Notre évêque nous parle

Tous les éditos > Homélie du 13 avril 2017 - Jeudi saint, cathédrale Saint-Paul de Liège (14/04/2017)


Homélie Jeudi saint 2017


Cathédrale, Liège


Jean-Pierre Delville,


évêque de Liège


 


 


Chers Frères et Sœurs,


 


Nous commémorons aujourd’hui le dernier repas, la dernière Cène, de Jésus avec ses disciples. D’après les évangiles synoptiques, cela se passait lors de la fête de la Pâque juive. La pâque juive nous a été évoquée dans la première lecture (Exode 12,1-14). Elle fête la sortie d’Egypte, le passage de l’oppression à la liberté, le passage de la terre d’esclavage vers la Terre promise. Le mot « Pâque » signifie en effet « passage » en hébreu. Le peuple d’Israël va devoir passer la Mer Rouge, passer par le désert, avant d’arriver en Terre promise. La nuit avant le départ, chacun doit prendre le repas pascal, avec un agneau, des pains sans levain et des herbes amères. On le prend debout, « la ceinture aux reins, les sandales aux pieds et le bâton à la main ». C’est alors que le Seigneur passe au milieu de son peuple. « Je traverserai le pays d’Egypte », dit le Seigneur. Ce passage est donc une traversée qui se fait dans la douleur. Mais cette douleur débouche sur la délivrance et la joie.


 


Voilà ce que Jésus avait en tête quand il a célébré le repas pascal avec ses disciples. Il a pensé à la souffrance qui le menaçait, à sa passion qui s’annonçait, à la douleur de ses disciples abandonnés. Et il leur a laissé un signe d’espérance. Il a partagé le pain sans levain du repas pascal en disant : « Ceci est mon corps » ; il a fait de même avec la coupe de vin en disant : « Ceci est mon sang ». Il a donc laissé un témoignage de partage de sa propre vie, un signe de don de soi, un testament spirituel. Ce témoignage signifiait que Jésus annonçait sa vie future, sa présence future à ses disciples. Lui aussi voyait sa vie comme une traversée, comme une Pâque : en traversant la souffrance de sa passion et de sa mort, Jésus annonçait son espérance pour le futur et sa présence future à ses disciples.


 


Il leur a laissé un autre signe d’espérance : il leur a lavé les pieds (Jn 13,1-15). L’évangéliste Jean est le seul à nous raconter ce geste. C’est un geste très significatif, car il a valeur de testament de Jésus, de message final. Comme le pain rompu et partagé, le lavement des pieds est un geste de partage. Il s’agit de partager le service mutuel, il s’agit de se mettre au service des autres comme signe de vie dans la joie. J’ajouterai que c’est un signe de résurrection. En effet, quand se lave-t-on les pieds ? Avant de partir en voyage ou au retour de voyage ? Au retour ! Le lavement des pieds, c’est le signe qu’on est arrivé, qu’on est sauvé, qu’on a terminé le voyage, la traversée, le passage. C’est un signe de résurrection. Donc, quand Jésus lave les pieds de ses disciples avant de sortir, avant d’aller au Jardin des Oliviers, il leur annonce déjà qu’il y aura un retour, qu’il y aura un salut, que le passage débouche sur la vie nouvelle.


 


C’est un geste prophétique, avec un côté énigmatique. Jésus ajoute ensuite sa conclusion : « Si moi, le maître et le Seigneur je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez vous aussi comme j’ai fait pour vous ».


 


Jésus nous invite donc au service mutuel. Le lavement des pieds a une valeur actuelle de service mutuel et le partage du pain est aussi le signe de ce partage auquel nous sommes appelés. Mais ces signes ne sont pas seulement des sacrifices, des souffrances, des privations. Ce sont aussi les annonces de la résurrection et de la vie dans la plénitude ; ce sont les signes d’une traversée qui débouche sur la terre promise et sur la vie nouvelle. En ce sens, le Seigneur nous aide à traverser les épreuves, les violences, les maladies, avec une force et une espérance nouvelles.


 


Pour vivre cela, Jésus nous laisse une nourriture, pour que nous puissions cheminer dans la vie avec lui, sans être seuls. Il nous fait communier à lui.  Nous allons communier durant cette célébration. Nous allons être unis au Christ !


 


Recevons donc dans la joie le message de ce jour et gardons au fond de notre cœur le mystère du Christ qui lave nos pieds et nous demande d’en faire autant pour nos frères ! Amen !


 


+ Mgr Jean-Pierre Delville,


Votre évêque.



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