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Tous les éditos > Conférence à Lourdes: La démarche de foi, sur les pas de Marie (18/08/2013)


La démarche de foi, sur les pas de Marie


En cette année de la foi, je voudrais tracer quelques étapes de la démarche de foi, à la lumière de Marie. Pour cela je me référerai surtout à l’épisode de la Visitation de Marie à Elisabeth (Luc 1,39-56) et aux apparitions de Marie à Lourdes et à Banneux. Voici les lignes les plus significatives du texte évangélique, dans la traduction de la Bible de Jérusalem, corrigée un peu sur le texte en langue originale, le grec :


« Marie se leva et se mit en route rapidement vers une ville de Judée. »


« Il advint, dès qu’Elisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein. »


« Elle poussa un grand cri et dit : “Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein ; et comment m’est il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? Car, vois-tu, dès l’instant où le son de ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein. Oui bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur.” »


« Marie dit :


« Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon sauveur. »


« Oui, vois-tu, désormais toutes les générations me diront bienheureuse. »


« Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe. »


« Il a renvoyé les riches les mains vides. »


« Selon qu’il l’avait annoncé à nos pères ».


Je voudrais souligner combien la foi passe par les sens : par les pieds (le toucher), par les yeux (la vision), par les oreilles (l’écoute) et par les mains (l’action).


1. Les pieds


La première étape de la foi, ce sont les pieds. On se met en route et on quitte sa maison. On se met en chemin et on cherche quelque chose de nouveau pour sa vie. On cherche une guérison, intérieure ou extérieure, on cherche un salut. On est animé par un désir, par une attente, par une prière, par une action de grâce.


C’est ce qu’a fait Marie, quand elle est allée visiter Elisabeth ! Elle a voulu rencontrer sa cousine et remercier Dieu : « Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon sauveur ». Comme le dit Elisabeth : « Comment m’est il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? » Ce mot « venir à », en grec prosèlthon, a donné le mot « prosélyte », littéralement « celui qui est venu vers », celui qui s’est fait disciple. « S’approcher », c’est devenir disciple.


C’est aussi ce qu’a fait notre pape François le lendemain de son élection. Il a pris la voiture incognito, il a traversé Rome, il est arrivé à la basilique de Ste Marie Majeure, il est entré, il a traversé l’église devant les fidèles tout étonnés, il s’est dirigé vers la chapelle de Notre Dame, Salut du peuple romain, et il a déposé sur l’autel un bouquet de fleurs. Il a voulu remercier Marie et la prier pour son ministère de pape.


C’est comme Bernadette qui quitte sa maison de Lourdes pour la grotte.


C’est comme Mariette Beco, qui quitte sa maison de Banneux et va dans son jardin voir Marie.


C’est comme les premiers disciples, qui s’approchent de Jésus.


C’est la démarche motivée par le désir.


Tel est le premier pas de la foi.


2. Les yeux


La deuxième étape de la foi, c’est le regard, c’est la vision.


Qu’est ce que nous voyons ? Nous voyons Elisabeth, qui rencontre Marie et lui dit : « Vois-tu, dès l’instant où le son de ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein ». Elisabeth a porté un nouveau regard sur Marie, sa cousine ; elle voit au-delà des apparences, elle voit le sens de l’enfant que Marie porte en elle ; elle lui dit donc : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein ! » Elisabeth a eu une vision : sa cousine Marie est devenue une femme d’exception, et son enfant, un enfant béni !


Marie aussi porte un nouveau regard sur elle-même, elle devine le regard de Dieu sur elle : « Il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante. »


Et nous aussi, en venant ici, nous portons un nouveau regard sur nous et sur le monde, et nous découvrons que nous sommes tous des bénis de Dieu. Marie nous donne un  nouveau regard, sur le monde et sur nous. C’est le côté « révélation » de la foi. C’est le côté don, c’est le côté grâce. Ce sont les yeux de la foi. C’est la vision de Dieu.


C’est aussi ce que Bernadette a vécu à Lourdes : une nouvelle vision de Marie.


Et ce que Mariette a vécu à Banneux : la belle dame !


Les premiers disciples voient Jésus : Seigneur où habites-tu ? Venez et voyez, dit Jésus.


Et quand Jésus sera ressuscité, il sera « vu ». Car la vision, c’est la compréhension totale ; c’est comme, après avoir longtemps posé un problème, on dit enfin : Ah ! Je vois ! On ne voit rien en réalité, mais on voit tout intérieurement.


3. Les oreilles


Après avoir regardé, écoutons, avec nos oreilles !


« Il advint, dès qu’Elisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein. »


« Elle poussa un grand cri et dit : “Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein. Car, vois-tu, dès l’instant où le son de ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein. »


On assiste à un échange de paroles. La foi se dit.


