Tous les éditos > Homélie de Noël 2016; messe de minuit - Noël et les familles : de Liège à l’univers (25/12/2016)


 


Homélie de Noël 2016


Noël et les familles : de Liège à l’univers


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 


 Chers Frères et Sœurs !


 Nous venons d’entendre l’évangile lu à deux voix. Pourquoi, me demanderez-vous ? C’est parce que je voudrais souligner cette année le contraste entre les deux parties de ce texte. La première nous parle d’une histoire de famille, une histoire mouvementée et un peu dramatique, avec un accouchement improvisé et dangereux (Lc 2,1-7). La seconde nous montre la face merveilleuse de cette histoire, la présence de Dieu dans cette famille bousculée et le rôle de pauvres bergers dans l’interprétation de cette naissance (Lc 2,8-14).


 Commençons par l’histoire de famille. Cette histoire du couple de Joseph et de Marie, c’est un petit drame, c’est un vrai roman ! Ils habitaient à Nazareth en Galilée ; mais voilà qu’ils apprennent qu’ils doivent aller à Bethléem en Judée pour se faire recenser dans la ville d’origine de Joseph. Cela tombait mal : Marie était enceinte et elle devait accoucher bientôt. Ce n’était pas le moment de faire un voyage de 129 km à pieds et de monter jusqu’à 1000 m. d’altitude. Qui plus est, Joseph avait appris peu auparavant que sa femme était enceinte alors qu’ils n’avaient pas encore habité ensemble (Mt 1,18-25). Il a d’abord cru qu’il y avait un autre homme dans la vie de Marie. Puis il avait eu une révélation suivant laquelle Marie était enceinte par l’action mystérieuse de Dieu, par l’action de l’Esprit Saint. C’est pourquoi Joseph accepta quand même de prendre Marie chez lui. C’est avec tout cela en tête que cette petite famille arrive à Bethléem. Marie sent que l’accouchement est proche. Elle demande une chambre à l’auberge. Malheureusement il n’y avait pas de place pour eux, c’était plein. Marie a donc dû accoucher dans l’étable et poser l’enfant dans la mangeoire des animaux.


Triste bilan ! Cette histoire ressemble à des situations que nous connaissons aujourd’hui ! C’est l’histoire d’un couple où il y a eu des soupçons et des doutes entre époux ; c’est l’histoire d’un couple qui a pensé à divorcer. Cela ressemble à des histoires de séparations ou de divorces telles nous les connaissons. Nous savons que c’est dur à vivre. Qui plus est, ce couple de Marie et Joseph est lancé sur les routes de la vie de façon impitoyable. Ils doivent quitter leur domicile pour des raisons politiques et administratives. Cela nous fait penser aux couples qui vivent dans la précarité et la pauvreté chez nous. Cela nous fait penser aux familles victimes de la guerre, qui doivent fuir leur maison et deviennent des réfugiés. Certaines arrivent chez nous et il faut trouver de la place pour les accueillir.


Si on arrêtait l’histoire à ce stade, on serait dans la tristesse et le désarroi. On serait dans le noir de la nuit, dans l’impasse, et dans la banalité du quotidien. Mais voilà qu’arrive un nouvel éclairage sur ces événements. Les acteurs du changement, ce sont de pauvres bergers. Ils ont une révélation faite par un ange de Dieu, qui leur dit : « Ne craignez pas ! Aujourd’hui vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Les bergers ont cru à ce message. Ils se mettent en route et trouvent l’enfant. Puis, comme l’écrit l’évangéliste Luc : « Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant […]. Ils repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé » (Lc 2,17.20). Ces bergers ont eu un tout autre regard sur l’enfant né pauvrement et couché dans une mangeoire. Ils ont compris que c’était un sauveur de l’humanité. Au lieu de se plaindre, ils louent Dieu. Au lieu de se taire, ils parlent de ce qu’ils ont vu. Sans eux nous ne saurions pratiquement rien de la naissance de Jésus. Et grâce à eux, nous sommes ici ce soir à écouter ce message d’espérance.


Grâce aux bergers, nous comprenons que Dieu était présent dans la vie de famille de Marie et Joseph, et de leur enfant Jésus, même au cœur des doutes et des épreuves qu’ils ont dû vivre. Cela veut dire qu’à Noël, nous retrouvons de l’espérance pour toutes nos familles. C’est pourquoi nous nous retrouvons en famille. Nous sommes heureux de nous rencontrer et de nous parler même s’il y a des problèmes à partager.


Cette année justement le pape François a publié une lettre apostolique sur la famille. Après deux synodes d’évêques tenus à Rome sur la famille en 2014 et 2015, il a publié en conclusion son exhortation apostolique sur la famille, qu’il a appelée « Amoris laetitia », c’est-à-dire « la joie de l’amour ». Dans le chapitre 4, il insiste sur la force de l’amour qui tient debout les familles ; le pape y reprend les mots de saint Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens (1 Cor 13, 4.7-8) : « L’amour supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais ». Dans le chapitre 8, le pape François affronte les situations complexes, en particulier celles les divorcés remariés civilement, celles des couples homosexuels ou celles des couples qui n’osent pas faire le pas du mariage. Car il n’y a pas que des familles unies, il y a aussi des familles à problème, des familles complexes, comme dit le pape François. Spécialement dans ces situations-là, il faut vivre la miséricorde et la compréhension. Le pape invite donc chaque famille à vivre l’espérance, à ne pas se laisser abattre, à être actrice dans l’histoire, comme la petite famille de Nazareth, transbahutée à Bethléem.


Mais il y a plus encore. Le message de Noël va au-delà de nos familles et s’adresse à toute l’humanité. « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime », disent les anges aux bergers. L’enfant Jésus est un sauveur pour toute l’humanité. Il nous sauve de nos péchés, c’est-à-dire de nos erreurs et de nos errements. Il nous donne une piste d’amour, valable pour tous. Par exemple, aujourd’hui même, vous l’avez entendu à la radio sans doute, les évêques de République démocratique du Congo ont réussi à faire accepter un accord entre le parti du président Kabila et l’opposition, afin d’assurer une transition démocratique et éviter un bain de sang dans la population. Il leur a fallu des trésors de patience. Ils ont eu le soutien actif du pape François, qu’ils ont rencontré la semaine dernière, et celui de la Commission Justice et paix de Belgique, qui a assuré le lien avec le gouvernement belge. Ainsi les bonnes volontés se sont unies pour obtenir la paix avant Noël. C’est la foi en l’amour de l’enfant Jésus qui aide le monde à avancer.


Alors en cette fête de Noël, soyons tous comme les bergers à la crèche : des gens qui écoutent la voix de Dieu, des gens qui croient en son message, des gens qui se déplacent, qui ouvrent leurs yeux, des gens qui adorent l’enfant Jésus et des gens qui racontent ce qu’ils ont vu. De bergers à la crèche, ils vont devenir des bergers de leur peuple, des bergers de toute l’humanité ! Joyeux Noël à tous ! Djoyeux Noïè à turtot !


Amen ! Alleluia !


 + Mgr Jean-Pierre Delville,


votre évêque.



Accéder à tous les éditos