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Homélie 16e dimanche ordinaire C - Battice, Départ des JMJ pour Cracovie


(16 juillet 2016)


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 


Chers Frères et Sœurs,


Chers Jeunes,


Chers Pèlerins des JMJ,


 


Vous voilà prêts à partir. Les bagages sont faits, les cars sont prêts à partir pour Cracovie ! Vous vous engagez dans une belle aventure, faite de rencontres et de découvertes. Une rencontre des autres et une rencontre de Jésus. Vous vous rendez à Cracovie pour rencontrer aussi le Seigneur Jésus. Un pèlerinage a toujours pour objectif une rencontre avec le Seigneur, à travers des saints, ou à travers une communauté, ou à travers un sanctuaire bien connu, ou à travers une personnalité religieuse, comme le pape François.


 


Or dans l’évangile que nous venons d’entendre – et qui est l’évangile de ce dimanche - , c’est un la démarche contraire que nous voyons : c’est Jésus lui-même qui vient à la rencontre des gens (Lc 10,38-42). Il descend chez des amies, deux sœurs, Marthe et Marie ; il s’est invité et on lui prépare à manger. On pourrait dire aujourd’hui : c’est Jésus qui vient à notre rencontre au lieu que nous allions à sa rencontre. C’est un peu comme si on disait à deux d’entre vous, qui sont frères et sœurs : pas besoin d’aller à Cracovie ; ce soir, le pape François vient chez vous. Oui, le pape en personne ! il arrive incognito en Belgique.


 


Alors je vais poser une question et vous allez lever la main pour répondre. Est-ce qu’il y a ici deux frères et sœurs ? Ou deux sœurs ? Levez la main ! où habitez-vos ? Imaginez : le pape François vient chez vous ce soir ! Pas besoin d’aller à Cracovie ! Changement de programme ! Panique à bord : il n’y a rien de prêt ! Les parents sont partis en vacance, la maison est un peu en désordre ! Et le pape, il mange quoi ? Il n’y a rien au frigo ! Des chips, cela va ? Il aime le chocolat, le pape ? – cela on en a en réserve !


 


Bref, voilà le topo de ce qui se passe chez Marthe et Marie : Jésus vient chez elles, et rien n’est prêt pour le recevoir. Il aurait pu avertir quand même ! Donc Marthe se coupe en quatre pour préparer vite quelque chose à manger. Mais plus elle prépare, plus elle s’énerve ! Surtout qu’elle voit que sa sœur Marie qui prend du bon temps avec Jésus : Marie bavarde, elle discute, elle ne s’occupe de rien ; « elle s’était assise aux pieds du Seigneur et écoutait sa parole », dit l’évangéliste Luc. Donc Marthe explose : « Seigneur, cela ne te fait rien ? Ma sœur me laisse seule à faire le service. Dis-lui donc de m’aider ! » Remarquez que la colère de Marthe, au lieu de tomber sur Marie, tombe sur Jésus. C’est ce qu’en psychologie, on appelle le transfert. C’est très humain, mais c’est l’invité qui fait les frais, c’est Jésus qui est agressé. Alors Jésus répond à Marthe d’une façon très étonnante. En effet, si Jésus avait été un bon chrétien, il aurait dû dire : « Tu as raison, Marthe, il faut que Marie s mette aussi à l’ouvrage. D’ailleurs je vais vous aider toutes les deux à faire la cuisine ! » Mais, non ! Rien de cela ! Jésus reflète d’abord à Marthe son attitude. Là encore, il très psychologue : il fait baisser la tension  : « Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses ! » Donc Jésus relève que Marthe s’est mise dans un état de stress. Puis il reflète l’état d’âme de Marie : « Marie a choisi la meilleure part. Elle ne lui sera pas enlevée ». Donc Jésus valorise l’attitude d’écoute de sa parole et relativise l’activisme.


 


Comment nous situer, quant à nous ? Chacun de nous a en lui-même un peu de Marie et un peu de Marthe, et peut-être un peu de combat entre Marthe et Marie. L’attitude de Marthe est l’attitude la plus naturelle, la plus humaine : quand il y a quelque chose à faire, on s’y met, on travaille. Mais le grand danger, c’est que le travail prenne le pas sur tout le reste ; et on alors on est frustré, parce qu’on n’a pas le temps de faire ce qui est plus important ; parfois on s’énerve sur les autres ; et même on s’énerve sur Jésus. On en arriverait à dire : « à quoi sert la Parole de Dieu, la parole de Jésus, la vie chrétienne, la prière ? C’est perdre son temps : il y a plus utile à faire ! ».


 


La société d’aujourd’hui a tendance à fonctionner comme cela : on relativise le religieux, on relègue la religion dans le privé, on la voit comme inutile. On aurait même tendance à instrumentaliser Jésus : il faudrait qu’il travaille avec nous, qu’il commence à faire le ménage et, si possible, qu’il fasse quelque bon miracle utile à tous. Alors contre cette tendance, Jésus réagit : il invite à écouter sa parole, comme faisait Marie.


 


Notez que Jésus ne décourage pas l’engagement concret : dans l’évangile de Luc, le texte qui précède ceci, c’est la parabole du Bon Samaritain, dans laquelle Jésus valorise l’engagement de ce Samaritain, qui soigne un blessé sur la route, alors qu’un prêtre et un lévite sont passé et n’ont rien fait. Ils étaient trop préoccupés par leurs affaires personnelles, un peu comme Marthe, et ils ne sont pas attentifs à l’autre. Marie par contre est attentive à l’Autre, à Jésus et à sa Parole. Donc le message qui nous est adressé à notre départ vers Cracovie est le suivant : Comment est-ce que je serai attentif à l’autre ? Comment pourrais-je sortir de mes préoccupations matérielles et de mes préoccupations personnelles, qui risquent de m’agiter, comme Marthe ? Comment vais-je me rendre attentif à la parole de l’autre ? Nous avons besoin d’une parole spirituelle, qui nourrit notre vie spirituelle, notre vie sociale, notre vie relationnelle. Ce n’est pas toujours facile de dire une parole profonde, d’écouter une parole intime, de dire ce qu’on a sur le cœur ! Ce n’est pas toujours facile d’écouter une parole de Jésus qui nous donne vie, une vie en profondeur…


 


Eh bien, voilà notre mission au cours de ce pèlerinage des JMJ à Cracovie : soyons capables d’écouter dans notre cœur des paroles de Dieu, des paroles des frères et sœurs, des paroles du pape ! Soyons capables de dire des paroles qui touchent les autres et qui les éclairent ! Soyons des Marie qui sont assis aux pieds de Jésus pour écouter cette parole ! Et soyons comme le Samaritain, qui écoute les besoins de l’autre et qui réagit par des gestes et des paroles qui réconfortent !


 


Merci Seigneur pour ce message de joie et de confiance que tu nous donnes aujourd’hui !


Merci de nous donner une parole qui touche notre cœur ! Aide-nous à t’accueillir de tout cœur ! Amen ! Alléluia !


 


+ Mgr Jean-Pierre Delville,


Votre évêque.



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