Notre évêque nous parle

Tous les éditos > 500e anniversaire de l’église S.-Michel de Jalhay (21/09/2014)


Homélie 25e dimanche A
(Matthieu 20,1-16)
500e anniversaire de l’église S.-Michel de Jalhay
Jean-Pierre Delville,
évêque de Liège


Chers Frères et Sœurs,


Les agriculteurs le savent : quand le blé est mûr il faut le récolter au plus vite. De même quand le raisin est mûr, il faut faire vite pour le cueillir et le rentrer ! C’est ce qui explique pourquoi dans cette parabole que nous venons d’entendre, le maître de la vigne est si pressé d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Cinq fois durant la même  journée, il descend sur la place pour trouver des ouvriers. Il les engage pour le salaire d’une pièce d’argent par jour, ce qui n’est pas mal payé !


Cet homme est l’image de Dieu, qui embauche l’humanité dans la vigne du monde. Il s’y prend à de nombreuses reprises ; il appelle les gens personnellement. Chacun d’entre nous est appelé. La vie a un sens : avoir du travail symbolise avoir un but dans la vie, avoir un revenu, une sécurité. Ici aussi dans cette paroisse, il vous a appelé et, ces derniers temps il vous a donné beaucoup de travail pour préparer la fête d’aujourd’hui, fêter les 500 ans de la paroisse, avec exposition, restauration et livre de circonstance, sans compter la restauration de l’orgue, qui est déjà entamée. On a de quoi être fier !


Mais voilà, il y a un problème qui se pose ! C’est qu’à la 11e heure du jour, soit 5 h. du soir, le maître descend encore sur la place et embauche encore des ouvriers. Il ne leur dit pas combien il va les payer. Eux viennent sans poser de questions ! Qui sont-ils ? En tout cas, ce sont des pauvres ; ce sont des chômeurs ; ils n’ont pas eu la chance d’être embauchés plus tôt. Ils sont un peu l’image des gens en difficulté aujourd’hui : les jeunes victimes du chômage, par exemple, ou les victimes de la guerre en Irak, ou les immigrés qui se noient dans la Mer Méditerranée. Ces ouvriers de la dernière heure, ce peut être chacun d’entre nous, qui vivons un moment difficile de notre vie. Malgré tout le Seigneur appelle ces derniers. Il pense à eux. Il ne leur fait pas de reproches, quand ils disent ‘personne ne nous a embauchés’. Quand vient l’heure du paiement, ces derniers sont payés les premiers et, ô surprise, ils reçoivent une pièce d’argent pour une heure de travail, alors que c’était le montant du salaire de toute la journée. Quant aux ouvriers de la première heure ils s’attendent à recevoir davantage. Mais ils reçoivent à leur tour une pièce d’argent. Ils sont furieux.


Le Seigneur se montre bon même envers ceux qui ont l’air de ne pas l’avoir mérité. Il se montre bon sans être injuste. Mais sa bonté crée des liens d’amitié et de solidarité. Les premiers s’en vont fâchés. Pourtant ils avaient été payés comme convenu. Les derniers restent avec le maître… heureux, reconnaissants. Ils ont travaillé avec un esprit de gratuité, sans demander quelque chose.


Dans lequel des deux types d’ouvriers nous retrouvons-nous ? Les premiers venus ou les derniers ? Parmi vous, certains travaillent depuis longtemps à la fête d’aujourd’hui : je pense à la chorale, à ceux qui ont préparé le programme du WE, à ceux qui ont dressé les tables, monté l’expo, rédigé le livre… Il y a de quoi être fier. Donc on se sent un peu comme les ouvriers de la première heure, ceux qui ont sué toute la journée. Mais il ne faut pas oublier une chose. L’église qui est ici, ce n’est pas nous qui l’avons construite. Elle date d’il y a 500 ans. Nous l’avons reçue gratuitement. En ce sens-là, nous sommes les ouvriers de la 11e heure : nous recevons ce que nous n’avons pas mérité. Cette église est un trésor que nous recevons, comme la pièce d’argent de la parabole. Comme ouvriers de la 11e heure, nous entrons dans la joie de Dieu, avec notre pauvreté, notre fragilité, mais aussi notre reconnaissance. Sachons apprécier ce don que nous recevons. La vie est un cadeau, la foi est un cadeau, l’évangile est un cadeau. Il faut dire merci à Dieu ! Et ne pas l’oublier. Merci à Dieu pour cette belle église reçue de nos ancêtres ! Dire merci, c’est le contraire de vivre blasé ou indifférent. C’est vivre dans la joie. Gardons ce trésor que nous avons reçu et sachons en faire profiter tous ceux que nous rencontrerons ! Amen !



Accéder à tous les éditos