Notre évêque nous parle

Tous les éditos > Homélie - Prière des martyrs à la Collégiale St-Barthélemy - lundi Saint (21/03/2016)


Chers Frères et Sœurs,


 


Au seuil de la Semaine Sainte, nous nous retrouvons, à l’initiative de la Communauté S. Egidio, pour prier ensemble en union avec les martyrs de toutes les Églises chrétiennes, spécialement ceux qui sont décédés depuis un an. Notre prière n’est pas destinée à attiser la haine vis-à-vis des meurtriers, mais à faire mémoire de ceux qui ont donné leur vie par amour du Christ et de l’évangile. En contemplant leur témoignage, nous manifestons aussi notre solidarité envers tous les chrétiens persécutés ou menacés. Nous découvrons qu’ils ont suivi Jésus jusqu’au bout. Comme Jésus le dit, dans les béatitudes :« Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5,10-11). Le message de Jésus provoque de la haine et des persécutions, parce qu’il nous dérange, parce qu’il conteste notre indifférence, notre confort, notre regard centré sur nous-mêmes. Il dérange l’humanité qui est encline à la recherche du profit personnel et à la recherche du pouvoir exercé souvent au détriment des autres. Mais la parole de Jésus est plus forte que ces persécutions ; à propos des persécutés, Jésus dit : le Royaume des cieux est à eux. Cela veut dire que le Royaume des cieux est plus fort que les persécutions. Or le Royaume des cieux commence dès maintennat ; il est source de salut aujourd’hui ; de même notre parole, qui répercute celle de Dieu, survit à toutes les contraintes et les violences. La personne martyre, portée par notre parole et notre prière, parle plus que jamais. C’est pourquoi nous voulons ce soir commémorer et porter à la parole les martyrs chrétiens de notre temps, quelle que soit leur Eglise. Par le martyre de nos frères et sœurs, nous sommes déjà réunis dans la foi.


 


L’Eglise universelle est en outre profondément touchée par le martyre des chrétiens d’Orient. De manière complètement injuste, ils sont victimes de la violence aveugle qui règne en Irak et en Syrie, et dans bien d’autres pays. Nous leur consacrons une attention toute particulière en cette semaine sainte, car ils sont les témoins du pays du Christ, parlant parfois sa langue, l’araméen, devenu le syriaque, et fréquentant les lieux où le Christ a vécu. Plusieurs d’entre eux ont payé de leur vie leur engagement de chrétiens et de citoyens. Notre prière et notre solidarité sont spécialement tournées vers eux ce soir. Elle s’élargit à tous ceux qui sont réfugiés et qui ont dû quitter leur pays pour échapper à la violence et à l’injustice. Ils arrivent aux frontières de l’Europe, où ils sont souvent bloqués ou refoulés. Portons-les dans nos prières et dans notre accueil.


 


Les réfugiés et les martyrs sont victimes de la guerre. Nous devons donc sans relâche être des artisans de paix. Comme dit Jésus, « Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu ». Être artisan de paix, c’est d’abord se sentir concernés par la paix, c’est sortir de l’indifférence. Le grand danger aujourd’hui, c’est que « les individus ne sont plus touchés par rien », comme le dit Andrea Riccardi. Il ajoute : « Il y a une chute de la passion pour les autres ; il y a une extinction des grandes passions pour ce qui est autre et loin. Il y a une globalisation de l’indifférence. ‘Je ne peux rien faire !’, dit-on. Mais la miséricorde soigne l’égocentrisme. Dans un monde violent, on peut créer une culture de la miséricorde. Cela change le monde et mobilise les énergies profondes de l’histoire. Regardons l’Église en profondeur : il y a des signes d’espérance ». Il y a un enthousiasme pour faire le bien, comme le montre le pape François.


 


Je remercie la Communauté S. Egidio de nous avoir rassemblés ce soir pour cette prière autour des martyrs de notre temps. La Communauté S. Egidio est bien placée pour recueillir ces récits et les confier à notre prière aujourd’hui, parce qu’elle est présente dans de nombreux pays du globe et peut recueillir les informations de première main ; mais surtout, parce qu’elle s’engage dans l’amitié avec les pauvres et travaille pour la paix entre les nations et les religions. Elle voudrait faire de ces témoignages un signe de paix et un instrument de réconciliation, et non une source de mépris ou de vengeance.


 


Écoutons dans la foi et le respect ces témoignages.


Recueillons en nous ce mémorial au début de cette semaine sainte pour que notre foi grandisse et que toute notre Église soit de plus en plus fidèle au Christ, pour témoigner du salut à la face du monde.


 


Amen.


 


+ Jean-Pierre Delville


votre évêque



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