Grâce à cela les deux enfants se rencontrent avant de naître : Jean-Baptiste et Jésus, avec Marie et Elisabeth : ils forment une petite communauté qui va sauver le monde. Marie a cru en des paroles : « Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur. » 


C’est pourquoi elle même se met à parler, elle proclame alors son Magnificat : elle nous fait entendre sa joie, elle proclame le projet de salut de Dieu pour le monde : « Toutes les générations me diront bienheureuse ». La parole se transmet de Dieu aux hommes : « Selon qu’il l’avait annoncé à nos pères ».


Le contenu de ces paroles c’est l’amour de Dieu envers nous.


Ici aussi à Lourdes, nous entendons un message : nous entendons les récits de guérison, les récits de pèlerinage à Lourdes. Alors notre cœur se met à battre : car nous nous reconnaissons dans ceux qui souffrent, dans ceux qui sont pauvres, dans ceux qui prient. Marie parle à notre cœur. Marie parle à tous ceux qui viennent ici, comme à Mariette à Banneux, où elle disait : « Je suis la vierge des pauvres » ; elle nous rassemble, nous ne sommes plus seuls en face de notre vie et de nos souffrances. Nous sommes tout un peuple : Marie fait de nous une communauté, une communauté de pauvres, une communauté de nations. Elle provoque la rencontre.


C’est une parole qui crée l’amitié.


C’est une parole de vie.


C’est la parole vitale dont parle le prologue de Jean.


C’est la parole qui est à la base du développement de l’enfant, comme le montre la psychologie. Sans la parole, l’enfant resterait comme un animal.


C’est la parole qui libère, par l’expression des sentiments.


4. Les mains


Et ainsi nous arrivons à la dernière étape, celle des mains, celle de l’action.


« Il a renvoyé les riches les mains vides ; il élève les humbles »


« Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe. »


Le Seigneur nous délivre, Marie en témoigne.


La main, c’est l’action. Dieu nous sauve par la force de son amour.


Il comble les mains des pauvres.


Les mains sont aussi l’acteur des sacrements : qu’on pense à l’imposition des mains ; ou aux mains qui administrent le baptême. Ainsi avec Marie, les mains de Mariette et celles de Bernadette deviennent sacramentales, symboles de guérison et de renouvellement.


« Poussez vos mains dans l’eau », dit Marie à Mariette.


« Buvez de cette source », dit Marie à Bernadette. 


L’eau nous lave et nous soulage. Elle nous guérit. Elle rafraichit notre cœur. « Priez beaucoup », dit Marie à Mariette. La prière guérit notre cœur. « Je viens soulager la souffrance », ajoute Marie. La main de Marie touche notre cœur et nous guérit. Nous reconnaissons notre souffrance et Marie nous en soulage.


Cela me rappelle une histoire du pape François. Savez-vous qu’il a une dévotion spéciale pour Marie, qu’il a introduite en Argentine ? C’est Marie qui défait les nœuds ! Il s’agit d’une dévotion à Marie pratiquée à l’église S.-Pierre à Augsbourg en Allemagne, que le pape a connue quand il étudiait en Allemagne. Désolé je fais de la publicité pour un autre sanctuaire ! On voit sur la peinture de ce sanctuaire que Marie tient deux cordons pleins de nœuds, gros et petits ; et Marie patiemment défait tous les nœuds ! Le pape François a trouvé cela génial : Marie défait tous les nœuds de notre vie ! Patiemment avec ses mains fines, elle dénoue les nœuds qui nous enserrent ! Elle donne des forces à toutes les femmes du monde : à celles qui sont pliées jusqu’à terre pour travailler dans les champs, à celles qui sont victimes de mauvais traitements et de violence, à celles qu’on exploite dans les ateliers de couture, à celles qu’on méprise comme inférieures, à celles qui se dévouent dans le secret et que personne ne remercie. Il y a aussi l’histoire d’Aparecida, au Brésil : dans un filet de pêcheurs, une statue de Marie est trouvée, sans tête, au milieu des poissons. Un pêcheur recommande de lancer à nouveau le filet : on trouve la tête de Marie ! Et une troisième fois, on lance les filets : ils sont pleins à craquer ! C’est le signe de l’abondance des grâces données par Marie. C’est le signe aussi que Marie désagrégée est reconstituée par les hommes. De même chaque homme divisé en lui-même peut être réunifié, comme la statue de Marie Aparecida !


Merci, Marie, toi qui dénoues tous les nœuds qui nous enserrent !


Tu donnes force à nos pieds qui nous font avancer sur le chemin de la vie.


Tu touches nos oreilles par tes paroles de vie !


Tu éclaires nos yeux par ton exemple et tu nous donnes un nouveau regard sur les autres !


Tu guides nos mains pour que nous construisions un monde d’amour ! Merci ! Amen !


+ Jean-Pierre Delville


Evêque de Liège


 


 



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