur parle de cette sexualité où l'autre est réduit à un objet. Les adultes ne se rendent pas compte qu'ils ont un devoir d'éducation. (…) Il s'agit d'ouvrir les regards et les cœurs à l'amour et au désir sexuel.
3. L'Afrique.
La pandémie du Sida, véritable catastrophe humaine et démographique en Afrique, m'interpelle évidemment. Mais je voudrais aussi faire réfléchir à une autre catastrophe. L'injustice, la violence, la pauvreté en Afrique subsaharienne m'attristent et parfois me déroutent. Combien de fois ne me suis-je pas dit : les Africains n'auraient qu'à… Mais est-ce à nous de leur dicter ce qu'ils doivent faire ? Plus grave encore, sur le plan économique, des puissances étrangères exercent abusivement une exploitation totale. Tous, nous disons que c'est injuste. Et si, sur tous les plans, on essayait de progresser avec la population, au lieu de vouloir leur imposer nos idées, nos intérêts, nos modèles ? Cela vaut, en premier lieu, pour le redressement socio-économique, l'organisation politique et la dénonciation de toute corruption. Je reconnais les démarches politiques de notre pays et de l'Union Européenne. Je suis tout autant en admiration devant les nombreux projets de coopération mis en route et soutenus par Entraide et Fraternité, par Caritas international, Memisa et tant d'autres. Et je pense encore à une Liégeoise qui travaille dans l'éducation et la prévention du Sida au Kivu.
Nous Européens, nous devons tout faire pour que les Africains gardent et nourrissent l'espérance qui les habite malgré leur détresse. Le Pape a dit : Avec le Christ, l'Afrique peut devenir le continent de l'espérance.
* * *
Chers amis, ma lettre est devenue plus longue que prévu. Nous avons tous été secoués dans notre appartenance à l'Église, mais ma confiance fondamentale n'a pas été touchée, parce que le Seigneur nous a promis d'être avec nous. Il nous a donné son Esprit. Toute crise est une chance, un appel à aller de l'avant. La foi est un chemin de conversion permanente. À travers les événements douloureux de ces dernières semaines, le Seigneur nous invite à une vie évangélique encore plus nette, une vie à sa suite.
Dans cet esprit, continuons à monter vers Pâques.
Votre évêque + Aloys Jousten
Liège, le 31 mars 2009
Liebe Mitchristen,
in den letzten Monaten sind wir Katholiken besonders erschüttert worden. Die Aufhebung der Exkommunikation von vier Bischöfen der Pius-Bruderschaft, die vom Erzbischof von Recife verhängte Exkommunikation und das Interview des Papstes während seines Fluges nach Kamerun waren der Zündstoff. Wie Schockwellen verbreiteten sich die Nachrichten in der Weltkirche, besonders in Europa. Die Glaubwürdigkeit und die Autorität des Papstes und sogar der Kirche im Allgemeinen sind angetastet.
Wie lässt sich solch ein „Tsunami“ erklären? Zum Teil sind wohl Kommunikationsmängel im Vatikan verantwortlich. Der Papst hat dies auf bemerkenswert einfache und ehrliche Weise in seinem persönlichen Schreiben an die Bischöfe anerkannt.
Das ungewöhnliche Medienecho der Worte des Papstes bezüglich der Aids-Prävention und deren zumindest voreingenommene Auslegung haben das Unverständnis und die Empörung noch verstärkt.
Mich beunruhigen insbesondere die Reaktionen innerhalb der Kirche. Ich habe noch nie so viele Stellungnahmen erhalten. Gewisse Christen drückten zugleich ihren Schmerz, ihre Wut und Missbilligung aus. Andere verbanden den Schmerz mit Vertrauen in den Papst und die Kirche. Dass auch ältere Mitchristen reagieren, zeugt wohl von vergangenen Kränkungen seitens der Kirche. Einige von ihnen äußern, dass sie nicht (mehr) von der Kirche beherrscht und kontrolliert werden wollen.
In unserer von Wissenschaft und Technik, also vom Machbaren geprägten Welt tauchen Zweifel und Fragen bezüglich des Glaubens fast wie von selbst auf. Sie verschärfen noch die kritische Einstellung. Dazu kommen möglicherweise ein gewisser Relativismus oder gar Misstrauen. Die eher individualistische Mentalität macht die Zugehörigkeit der Christen zur Kirche nicht leichter. Wie oft habe ich nicht sagen hören: Ich leide an der Kirche oder Ich verlasse die Kirche, aber ich bleibe Gott treu! Wir leben in einer wirklich spannungsgeladenen Atmosphäre.
Der Priestermangel, das Zusammenlegen der Pfarren, das Fehlen der Jugend und der jungen Erwachsenen in unseren Kirchen usw. lösen bei manchen Christen Zurückhaltung und sogar Misstrauen gegenüber der Institution Kirche aus. Sie vermuten, dass Rom sich taub stellt und nicht auf die Bischöfe und noch weniger auf die Laien hört.
Papst Benedikt XVI. wird niemals das zweite Vatikanische Konzil in Frage stellen, davon bin ich mehr als überzeugt. Wir müssen jedoch anerkennen und sagen: die Ereignisse der letzten Monate beruhigen keineswegs jene, die sich diesbezüglich Fragen stellen.
