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Tous les éditos > 800 ans paroisse de Moresnet (05/10/2014)


Homélie 27e dimanche A
800 ans paroisse de Moresnet
5 octobre 2014
+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


Chers Frères et Sœurs,


L’évangile de ce jour nous présente la parabole des vignerons homicides (Mt 21,33-43). C’est un texte qui nous paraît un peu violent et pessimiste pour un jour de fête comme celui-ci. Cependant il contient un message important pour notre communauté et pour toutes les communautés chrétiennes.


La vigne, qui est au cœur de cette parabole de Jésus, est un thème courant de la Bible. En effet, la vigne est une image très parlante. La vigne c’est comme un jardin : il faut le cultiver et y travailler sans arrêt pour avoir des fruits et des légumes. « On n’a jamais fini avec un jardin », dit-on souvent ! C’est pourquoi la vigne symbolise la société, et plus précisément le peuple d’Israël. Un peuple, une société, doit toujours être travaillé, soigné et aimé pour bien fonctionner. La paroisse est une petite société. Ainsi cette paroisse a besoin d’être bien soignée pour être source de salut et de bonheur pour tous ses membres ; et c’est une joie pour nous de constater qu’après 800 ans la paroisse de Moresnet est bien soignée et bien entretenue, comme un beau jardin, comme le beau vignoble dont parle Jésus.


Mais Jésus nous fait découvrir qu’un vignoble bien entretenu peut devenir une tentation pour ceux qui s’en occupent. Les vignerons risquent de se l’approprier et travailler pour leur intérêt à eux seuls. C’est comme si le curé de Moresnet décidait que la paroisse est son affaire personnelle et sa propriété privée et qu’il mette à la porte tous les collaborateurs et dirige tout seul ! C’est ce fonctionnement violent que Jésus dénonce dans la parabole ; les vignerons veulent s’approprier tous les fruits de la vie ; ils battent et assassinent tous les envoyés du maître ; et même son fils, ils l’exécutent et ils jettent le corps hors du vignoble pour de venir propriétaires de la vigne. Ce sont des éléments inattendus et même invraisemblables, un peu extravagants ; donc ils nous mettent la puce à l’oreille.


Par ces derniers éléments, l’envoi du fils et l’assassinat du fils, nous découvrons que cette parabole nous présente la situation du peuple d’Israël. Ses dirigeants sont comme les vignerons qui ont volé la vigne à Dieu, le maître de la vigne. Ils dirigent le peuple seulement pour leurs propres intérêts. Ils tuent les envoyés du maître, c’est-à-dire les prophètes que Dieu a envoyés. Ils vont même menacer puis tuer le fils du maître, c’est-à-dire Jésus. Jésus annonce donc sa mort et sa mise au tombeau. Et surtout il montre la raison : ce sont les dirigeants du peuple qui ont voulu s’approprier la nation à leur avantage et à leur profit. Ils mettent Dieu à la porte, ils se moquent du maître de la vigne, ils n’agissent que pour leur intérêt personnel. Cette violence, nous la voyons à l’œuvre dans notre monde ; beaucoup d’intérêts privés dictent la conduite des gens, beaucoup d’injustice règne sur notre terre. Mais cela peut même nous menacer dans nos vies quotidiennes : on peut être tenté de gérer le bien commun en pensant surtout à notre intérêt personnel. Le pape François nous dit même que cela arrive aussi dans l’Église, à la Curie romaine où les prélats sont tentés par l’arrivisme et les bonnes places bien en vue ; mais aussi dans les paroisses où les responsables peuvent être tentés d’être des douaniers des sacrements, des contrôleurs de la foi.


Ces tentations, cette violence de ceux qui recherchent leurs intérêts personnels, va-t-elle désormais régner en maître sur nos sociétés, sur notre monde. Va-t-elle l’emporter dans le peuple d’Israël ?, se demande Jésus. En réponse à cette question dramatique, Jésus répond par une citation du psaume 117 (118) : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux. » Le fils qui a été rejeté par les dirigeants du peuple d’Israël et les prêtres du temple de Jérusalem, va devenir la pierre angulaire, la clé de voute, du nouveau temple, du nouveau peuple. Jésus ajoute : « Le royaume de Dieu sera donné à un peuple qui lui fera produire du fruit ». Jésus promet que la vigne, le peuple d’Israël, sera soignée par un peuple qui fera donnera du fruit. Jésus annonce ici que la vigne sera donnée et non plus louée ; elle sera donnée à un peuple, un peuple qui hérite de la vigne, donc un peuple de fils et de filles, un peuple qui va gérer la vigne, non pas pour l’exploiter dans l’intérêt de quelques uns, mais pour lui faire porter des fruits qui serviront au bien de tous, au bien de tout le peuple. Ce peuple, c’est l’Église, c’est chacun et chacune d’entre vous. Jésus montre ainsi que sa mort va ouvrir une nouvelle époque, l’époque du peuple de frères, qui fait produire du fruit à la vigne de toute l’humanité.


Ce message d’espérance nous est adressé à nous ici à la paroisse de Moresnet. La paroisse est comme une vigne qui nous est confiée pour que nous lui fassions produire du fruit. Jésus nous fait confiance. Il sait que nous sommes ses fils et ses filles ; nous ne sommes pas des mercenaires, des locataires. Nous sommes les enfants de Dieu et nous gérons notre paroisse pour qu’elle produise du fruit, c’est-à-dire pour qu’elle soit acteur de bien et de bonheur dans la société, pour que chacun puisse y grandir en amour et en créativité au service de nos frères et sœurs du monde entier. C’est donc un cadeau que nous recevons, que nous avons reçu depuis au moins 800 ans, et que nous faisons fructifier. Prions alors pour chacun d’entre nous, que nous soyons tous des membres actifs du peuple de Dieu ; prions pour nos responsables et nos prêtres, pour qu’ils évitent l’intérêt personnel, mais soient au service de tous. En tout cela nous ne sommes pas seuls ! Le Christ est la clé de voute de notre Eglise, la pierre angulaire qui  nous soutient et transforme les pierres isolées ou rejetées en pierres solides du nouveau temple de Dieu, le nouveau peuple de Dieu qui nous formons ensemble pour le bien de toute l’humanité ! Amen !



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