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Tous les éditos > Homélie 28e dimanche ordinaire C - Confirmations à Welkenraedt du 8 octobre 2016 (10/10/2016)


 


Homélie 28e dimanche ordinaire C


 Confirmations Welkenraedt (8 octobre 2016)


Jean-Pierre Delville


 


Chers Frères et Sœurs,


 


Nous venons d’entendre l’histoire de dix hommes qui ont vécu un grand tournant dans leur vie (Luc 17,11-19). Dans leur faiblesse, ils sont guéris par Jésus. Devant moi, je vois 14 confirmands, qui vivent aujourd’hui un grand tournant dans leur vie. Dans leur jeunesse, ils sont aujourd’hui fortifiés, confirmés par Jésus. Et chacun de nous ici présents, nous accompagnons ces jeunes ; nous aussi, dans notre faiblesse, Jésus nous relève et nous fait aller de l’avant.


Quel est ce processus de remise en marche ? Cela démarre avec une rencontre, une rencontre due au hasard. Hasard ? Pas tout-à-fait ! Rencontre il y a, parce qu’on est sorti de chez soi ! Vous les confirmands, j’ai lu dans vos lettres que vous avez fait de belles rencontres, spécialement au cours de la retraite et elles vous ont marqués. Puis vous avez rencontré les animateurs, puis le curé, Guy Balaes, puis les autres confirmands. Tout cela vous a fait avancer, vous a mis en mouvement, vous a donné des forces pour votre vie.


Donc première étape de la guérison : la rencontre. Deuxième étape : la conversation. Nous remarquons dans l’évangile que les dix lépreux adressent la parole à Jésus. Ils ne restent pas silencieux ; ils ont un cri à formuler. Pour une fois que quelqu’un d’important passe tout près d’eux, ils disent : « Jésus, maître, prends pitié de nous » ; en grec, c’est une formule proche de « Kyrie eleison », qu’on dit au début de la messe. C’est une prière, c’est un cri de détresse, c’est un appel à l’aide. Nous aussi, oserais-je dire, nous devons pouvoir dire à quelqu’un notre faiblesse, exprimer nos difficultés. Dans vos lettres, certains d’entre vous me posent la question : Comment parler à Dieu ? Comment avoir confiance en lui ? Je crois que la première réponse, c’est : oser dire ce qui nous pèse, ce qui fait notre faiblesse. Chaque jeune ressent, plus fort que les adultes, les faiblesses dans sa vie. Il est plus vite touché, parce qu’il est plus sensible. Il y a quelques jours, j’étais dans une famille où la grand-maman venait de mourir. On a fait une veillée de prière. À la fin de la veillée, ceux qui étaient le plus émus et qui pleuraient le plus, ce n’était pas les enfants de la défunte, c’étaient les petits-enfants. En effet, les jeunes sont plus sensibles. C’est pourquoi, vous les jeunes, vous ne devez pas avoir peur de prier le Seigneur dans votre cœur et lui dire ce qui ne va pas. Vous me direz : mais est-ce que le Seigneur nous entend ?


La réponse se trouve dans la troisième étape de la rencontre des lépreux avec Jésus. Celui-ci leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres ». Jésus ne dit pas : « Hop ! Vous êtes guéris ! » Il dit d’aller chez les prêtres ; en effet les prêtres étaient ceux qui devaient constater officiellement que quelqu’un n’était plus lépreux. C’est un peu comme si Jésus disait : Va à l’administration communale ! Ce n’est pas évident : à quoi bon ? Mais ils y vont tous et chemin faisant, ils sont guéris. Il fallait y croire ! Mais c’est la réalité. Donc ils sont guéris en faisant route vers les prêtres, en se bougeant, en espérant, en hésitant peut-être. Nous découvrons ainsi que Jésus nous guérit et nous remet debout, non pas d’une manière magique, mais en nous faisant marcher, en nous rendant espérance. Il est une force dans notre vie. On découvre après coup qu’il a entendu notre prière, mais pas nécessairement tout de suite ; et il nous guérit, pas d’une façon magique, mais en nous faisant participer à notre guérison par notre remise en route. Ainsi je crois que vous les jeunes, vous avez vécu ce sentiment d’être guéris et d’être remis en route. Quelqu’un d’entre vous écrit : « Je deviens plus fort grâce à Dieu ». Un autre ajoute : « Je laisse une porte ouverte à Dieu dans ma vie ». C’est ainsi qu’on s’ouvre à la guérison que Jésus nous donne.


