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Tous les éditos > Homélie fête de sainte Julienne de Cornillon au Carmel de Cornillon, 7 août 2017 (09/08/2017)


Homélie fête de sainte Julienne de Cornillon - Cornillon, 7 août 2017


 Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 


 


Chers Frères et Sœurs,


 


C’est une grande joie pour moi de pouvoir célébrer avec vous la fête de sainte Julienne (1192-1258).


C’est une sainte qui nous porte au cœur de notre foi.


C’est le message que nous venons d’entendre dans l’évangile : un message de communion au Christ, dans la vie et au-delà de la mort.


C’est un message très actuel, dans un monde qui vit souvent de manière superficielle et qui rejette facilement le mystère de la mort au profit du bien-être.


 


Il y a un mystère dans le fait que cette vérité profonde de notre foi ait été redécouverte et valorisée par une femme inconnue, vivant dans ce couvent de Liège. L’auteur de la Vita de sainte Julienne, qui écrivait vers 1261, souligne ce paradoxe en citant la 1e lettre aux Corinthiens : « Le Seigneur très haut lui-même, qui regarde ce qui est humble et qui de loin connaît ce qui est haut[1], a daigné révéler sa volonté par une grâce particulière à sa servante plutôt qu'à tous les mortels. Pour instaurer une fête spéciale que Jésus-Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu[2], voulait faire célébrer sur terre, en l'honneur du sacrement de son très saint Corps et Sang, il ne décida pas de choisir les nombreux nobles et puissants de ce monde[3], revêtus du pouvoir civil et de la dignité ecclésiastique; mais, lui qui avait choisi ce qui est faible en ce monde pour confondre ce qui est puissant[4], choisit étonnamment l'humble Julienne pour réaliser cela en lui montrant d'avance un signe et en lui révélant sa signification divine » (Vita, §13).


 


Julienne a pu affronter cette mission parce qu’elle y voyait un message d’amour à l’humanité. Elle vivait l’amour au quotidien dans le soin des malades ; elle est devenue directrice de cette maison, où il y avait une communauté de femmes soignantes et une communauté d’hommes soignants ; Julienne commandait à tous : c’est une femme qui commandait aussi aux hommes ! Elle vivait l’amour au quotidien aussi dans l’amitié avec de nombreuses personnes qu’elle guidait spirituellement, en particulier des béguines de Liège. C’est pourquoi la Vita fait le lien entre Julienne et l’épouse du Cantique des Cantiques. Le Cantique est souvent cité dans la Vita, sainte Julienne y est comparée à l’épouse, qui est recherchée par l’époux. Le chapitre 8 du Cantique est cité au § 31 : « Oui, il apparaît maintenant, - et cela apparaîtra pendant tout le reste de sa vie -, qu'en elle l’amour était fort comme la mort[5] ou, pour mieux dire, plus fort que toute mort. Ainsi les grandes eaux des épreuves n’ont pu éteindre son amitié et les fleuves débordant d'anxiétés et d'amertumes temporelles ne réussirent pas à submerger[6] la pureté de sa vie innocente. » (Vita, §31). Cette phrase fait référence à l’exil de sainte Julienne. En effet l’expérience de l’amour, Julienne l’a vécue aussi quand elle fut dans l’adversité et attaquée et qu’elle fut accueillie par des communautés amies : cisterciennes, béguines, recluses.


 


Cela me fait penser à nos sœurs carmélites qui vont devoir quitter la maison de Cornillon et être accueillies dans des maisons amies. C’est une épreuve pour les sœurs. Je voudrais manifester ma gratitude pour tout leur engagement dans cette maison depuis plus d’un siècle. Pour leur vie de prière, pour leur accueil, pour leur engagement apostolique dans l’accueil et dans la confection des hosties,… pour le charisme de thérésien qu’elles ont incarné dans notre diocèse, et pour leur vénération vis-à-vis de sainte Julienne, qu’elles ont contribué beaucoup à faire connaître et à vénérer.


 


Aujourd’hui nous sommes donc dans la joie et dans la peine. Nous sommes aussi dans la joie de savoir qu’elles n’abandonneront pas le couvent et n’abandonneront pas sainte Julienne, mais auront des successeurs dans la personne des sœurs clarisses burundaises et dans les laïcs engagés qui vont prendre le relais de l’accueil et de la vénération de sainte Julienne.


 


Alors, que notre peine ne cache notre joie et que notre espérance soit plus forte que tout !


Car le message de sainte Julienne vaut qu’on s’y dévoue corps et âme.


C’est le message du Christ, c’est le don de sa vie à nous tous dans la communion


C’est ce don que nous célébrer dans cette eucharistie !


 


+ Mgr Jean-Pierre Delville,


Votre évêque.


 





[1] Ps 137, 6.




[2] 1 Co 1, 24.




[3] 1 Co 1, 26.




[4] 1 Co 1, 27.




[5] Ct 8, 6.




[6] Ct 8, 7.





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