Notre évêque nous parle

Tous les éditos > La consécration de la cathédrale de Liège en 1015 et son contexte historique (p.3-4) (10/11/2015)




avait 39,33 m. de largeur et 96,30 m. de longueur[1], ou 92 m. selon d’autres mesures[2]. Elle était orientée et formera l’ossature de tous les édifices ultérieurs. Les reliques de saint Lambert y étaient disposées dans la crypte du chœur occidental, qui était surélevé et était appelé chœur  supérieur ; on y trouvait l’autel de la Trinité, fondé par l’évêque Richer en 932 ; à proximité se trouvait l’autel des saints Côme et Damien, qui rappelait la titulature de la chapelle de saint Lambert. Le chœur oriental comprenait l’autel dédié à sainte Marie. L’édifice était couvert d’un plafond de bois et d’un toit de plomb. Il comprenait deux porches, au nord et au sud[3].


 


Pour pouvoir construire un édifice de pareille ampleur, Notger devait bénéficier d’un pouvoir exceptionnel. Il fut en effet le premier évêque de Liège qui reçut des charges temporelles de l’empereur et il constitua le noyau de ce qui devint la principauté de Liège. Il reçoit ainsi en 980 une confirmation des biens de l’Eglise de Liège par Otton II[4]. En 985, il reçoit de l’impératrice Théophano, mère et régente du jeune Otton III, le comté de Huy, en récompense de sa fidélité dans le conflit qui l’opposait à Henri le Querelleur, duc de Bavière, et à Lothaire, roi de France, sur la tutelle du jeune Otton. En 987, le comté de Brugeron (ou Brunengeruz, entre Jette et Dyle), les abbayes de Lobbes, de Fosses et de Gembloux ; et en 992, l’abbaye de Brogne.


Notger avait aussi une carrière internationale. Il avait accompagné à Rome en 996 le roi Otton III, qui se fit couronner empereur par le nouveau pape, Grégoire V, son propre chapelain, Brunon de Carinthie (996-999), le premier pape allemand. C’est à cette occasion que Notger fit connaissance d’Adalbert, évêque de Prague, avec qui il revient en Allemagne[5]. Adalbert est envoyé en mission en Pologne et est assassiné à Gniezno en 997. Dès lors ce lieu allait devenir la métropole de l’Eglise de Pologne. En 998, Notger fait un quatrième voyage à Rome, où il co-signe une bulle papale ; il reçoit en 999, la mission de pacifier la région de Gaète. En avril 999, Gerbert d’Aurillac, grand mathématicien, est devenu pape sous le nom de Silvestre II (999-1003)[6]. Donc aux alentours de l’an 1000, Notger est à Rome avec le pape et avec l’empereur. On le retrouve en Italie, à Todi, fin 1001. Le 24 janvier 1002, l’empereur décède ; Notger assiste à ses funérailles à Paterno, au nord de Rome, et rentre à Liège en accompagnant le corps du défunt au milieu de nombreuses difficultés. C’est la fin d’une grande époque.


 


Le nouvel empereur est Henri II (empereur de 1002 à 1024, canonisé en 1046), l’époux de sainte Cunégonde[7]. Plus réaliste qu’Otton III, il reprend la tradition d’Otton Ier et gouverne depuis la Germanie. Il nomme des évêques capables. Henri II, avait été soutenu par Notger lors de son élection. Il vint le visiter à Liège où il fut guéri de maux physiques. En 1005, il lui accorde un diplôme en faveur de Sainte-Croix. En 1006, il l’envoie à Paris pour traiter avec le roi de France Robert Capet[8]. En 1007 il fonde l’évêché de Bamberg pour christianiser les slaves de la haute vallée du Main. En 1013 il descend en Italie et reçoit la couronne impériale le 14 février 1014 des mains du pape Benoit VIII. En 1020, celui-ci se rendra à Bamberg pour






[1]Forgeur, Sources historiques, p. 73.




[2] Mathieu Piavaux, La cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert, p. 53.




[3]Kupper, Sources écrites, p. 32.




[4]Kupper, Liège et l’Église impériale, p. 425; Pierre Riché, Notger et Gerbert, dans Jean-Louis Kupper et Alexis Wilkin, Évêque et prince. Notger et la Basse-Lotharingie aux alentours de l’an 1000, Liège, 2013, p. 348-349 ; Jean-Louis Kupper, Notger de Liège, un évêque lotharingien aux alentours de l’an mille, dans Lotharingia. Une région au centre de l’Europe autour de l’an Mil, Sarrebruck, 1995, p. 148.




[5]Godefroid Kurth, Notger de Liège et la civilisation au Xe siècle, Paris, 1905, p. 97-98.




[6]Godefroid Kurth, Notger de Liège et la civilisation au Xe siècle, Paris, 1905, p. 99-101.




