Notre évêque nous parle

Tous les éditos > Prédication 27e dimanche C à Soumagne par Jean-Pierre Delville (03/10/2016)


Prédication 27e dimanche C


Soumagne


 Jean-Pierre Delville


 


Chers Frères et Sœurs,


 


Toute la liturgie d’aujourd’hui est centrée sur la foi : sa force, son contenu, sa discrétion aussi. Laissons-nous interpeller en profondeur. À la fin de ma visite pastorale, je dois dire que j’ai vu beaucoup de foi, beaucoup de dévouement et d’initiatives, surtout quand j’ai rencontré les groupes de S.-Vincent-de-Paul, les catéchistes, les visiteuses de malades, les équipes liturgiques, les responsables d’écoles et d’enseignement, les membres des équipes relais et les membres des CUP (Conseil d’unité pastorale), des membres des FE, ainsi que les prêtres et les diacres, en particulier votre curé Vital Nlandu et votre doyen Jean Lievens. J’ai même rencontré les responsables de la mosquée Mevlana. Ce que j’ai entendu régulièrement par contre, c’est : « on manque de bénévoles, on est parfois trop peu nombreux pour assumer la tâche ». On se sent donc parfois découragé.


Sommes-nous capables ? Nous disons la phrase de l’évangile que nous avons lue il y a un instant : « Augmente en nous la foi » (Lc 17,5-10). Les disciples sont conscients que leur foi est faible. La phrase pourrait être traduite littéralement : « Ajoute nous de la confiance ». Ils manquent de confiance en eux, de confiance en Jésus. C’est d’autant plus frappant que l’évangéliste saint Luc ne dit pas : « les disciples dirent à Jésus », mais plus solennellement : « Les apôtres dirent au Seigneur ». À ce stade de l’évangile, au chapitre 17, ils ne sont plus des apprentis, des disciples ; ils sont des apôtres, c’est-à-dire des envoyés, des chargés de mission. Ce sont donc précisément les chargés de mission qui se sentent insécurisés. Alors Jésus leur répond par deux petites paraboles : celle du grain de moutarde et celle du serviteur inutile. En fait, Jésus les secoue un petit peu de deux manières différentes ; la première, c’est de leur dire que, avec le peu de foi qu’ils ont déjà, même pas un grain de moutarde, ils peuvent déjà faire des choses formidables. Jésus souligne la force de la foi, même petite comme un grain de moutarde. C’est aussi une première chose que j’aimerais vous dire : avec la foi que vous avez, vous pouvez faire de grandes choses. Vous pouvez changer le cœur des gens, toucher les cœurs et y mettre de l’amour. Cela je l’ai entendu de la part des catéchistes : dans leur émerveillement à voir la croissance des enfants, l’amitié avec les enfants. Je l’ai entendu chez les enseignants, dans leur enthousiasme à accompagner les jeunes et à les former, entre autres dans le cours de religion, qui est bousculé ces temps-ci. Mais Jésus ajoute une 2e parabole, celle du simple serviteur. C’est la preuve de l’importance d’une foi humble, peu prétentieuse. Tout est dans la relation de confiance entre le maître et le serviteur, pas dans l’héroïsme de la foi. Pour nous dire : ne cherchez pas midi à 14 h., ne cherchez pas à être des vedettes, ne cherchez pas le succès et les mercis ; parce que la foi en Dieu, c’est aussi tout simplement faire son devoir, servir là où on est,  mettre du cœur dans ce que l’on fait. C’est la grâce de Dieu qui nous inspire, ce n’est pas nous qui cherchons à être des gens sensationnels. Je le vois aussi au pape François. Il n’aime pas les vivats et les acclamations ; mais il sourit aux gens, aux enfants, à ceux qu’il rencontre. Il rencontre chacun, les bons et les méchants ; il a même reçu le président Kabila de la RDC la semaine dernière. Pas pour le féliciter, sans doute ; mais pour le rencontrer en espérant toucher son cœur. C’est ce que Luther a vécu quand il était en crise de foi. Il a lu la phrase de Habacuc : Le juste vivra par la foi (Ha 2,4). Il a compris qu’il ne devait pas chercher à se justifier de tout ce qu’il faisait, mais faire confiance à Dieu et ainsi devenir juste. En ce sens, je vous redis ce que saint Paul disait à Timothée (2 Tim 1,6-8, 12-1) : « Je te le rappelle, ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains ».


Notre foi est stimulée par la mondialisation, par les initiatives du pape, par les réalisations de paix. Par exemple en Centre-Afrique, ou en Colombie ce 26 septembre. J’ai eu la chance de rencontrer le pape à Assise à la rencontre de prière des religions pour la paix et à Rome au pèlerinage diocésain. J’ai découvert ces initiatives qui ont demandé beaucoup de foi. C’est le petit grain de sénevé qui est en nous et qui est capable de plus que prévu. La foi nous mène sur des chemins inattendus : « on me demande d’être caté, on me demande d’aider à Saint-Vincent-de-Paul ou de participer au CUP, ou de rencontrer des musulmans ; je n’avais jamais pensé que je serais capable. Mais j’ai fait le pas ». La foi ainsi construit la paix dans les cœurs. La paix est plus importante que les dangers que nous courons et que la réputation que l’on a ; car elle sauve les pauvres de la misère et leur offre une espérance. Le chrétien n’est pas là pour lui-même, mais pour les autres. La foi est au service des autres, à commencer par les pauvres.


Alors merci à chacun de vous pour la foi, grosse comme un grain de moutarde, qui est dans votre cœur ! Sachez la communiquer autour de vous, la planter dans les autres cœurs, comme l’arbre dont parle Jésus et qu’on pourrait même planter dans la mer. Trouvons, chacun, les chemins que nous pouvons suivre pour vivre cette foi, l’exprimer, la mettre en pratique : c’est le chemin du bonheur et du salut, pour nous et pour tous ceux que nous rencontrerons.


+ Jean-Pierre Delville,


Votre évêque.



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