 


Quatrième étape. Neuf lépreux disparaissent dans la nature. Mais le dixième revient vers Jésus. Il voit qu’il est guérit, il revient sur ses pas, il rend grâces à Dieu, il se jette aux pieds de Jésus et il rend grâces, il remercie. Jésus le félicite parce qu’il a rendu grâces à Dieu. Il ajoute : « Relève-toi, ta foi t’a sauvé ». Cet homme a pris conscience de ce qui lui était arrivé. Il mesure le bonheur qu’il a, c’est pourquoi il revient en arrière pour remercier Jésus et rendre gloire à Dieu. Cet homme fait un geste de reconnaissance et il reçoit plus qu’une guérison : Jésus lui dit « ta foi t’a sauvé ». Il est sauvé, c’est-à-dire que, non seulement son corps est guéri, mais aussi son âme, son intériorité, sa conscience, sa vie globale sont sauvées, sont remises debout, sont activées. Et cela n’est pas fait par Jésus tout seul, car il dit à l’homme : « Ta foi t’a sauvé ». C’est-à-dire, c’est parce que tu y as mis du tien, parce que tu as eu confiance, parce que tu as eu foi en un mieux, que tu es sauvé. Je pourrais comparer ce geste du dixième lépreux à celui de la confirmation d’aujourd’hui. Comparé au nombre de jeunes qui ont été baptisés en une année, peut-être cent, vous êtes seulement 14 à être confirmés. Mais vous avez voulu faire une démarche personnelle : vous vous êtes arrêtés sur le chemin de votre vie, vous avez pris du temps pour réfléchir et vous préparer, puis vous êtes venus ici pour être confirmés. Comme l’écrit un de vous : « être confirmé, c’est un nouveau départ ». Donc vous aussi, vous allez recevoir une force nouvelle, comme le dixième lépreux, une force de l’Esprit de Jésus, l’Esprit Saint. Le signe en sera l’onction d’huile sainte sur votre front. C’est la réponse de Dieu à votre reconnaissance. La reconnaissance, le merci, ce sont des moments importants dans notre vie. Une des jeunes confirmandes a écrit : « Mes parents m’ont mise au monde et je leur suis reconnaissante ». Voilà une belle démarche, qui correspond bien à ce que nous vivons aujourd’hui. Car chacun de nous peut exprimer sa reconnaissance, son merci, pas seulement les confirmands de ce jour. Notre merci peut être exprimé en direct à quelqu’un. Il peut aussi être exprimé au fond de notre cœur à Dieu. Quand nous remercions, quand nous rendons grâces, nous disons que ce que nous vivons nous est donné, nous ne l’avons par toujours mérité ou recherché ; mais nous recevons des dons, qui nous rendent plus forts et nous font avancer. Le Seigneur nous dira alors à chacun de nous tous : « Relève-toi ! Ta foi t’a sauvé ! »


 


Mais j’ai oublié une étape, une chose importante que Jésus remarque et que personne n’avait remarquée ! C’est quoi ? C’est que le dixième lépreux était un étranger ! Un Samaritain ! Le genre de gens que les habitants de Judée n’aimaient pas. Il y a la surprise que ceux qui manifestent leur reconnaissance, ce ne sont pas toujours ceux qu’on attendait. Ici, ce ne sont pas les bons juifs qui ont rendu grâce à Dieu, c’est un Samaritain. Dans notre monde, il en va de même. Ce ne sont pas toujours ceux qu’on attend qui vous disent merci. Et ce ne sont pas toujours les jeunes qu’on imagine les meilleurs qui font leur confirmation. Il y a la surprise. Cela veut dire qu’on n’exclut personne, même pas celui qu’on n’attend pas. Mais cela nous dit plus encore : dans notre monde, l’étranger a une place. Jésus le souligne : « Il n’y a que cet étranger qui venu remercier ». Jésus donne un enseignement à tous ceux qui l’écoutent : la guérison qu’il donne est destinée à toute l’humanité ; son message est universel. Et donc, chacun de nous qui a été remis en chemin par Jésus doit aussi devenir un apôtre de l’accueil, un apôtre de la guérison, un apôtre du message de Jésus pour le monde entier. Donc la confirmation, ce n’est pas simplement un beau moment, un cycle de préparation qui s’achève, c’est une mission de transformer notre monde à la suite de Jésus pour faire une place à l’étranger. La confirmation renouvelle la société. Comme l’écrit un des confirmands : « la communauté chrétienne peut apporter quelque chose de très enrichissant au monde ». Ainsi grâce au rayonnement de notre communauté, chaque être humaine pourra entendre résonner à son oreille : « Relève-toi et va ! Ta foi t’a sauvé. »


 


+ Jean-Pierre Delville,


Votre évêque.


 


 


 



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