[7]Histoire du christianisme des origines à nos jours, t. 4, Évêques, moines et empereurs (610-1054), Desclée, Paris, 1993, p. 823; et R. Folz, Henri II (saint), dans Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, t. 23, Paris, 1990, c. 1047-1050.




[8]Godefroid Kurth, Notger de Liège et la civilisation au Xe siècle, Paris, 1905, p. 106-107, 111.




y célébrer Pâques dans la nouvelle cathédrale. Le beau-frère de Henri II est Etienne de Hongrie, premier roi chrétien de Hongrie, baptisé peut-être en 997 par saint Adalbert.


 


Henri II favorise la réforme monastique et s’entend avec les abbés réformateurs : Richard de Saint-Vanne à Verdun (970-1046) (qui fut abbé de Lobbes de 1020 à 1033), Poppon de Stavelot (978-1048, nommé abbé de Stavelot en 1020 par Henri II) et Imon de Gorze (Jean de Vendière, abbé de Gorze, près de Metz, en 960, y avait développé la réforme monastique). Poppon construit à Stavelot une abbatiale de 100 m de long. Cluny, fondée en 909, se répand dans le monde vers l’an 1000 par de nombreuses fondations de monastères avec les abbés Abbon, puis Odilon (abbé de 994 à 1049).


 


2. Baldéric II, ses relations et son œuvre


 


Baldéric (1008- 29 juillet 1018) était le fils d’Othon de Looz, le frère de Gislebert de Looz et d’Arnould de Haspinga, et le neveu de Baldéric Ier. Il fut chapelain des empereurs Otton III et Henri II[1]. Il était parent du comte Lambert de Louvain, que l’empereur Henri II avait soumis en 1007. Sa nomination doit être interprétée comme une tentative de pacification en Lotharingie vis-à-vis du comte de Louvain.


En 1008, Baldéric II, conjointement avec son parent le comte Baldéric, reçut de Henri II la forêt de Wavre-Notre-Dame en Toxandrie (actuellement en province d’Anvers). La même année il reçoit une forêt comprise entre la Meuse, le Bocq, l’Heure et la Somme[2]. En 1012, Lambert de Louvain est furieux que l’empereur ait donné la charge de duc de Basse Lotharingie à Godefroid de Verdun et pas à lui[3] ; il accuse l’évêque de Liège d’être de connivence avec l’empereur à ce sujet. Baldéric II, se sentant menacé, commença la construction d'une forteresse à Hoegaarden sur la limite extrême du Brugeron, territoire attribué aux évêques de Liège mais confinant aux possessions du comte de Louvain. Lambert en conçut ombrage, il convoitait le Brugeron et l’abbaye de Gembloux ; de là le conflit qui amena la bataille de Hoegaarden le 10 octobre 1013 et consacra la victoire de Lambert sur l'armée épiscopale. Herman d’Ename, allié de l'évêque, fut fait prisonnier. Baldéric paraît avoir dû engager le comté de Brugeron au comte de Louvain qui le tint en fief du prélat. L’évêque ne conserva que Hoegaarden, Beauvechain, Tourinnes-la-Grosse et Chaumont-Gistoux. Le même Lambert de Louvain, toujours brouillé avec l'évêque, captura Liutgarde, veuve d’Arnould de Valenciennes, et voulut l'employer à négocier une réconciliation. Elle s'y appliqua, en effet, et pour l'obtenir, elle fit don à l'église de Liège de son propre alleu de Hanret. En 1014, Baldéric II reçoit le marquisat de Franchimont. Son frère Arnould fait passer le comté de Hesbaye à l’Église de Liège en 1014, ce qui sera confirmé en 1040[4]. En 1015, il participe aux côtés du duc Godefroid et de son frère Hermann d'Ename à la bataille de Florennes, qui voit la défaite et la mort de Régnier V de Hainaut, de Lambert de Louvain et de Robert II de Namur. En 1015, il acquiert l’abbaye S.-Jean-Baptiste de Florennes de l'évêque Gérard Ier de Cambrai, son parent[5]. Le château de Florennes fut cédé à la même époque, avec le consentement du roi, à l’évêché de Liège. Sur trois ans, l’évêque a donc fait de nombreuses acquisitions pour sa principauté.






[1] Jean-Louis Kupper, Liège et l’Église impériale, p. 320.




[2] Jean-Louis Kupper, Liège et l’Église impériale, 425.




[3] Jean-Louis Kupper, Liège et l’Église impériale, 432.




[4]Jules Vandeweyer, Étude sur la fondation de l’abbaye de Saint-Jacques-le-Mineur, [Liège, 2014].




[5] Jean-Louis Kupper, Liège et l’Église impériale, 428.







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