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Tous les éditos > Homélie 4e dimanche de l'Avent A, 2016 - Jean-Pierre Delville, évêque de Liège (23/12/2016)


 


Homélie 4e dimanche de l'Avent A, 2016


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


  


Chers Frères et Sœurs,


 


En ce dimanche qui précède Noël, nous découvrons le secret de Noël ! Nous entrons dans les coulisses de l’histoire et dans l’intimité du cœur de saint Joseph. C’est ce que nous explique l’évangile selon saint Matthieu. Il nous présente l’annonce faite à Joseph, au cours d’un rêve, pendant la nuit ! Ce rêve de Joseph va le faire passer de la petite histoire à la grande histoire.


Joseph en effet avait sa petite histoire à lui : il avait une fiancée, du nom de Marie, il l’aimait bien, il avait préparé une maison pour elle, il avait prévu la date de déménagement. Puis, clac, arrive la surprise : Marie est déjà enceinte ! Le rêve s’écroule : le projet de la vie à deux s’écroule, il faut y renoncer. Et comme « Joseph est un homme juste », un homme de cœur, « il décide en son cœur de ne pas stigmatiser Marie » et de « se séparer d’elle en secret ». C’est alors qu’on passe du petit rêve au grand rêve.


Durant son sommeil en effet, Joseph voit apparaître un ange, qui lui dit de ne pas avoir peur de prendre Marie chez lui. Donc Joseph ne doit pas avoir peur de son rêve de vie conjugale, il doit le reprendre d’une manière nouvelle. Il doit ouvrir les mains à la nouveauté, à l’inconnu ! Il apprend que l’enfant qui est engendré en Marie vient de l’esprit Saint, c’est-à-dire l’Esprit de Dieu. Donc Dieu est présent dans leur projet de vie familiale. Il demande de donner à l’enfant le nom de « Jésus », ce qui veut dire « Dieu sauve ». Et voilà qu’est formulé le grand rêve : « Cet enfant sauvera son peuple de ses péchés ». Qu’est-ce que cela veut dire : « sauver quelqu’un de ses péchés » ? En fait le mot grec sous-jacent est « amartia », qui signifie « erreur, égarement ». Donc cet enfant va sauver son peuple de ses égarements et de ses fautes. On comprend mieux : quand on est égaré et qu’on fait des fautes, on commet des torts. Si je roule à 180 km à l’heure en voiture, je fais une faute et je risque de commettre des dégâts terribles, peut-être de tuer quelqu’un ! Donc quelqu’un doit me sauver de mes erreurs ! Ainsi le peuple d’Israël a beau avoir été choisi par Dieu, il fait constamment des erreurs. Il a besoin d’être sauvé. Mais comment ? Il y a une première piste : un enfant va sauver le peuple. Pourquoi ? Parce qu’un enfant incite les adultes à l’amour et au don de soi, il incite les adultes à ouvrir leurs mains pour accueillir l’enfant, le soigner et le cajoler. Donc l’adulte est sauvé de ses erreurs et de son égoïsme, grâce à l’amour que l’enfant éveille en lui.


Chers Frères et Sœurs, j’espère que vous commencez à vous reconnaître dans cette histoire ! Chacun de nous a des rêves, comme Joseph et Marie ; mais nos rêves sont un peu trop petits : nous pensons d’abord à nous, à notre petit bonheur, à notre petit ménage, à notre maison, à notre avenir. Parfois notre rêve est brisé, comme celui de saint Joseph. Nous subissons une maladie, un échec, nous avons un ennui, un problème. Mais il y a un ange qui vient dans notre vie. Avec saint Joseph, nous découvrons qu’il y a quelqu’un dans notre vie qui nous rend notre rêve et qui élargit celui-ci ; Dieu intervient dans notre vie et nous communique son rêve pour tout son peuple, pour toute l’humanité en fait. Il voudrait que l’humanité soit sauvée de ses erreurs et de ses égarements. Il nous dit de ne pas avoir peur de vivre le rêve dès aujourd’hui « en prenant chez nous Marie ». Marie, enceinte de l’Esprit Saint, est le symbole de la personne que nous rencontrons et qui nous donne quelque chose de neuf dans notre vie. Ainsi dans la communauté chrétienne, comme dans cette église, ou dans les groupes d’amitié avec des personnes malentendantes, ou à d’autres endroits, nous rencontrons des gens qui nous stimulent, qui nous font aller plus loin, parce qu’ils ont l’Esprit Saint en eux. Alors nous devenons des personnes nouvelles, comme saint Joseph, qui devient un homme nouveau, un homme qui relance sa vie et son ménage dans un but nouveau : pas seulement avoir une femme et un enfant, mais participer à sauver l’humanité de ses erreurs et de ses égarements. L’histoire ne nous dit pas ce qu’il a fait concrètement : mais ce qui est sûr, c’est qu’il a éduqué Jésus dans cette perspective. De même nous aujourd’hui, à travers notre vie quotidienne, nous devons nous dire que nous participons au salut du monde. Nous avons un grand rêve, une grande espérance : nous ne voulons pas nous satisfaire d’un monde qui commet des erreurs et qui suscite la souffrance de beaucoup de gens. Nous voulons rêver d’un monde converti à l’amour, grâce à la présence des enfants ! Donc commençons dès aujourd’hui : durant cette célébration, prions les uns pour les autres ! Prions pour ceux qui souffrent des erreurs de l’humanité, à commencer par les guerres et les injustices. Faisons des pas d’amour dans notre vie de tous les jours, pour participer à la venue de Dieu dans notre monde. Soyons de nouveaux saints Joseph ! De nouvelles saintes Marie ! Accueillons l’enfant Jésus avec un cœur nouveau, car l’enfant Jésus est « Dieu avec nous », « Emmanuël ». Par un enfant, vient le salut de tous. Bonne fête de la naissance, bonne fête de Noël ! E po dî in saqué è wallon : Bonne fiesse à tos les Jôseph et bonne fiesse à totes les Mareyes !


+  Mgr Jean-Pierre Delville,


Votre évêque.



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