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Tous les éditos > Homélie 5e dimanche ordinaire A, 5 février 2017 - Fête de la Communauté S. Egidio à l'église Saint-Barthélemy (08/02/2017)


 


Homélie 5e dimanche ordinaire A


5 février 2017 - Fête de la Communauté S. Egidio


Eglise Saint-Barthélemy


Jean-Pierre Delville


 


Chers Frères et Sœurs,


 


C’est un jour de joie pour nous tous aujourd’hui, puisque nous fêtons le 49e anniversaire de la Communauté S. Egidio, ce qui me permet de me retrouver ici avec vous dans cette église. Les lectures que nous venons d’entendre conviennent particulièrement bien à la circonstance de ce jour.


 


Nous venons d’entendre ces célèbres paroles de Jésus dans l’évangile selon Saint Matthieu : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,13-14). Cette parole pourrait paraître un peu prétentieuse et exagérée. Mais à qui s’adresse-t-elle ? À des génies en herbe ? À des personnes exceptionnelles ? Pas du tout ! Si nous regardons le contexte, nous voyons que ces paroles prolongent les béatitudes dans le discours de Jésus sur la montagne. Or les béatitudes s’adressent à des pauvres. Jésus avait dit : « Heureux les pauvres en esprit, le Royaume des cieux est à eux ; heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés » (Mt 5, 3-6). C’est à ces mêmes pauvres que Jésus dit : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ». Ces pauvres sont valorisés par Jésus dans les béatitudes. Et ce sont eux qui sont appelés aussi « la lumière du monde, le sel de la terre ».


 


Jésus nous dit donc que, pour être la lumière du monde, il n’y a pas besoin d’être riches ou puissants. Ce sont des pauvres eux-mêmes qui sont lumière du monde. Le monde d’aujourd’hui a grand besoin de lumière. Il y a beaucoup d’obscurité et de problèmes dans le monde. Il y a de l’indifférence et de la peur dans le monde. La semaine dernière une enquête est parue en Belgique intitulée : Noir, jaune, blues. Elle montre le blues des Belges ; ils ont peur de leur avenir, ils sont déçus par leurs institutions, on voit beaucoup de défaitisme et de pessimisme. C’est pourquoi Jésus nous invite à être lumière du monde avec nos pauvretés. Tout geste d’amitié envers les autres est une lumière du monde et peut changer le monde.


 


C’est exactement ce qui s’est passé ici lors de la soirée de Noël de décembre dernier. Un grand repas a été servi par les membres de la Communauté S. Egidio et par  de nombreux bénévoles pour des personnes de la rue ou des défavorisées. Et chaque semaine, des repas sont servis au Centre Kamiano. Le partage des repas, c’est aussi le partage de l’amitié et de la rencontre. C’est un moment de lumière dans la vie.


 


C’est aussi ce qui s’est passé en République Centre Africaine. De petits gestes ont sauvés le pays. La paix revient en République de Centre-Afrique grâce à l’esprit de réconciliation et de miséricorde qui anime les principaux acteurs religieux du pays. Le pape François a réussi son pari consistant à ouvrir l’année du jubilé à Bangui, capitale de Centre-Afrique, alors que le pays sortait d’une guerre civile grave, qui mettait aux prises le Nord et le Sud, sous couvert d’un combat entre musulmans et chrétiens. Grâce à l’action conjointe des autorités catholiques, musulmanes et protestantes, l’instrumentalisation de la religion par les chefs de guerre a été déjouée. L’archevêque catholique de Bangui Dieudonné Nzapalainga (nommé cardinal depuis lors) ; le leader évangélique du pays, le pasteur Nicolas Guerékoyame Gbangou ; et l’imam musulman, Oumar Kobine Layama,  en sont les initiateurs. Le nouveau chef de l’État, le président Faustin Touadéra, a pu prendre la situation en mains et il a présenté la situation de son pays aux chefs religieux du monde entier réunis à Assise le 18 septembre 2016. Il a expliqué le processus de « démystification » de la guerre qu’il a fallu faire pour déboucher sur la paix : « Des forces obscures exploitaient la religion pour faire la guerre », a-t-il dit. La paix est vraiment l’aboutissement d’une œuvre de miséricorde que des chrétiens et d’autres croyants ont tenu à mettre en œuvre contre vents et marées.


 


« En voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est dans les cieux » (Mt 5,16). Jésus ajoute ici que le bien que nous faisons entraine – non pas l’admiration ni les louanges –, mais l’action de grâces envers Dieu. Donc le bien produit un esprit de reconnaissance, de joie, de relation à Dieu. Le bien est communicatif. Il est important à notre tour d’être communicatif dans notre action de grâces. Quand nous sommes en société, en famille, au travail, sachons communiquer notre joie, notre expérience de vie positive, les services rendus qui remettent les gens debout. Pour être communicatif, il ne suffit pas de parler de la pluie et du beau temps, mais il faut avoir des choses intéressantes à raconter, pour stimuler et encourager nos interlocuteurs. Ainsi nous continuerons à être « sel de la terre et lumière du monde ».


 


La communauté S. Egidio nous invite à être une communauté au service des autres. Des jeunes s’engagent au service des enfants dans l’école de la paix, des adultes s’engagent au service de personnes âgées dans des maisons de repos, des bénévoles font le service au restaurant social Kamiano. Chacun contribue à développer l’action de grâces à Dieu et l’esprit de reconnaissance sociale. Ainsi nous serons porteurs d’espérance et de joie dans notre société, « sel de la terre et lumière du monde ».


 


+ Jean-Pierre Delville,


 Evêque de Liège.



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