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Homélie Célébration de la réconciliation


5 mars 2016


Jubilé de la miséricorde


Cathédrale de Liège


 


Chers Frères et Sœurs,


 


 


Qui de nous n’a pas un jour rêvé de quitter le domicile et d’aller en voyage bien loin ? Un rêve de bonheur dans un monde nouveau ! Tel est le rêve de ce fils de famille fortunée.


Ce rêve nous le rend proche et sympathique. Ce jeune homme nous ressemble un peu. Il nous ressemble aussi dans sa descente aux enfers. Car chacun de nous a aussi ses passages à vide, ses moments de fragilité et de déception.


 


À ces moments d’épreuve, nous réfléchissons sur nous-mêmes. Et c’est pour cela que nous sommes arrivés ici dans cette église : pour nous arrêter à la fin de ces 24 heures pour le Seigneur. En réfléchissant sur nous-mêmes, nous prenons conscience de notre fragilité. Comme le fils prodigue, nous nous disons : « Moi, ici, je meurs de faim », je ne me sens pas bien. Mais est-ce que nous arrivons à dire aussi la conclusion du jeune homme : « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi » ? Sommes-nous conscients de notre péché ? Nous avons tendance à limiter notre conscience de nous-mêmes à notre fragilité. Mais notre péché, c’est moins clair pour nous. Il nous semble que nous avons beaucoup de bonnes excuses pour excuser nos fautes et nos faiblesses.


Qu’est-ce que le péché ? J’oserais dire que le péché, c’est ce qui fait souffrir Dieu. C’est comme la souffrance de ce père de famille qui voit partir un de ses fils, apparemment pour toujours. Dieu souffre de nos fautes, même quand nous ne nous rendons pas compte de nos fautes. Il voudrait donc que nous revenions à lui. Le péché provoque aussi la souffrance en nous, mais souvent à retardement. Le fils prodigue a d’abord vécu inconsciemment dans le péché, il a vécu de manière libertine, asôtôs, en grec, littéralement : d’une façon désespérante ; et luxuriose, en latin, « de manière dérèglée ». Il ne souffrait pas, mais il faisait souffrir les autres, en les exploitant. Après coup, il a souffert personnellement, en se rendant compte que sa vie était perdue et qu’il était dans l’impasse. Et il a vu que tout cela faisait souffrir Dieu.


 


Quand le jeune homme se rend compte de son péché, il décide de rentrer en relation avec son père, de sortir de sa solitude. En effet, ce qui répare nos fautes, c’est la relation à Dieu et la relation aux autres. Par contre ce qui nous enfonce dans notre faute, c’est l’isolement, c’est la vie pour soi tout seul : « donne-moi la part de fortune qui me revient ». Mais ce qui répare notre péché, c’est l’ouverture de la relation. Et là Dieu fait le premier pas. Il est aux aguets, il nous attend. Il est comme le père de la parabole, qui cherche son fils : « Comme celui-ci était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de compassion ». « Misericordia motus est », dit le texte latin : littéralement : « il fut ému de miséricorde ». Et « le père courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers ». Vous imaginez Dieu comme cela ? Il manque un peu de dignité, apparemment ! Mais c’est pourtant vrai : Dieu fait le premier pas envers nous, car notre vie repose en lui.


 


Le père de la parabole représente aussi bien Dieu que l’être humain, la personne qui aime. Ce qui répare notre péché c’est d’être aimé par Dieu et par nos frères et sœurs humains, nos pères et mères et humains, nos amis humains. Aujourd’hui, cette célébration met en valeur ce rôle de tout être humain dans le pardon des péchés. En particulier, le rôle du prêtre dans le sacrement de la réconciliation. Il représente Dieu et il représente la communauté de l’Église. Il nous accorde le pardon de Dieu, par la miséricorde de l’Église. C’est pourquoi dans cette célébration des prêtres se tiendront à votre disposition pour vous accorder le pardon de Dieu. Les uns vous entendront en confession individuelle pour ceux qui veulent un dialogue personnel ou ceux qui ont une faute grave à avouer. Ils vous accorderont l’absolution individuellement. Les autres prêtres seront devant vous pour une démarche d’accueil pour ceux qui n’ont pas de faute grave à avouer et donneront l’absolution après la reconnaissance communautaire de nos péchés. D’autres démarches symboliques seront aussi proposées à chacun.


 


En ayant reçu ainsi la miséricorde de Dieu, devenons à notre tour miséricordieux. Je conclurai avec une image que j’ai entendue de la bouche d’un musulman, concernant les derviches tourneurs. Ceux-ci, qui sont de tradition soufie, tournent sur eux-mêmes avec la main gauche levée vers le haut et la main droite tournée vers le bas. Cela signifient qu’ils reçoivent d’en-haut la miséricorde de Dieu et qu’ils distribuent autour d’eux cette miséricorde.


 


Alors tous recevons pour chacun de nous cette parole du Seigneur : « Mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ». Amen.


 


+ Mgr Jean-Pierre Delville


votre évêque.


 


 



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