All diese Ereignisse sollten uns Christen im Bistum Lüttich nachdenklich stimmen. Ich möchte drei Bereiche ansprechen.
- Kommunikation
Das Hin und Her um die Aufhebung der Exkommunikation der vier Bischöfe und der Erklärungsbedarf in Bezug auf deren Tragweite zeigen, dass die Information und die Kommunikation mangelhaft waren. Auf allen Ebenen muss die Kirche daher auf gute Kommunikation bedacht sein, damit jeder versteht, was gesagt und beschlossen wurde. Es ist besonders wichtig zu erklären, weshalb und wozu eine Maßnahme oder eine Entscheidung getroffen wurde. Das gilt sowohl für den Vatikan als auch für die Pfarren und das Bistum.
- Sexualität
Die wenigen Worte des Papstes auf dem Flug nach Kamerun haben eine ungewohnte Welle von Reaktionen hervorgerufen. Die Sexualität ist seit eh und je ein sensibler Bereich, auch in der Kirche. Dennoch verstehe ich ehrlich gesagt nicht, wie man Papst Benedikt XVI. eine fast simple Antwort in einer solch ernsthaften Materie zumuten konnte. Er hat die Hilfsaktionen der europäischen Länder gewiss nicht undifferenziert anprangern wollen. Im Allgemeinen beschränken dieselben sich wohl nicht auf Kondome, sondern verfolgen ein breiteres Ziel. Sonst, armes Europa!
Das ungekürzte Interview lässt erkennen, wie sehr der Papst auf die Frage der Aidsepidemie in ihrem richtigen Zusammenhang eingegangen ist: er hat die Afrikaner zu Verantwortung und menschlichem Umgang mit der Sexualität aufgerufen. Gilt dies nicht auch für uns und bei uns? In „Le Jour“ vom 25. März erklärt Professor Meerbeeck: Man spricht zu den Jugendlichen von sexuell übertragbaren Krankheiten, aber nie mehr von Liebe. Die Erwachsenen meiden es scheinbar, über diese Werte zu reden. Doch die Heranwachsenden benötigen dies dringend. Niemand spricht ihnen von einer Sexualität, die den andern zu einem Objekt entwürdigen kann. Die Erwachsenen sind sich ihrer erzieherischen Aufgabe wohl nicht bewusst. Wir müssen die Augen und die Herzen auf die Liebe und das sexuelle Verlangen ausrichten.
3. Afrika
Die Aids-Pandemie in Afrika ist eine menschliche und demographische Katastrophe. Sie gibt natürlich zu denken. Doch ich möchte noch auf eine andere, bedenkenswerte Katastrophe hinweisen. Die Ungerechtigkeit, die Gewalt, die Armut in Schwarzafrika stimmen mich traurig und machen mich manchmal ratlos. Schlimmer ist dies noch in wirtschaftlicher Hinsicht; denn fremde Mächte beuten die Bodenschätze aus. Alle sagen wir, dies sei ungerecht. Wie oft habe ich mir nicht gesagt: Die Afrikaner brauchten nur, …Aber ist es unsere Aufgabe, ihnen Vorschriften zu machen? Und wenn wir auf allen Ebenen versuchten, mit der Bevölkerung Fortschritte anzustreben, anstatt ihnen unsere Ideen, Interessen und Vorgaben aufzuzwingen? Dies gilt in erster Linie für die sozio-ökonomische Ankurbelung, das Funktionieren der politischen Demokratie und die Anprangerung jeglicher Korruption. Gerne erkenne ich die politischen Initiativen unseres Landes und der EU an. Ich bewundere die zahlreichen Projekte und Angebote, die Miteinander Teilen, Caritas, Memisa und viele andere Organisationen ins Leben gerufen haben und mit unserer Hilfe unterstützen. Ich denke auch an eine mir bekannte Lütticherin, die sich auf bemerkenswerte und erfolgreiche Weise in der Erziehung und Aids-Vorbeugung im Kivu engagiert.
Wir Europäer müssen alles in unserer Macht Stehende tun, damit die Afrikaner ihre Hoffnung nähren und bewahren. Der Papst hat während seiner Reise erklärt: Mit Christus kann Afrika ein Kontinent der Hoffnung werden.
* * *
Liebe Mitchristen! Alle sind wir in unserer Zugehörigkeit zur Kirche erschüttert worden, aber unser tiefes Vertrauen bleibt hoffentlich unangetastet, denn der Herr hat uns seinen Beistand zugesagt. Er hat uns seinen Heiligen Geist geschenkt. Jede Krise ist auch eine Chance, ein Aufruf, nach vorne zu schauen. Der Glaube ist ein Weg der ständigen Umkehr. Durch die schmerzlichen Ereignisse der letzten Monate lädt der Herr uns zu einem noch eindeutigeren Leben aus dem Evangelium, zu einem Leben in seiner Nachfolge ein.
In diesem Sinne wollen wir weitergehen auf dem Weg nach Ostern.
Ihr Bischof
+Aloys Jousten
Lüttich, den 31. März 2009
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