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Tous les éditos > Homélie 2e dimanche A 2017 - Cathédrale Saint-Paul Liège, 103e Journée mondiale du migrant et du réfugié (16/01/2017)


 


Homélie 2e dimanche A


103e Journée mondiale du migrant et du réfugié


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


Cathédrale de Liège


15 janvier 2017


 


Chers Frères et Soeurs,


 


C’est une grande joie pour moi de vous adresser la parole en cette journée mondiale du migrant et du réfugié. C’est une grande joie de vous voir rassemblés de différents pays du monde, avec tous ceux qui s’engagent dans l’accueil ici dans notre diocèse de Liège. Nous sommes réunis ici avec de nombreuses communautés : vietnamienne, syrienne, italienne, africaine, croate, polonaise philippine et autres. Cette célébration nous rassemble, à l’initiative de la Pastorale des migrants et des Communautés d’origine étrangère et de ses responsables, le vicaire épiscopal Baudouin Charpentier, et Madame Isabelle Cegielka, avec la participation des aumôniers des différentes nations citées.


 


Le pape François a présenté un thème à cette journée : « Enfants Migrants, vulnérables et sans voix ». Dans le cadre des fêtes de Noël et de l’Épiphanie, que nous avons célébrée dimanche dernier, nous avons été invités à accueillir Dieu comme un enfant. Cet enfant Jésus, qui plus est, fut un immigré dès le début de sa vie : à peine connu du roi Hérode, il doit être emporté en Égypte et être protégé contre la persécution d’Hérode. Jésus a donc été dès le début un enfant émigré et ses parents, des migrants également. Voilà pourquoi le pape François a souligné cette année la dure réalité des enfants immigrés dans le monde d’aujourd’hui. Dans le message pour cette Journée du migrant et du réfugié, il écrit :« Parmi les migrants, les enfants constituent le groupe le plus vulnérable, parce que, alors qu’ils se lancent dans la vie, ils sont invisibles et sans voix : la précarité les prive de documents, en les cachant aux yeux du monde ; l’absence d’adultes pour les accompagner empêche que leur voix s’élève et se fasse entendre. »


 


J’ajouterai que notre pays connaît bien cette situation. Il a en particulier forgé l’expression de MENA, ce qui veut dire « Mineur étranger non accompagné ». Des écoles se sont offertes pour l’accueil des MENA. Mais cela demande un gros effort de la part des directions et des enseignants. C’est pourquoi le pape insiste sur l’action de tous à l’égard des enfants immigrés. Il souligne trois pistes d’action : la protection, l’intégration et les solutions à long terme.


 


« Avant tout, écrit-il, il s’agit d’adopter toutes les mesures possibles pour garantir aux migrants mineurs protection et défense, parce que ‘ces garçons et filles finissent souvent dans la rue, livrés à eux-mêmes et la proie de ceux qui les exploitent sans scrupules et, bien souvent, les transforment en objet de violence physique, morale et sexuelle’ ».


 


« En deuxième lieu, il faut travailler pour l’intégration des enfants et des adolescents migrants. Ils dépendent en tout de la communauté des adultes et, très souvent, l’insuffisance des ressources financières devient un empêchement à l’adoption de politiques adéquates d’accueil, d’assistance et d’inclusion. »


 


« En troisième lieu, j’adresse à tous un appel pressant afin qu’on cherche et qu’on adopte des solutions durables. Puisqu’il s’agit d’un phénomène complexe, la question des migrants enfants doit être affrontée à la racine. Guerres, violations des droits humains, corruption, pauvreté, déséquilibres et catastrophes environnementales font partie des causes du problème. Les enfants sont les premiers à en souffrir, en subissant parfois des tortures et des violences corporelles, qui accompagnent des tortures et des violences morales et psychologiques, en laissant en eux des signes presque toujours indélébiles. »


 


Tous ceux qui ont vécu l’épreuve de l’immigration savent combien cette expérience est pénible. Mais le Seigneur veut que nous fassions front face à l’épreuve et que nous vivions une solidarité entre nous. Si la Belgique a quelque chose à apporter aux immigrés, ceux-ci apportent aussi quelque chose à la Belgique, à commencer par leur foi dans la vie, leur foi en Dieu, leur dynamisme culturel, leur solidarité familiale et sociale. Une preuve en est cette célébration elle-même et la présence de nombreux immigrés. Certains interviendront par leurs chants à la fin de cette célébration. Une autre piste est la création de couloirs humanitaires permettant à des réfugiés d’entrer en Belgique de manière légale. Je pense qu'il faut trouver des formes d'immigration légale comme alternative à l'immigration illégale et à une politique de la construction de murs, qui cause tant de morts en mer.


 


L’accueil est une qualité liée à l’ouverture spirituelle. Ainsi nous avons entendu dans l’évangile comment Jean-Baptiste a accueilli Jésus. Il a perçu dans Jésus la force de l’Esprit Saint. La force de notre foi, c’est en effet d’accueillir Jésus dans notre vie et dans notre monde. Un monde sans Dieu est un monde triste et désenchanté. Selon Jean Baptiste, Jésus est « l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». C’est une expression imagée et symbolique, que nous redisons durant l’eucharistie avant la communion. Par cette expression, nous reconnaissons Jésus à la fois comme Dieu et comme enfant. « Agneau de Dieu » : l’agneau, c’est l’enfant, c’est le petit du mouton. « De Dieu », signifie qu’il est enfant de Dieu, que Dieu nous visite en lui, qu’il y a un infini et un absolu en lui. Dieu lie son existence à celle d’un enfant : c’est ce que nous avons vu à Noël et c’est ce que Jean-Baptiste suggère en voyant Jésus qui se présente au baptême. Plus tard, Jésus lui-même s’identifiera aux enfants en disant : « celui qui accueil un de ces enfants, c’est moi qu’il accueille ». Donc aujourd’hui, celui qui accueilli un de ces réfugiés enfants, c’est Jésus qu’il accueille.


 


Dans ce mystère de solidarité entre Dieu et l’enfant, nous découvrons notre salut : l’agneau de Dieu « enlève le péché du monde ». En effet, dans la relation d’amour entre les parents et les enfants, il y a l’image de l’amour de Dieu pour nous tous. C’est l’amour qui sauve le monde ; et l’enfant incite l’adulte à ouvrir son cœur et à le protéger. Par l’amour le monde est sauvé. Nous suivons Jésus dans le baptême, pour être plongés dans l’amour de Dieu par la force de l’Esprit Saint.


 


Alors rendons grâces à Dieu pour la célébration qu’il nous offre aujourd’hui. Soyons tous au service des autres, spécialement des enfants et des immigrés, avec nos simples forces et notre bonne volonté ; mettons-nous à la suite de Jésus, l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ; et celui-ci renouvellera notre baptême dans l’Esprit Saint et nous plongera dans son amour éternel. Amen.


 


+ Jean-Pierre Delville,


 Votre évêque.



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