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Tous les éditos > Homélie du 26 mai 2016 - Fête-Dieu à l'église Saint-Martin de Liège (27/05/2016)


Homélie Fête-Dieu 2016


Liège, Saint-Martin


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 


 


Chers Frères et Sœurs,


 


 


La Fête-Dieu de cette année est placée sous le signe de la miséricorde. Miséricorde signifie «  avoir du cœur » pour celui qui est dans la misère ou la pauvreté « miséricorde ». Quand Jésus partage les pains et les poissons à la foule de 5000 hommes rassemblée dans le désert (Lc 9, 11-17), il a miséricorde de cette foule qui a faim et qui est dans la pauvreté. Cette miséricorde ne consiste pas en de purs sentiments, elle est encore moins un acte de magie. Jésus dit aux disciples : « Donnez-leur vous- mêmes à manger ». La miséricorde est donc un passage à l’acte, un engagement. Mais les moyens manquent parfois ! Ainsi dans ce désert, Jésus et ses disciples n’avaient que 5 pains et 2 poissons : de pauvres moyens. Mais Jésus les a bénis, les a rompus et les a partagés. Et il y eut à manger pour tout le monde. La pauvreté partagée fait des miracles ; en partageant le peu qu’on a, on débouche sur des solutions inattendues. Jésus a béni cette pauvreté, c’est-à-dire qu’il l’a contemplée, l’a prise en considération, il ne s’en est pas moqué. Et ce 5+2 est devenu 7, chiffre de la perfection. On pourrait spéculer sur la symbolique des chiffres et évoquer ceci : 5, c’est le chiffre de la première alliance, ce sont les 5 livres de la Loi, le Pentateuque ; 2, c’est le chiffre de l’imperfection, de la division ; mais 5+2 donnent 7, le chiffre de la perfection, le chiffre des jours de la création. De la pauvreté de moyens, Jésus tire une nouvelle création.


De même, à la dernière cène (1 Cor 11,23-26), face à la souffrance et à la mort, Jésus partage le pain et le vin. Face à la pauvreté de sa vie, à l’échec apparent de sa mission, Jésus ne baisse pas les bras, il ne tombe pas dans la déprime, encore moins dans la fuite. Il partage le peu qu’il a, le pain et le vin, en disant qu’ils sont son corps et son sang. Ils représentent une vie fragile, une vie qui va être enlevée. Mais ils représentent en même temps un partage de cette vie : prenez et mangez-en, buvez-en tous : ceci est mon corps, ceci est mon sang, dit Jésus. C’est comme à la multiplication des pains : la pauvreté des moyens, quand elle est partagée, devient source de vie et de salut. Le corps et le sang du Christ, donnés en communion, nous associent à sa vie, à sa mort et à sa résurrection. Notre pauvreté est dépassée, nous sommes rassasiés, comme la foule au désert ; nous recevons une vie nouvelle, par notre communion à la pauvreté du Christ.


 


Encore aujourd’hui, on pourrait se moquer de l’eucharistie et dire : « Mais ce n’est qu’un bout de pain, que voulez-vous que cela fasse ? Pourquoi le vénérez-vous tellement ? » Et pourtant nous déployons toute une liturgie, toute une vénération et tout un faste, comme ce soir, pour ce bout de pain. Pourquoi ? Parce que c’est la pauvreté partagée par le Christ, et ce partage nous révèle sa divinité. Dieu est dans ce partage de la pauvreté et nous communique sa divinité.


 


Cette communion nous invite à l’action concrète, elle nous invite aux œuvres de miséricorde. Comme disait Jésus : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » Et pour éclairer cela, le cardinal Oscar Maradiaga nous disait mardi dernier à la cathédrale : « Il existe un lien intime et indissoluble entre l'eucharistie et la charité, entre la présence eucharistique et la mission, entre l'adoration et la justice sociale ». Cet engagement nous pousse à l’action et, au-delà même des premiers gestes de charité, il nous pousse à agir sur les structures injustes de notre monde. Comme disait le cardinal Maradiaga : « Satisfaire la faim, implique également de découvrir les raisons de la faim et de travailler pour briser les chaînes qui maintiennent les plus pauvres piégés dans la pauvreté ». Une œuvre de miséricorde est de visiter les prisonniers. « Nous sommes invités à visiter ceux qui sont des criminels, qui parfois ont commis des crimes graves », ajoutait-il C’est particulièrement urgent dans notre pays avec la crise des prisons. L’opinion publique a tendance à mépriser les prisonniers. J’entendais dire à la TV la réaction suivante : « Les prisons ne sont quand même pas des clubs Med ! » Ce genre de réflexion va contre l’évangile. On doit reconnaître la valeur de tout homme, même prisonnier. Nos équipes d’aumôniers de prison sont engagées à fond dans l’aide aux prisonniers ces jours-ci ; les membres de l’aumônerie vont eux-mêmes distribuer des repas aux prisonniers, sans négliger la situation des gardiens ; et je les félicite pour leur engagement. Une autre pauvreté partagée est celle de visiter les malades ; « le Christ s'identifie avec ces personnes malades, quand nous les visitons ; c’est donc lui que nous visitons sous une autre apparence, et nous-mêmes, nous obtenons aussi une guérison », disait le cardinal Maradiaga. Nous rejoignons l’intuition de sainte Julienne de Cornillon qui, au 13e siècle, était d’abord au service des malades comme directrice d’un hôpital, la léproserie de Cornillon, avant d’être aussi la promotrice de la fête du Saint-Sacrement, fête destinée à favoriser l’union du chrétien au Christ par la communion eucharistique.


 


Frères et Sœurs, cette pauvreté partagée, cette communion, est un secret de vie. L’évangile de la multiplication des pains se termine par : « on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers ». Douze : le chiffre des tribus d’Israël, le chiffre des disciples, le symbole de l’Église. C’est dans la communion ecclésiale que la communion au Christ donne ses fruits. Nous allons marcher en Église en escortant le corps du Christ. Que notre Église de Liège soit ainsi un des douze paniers qui alimentent l’humanité !


 


Amen ! Alleluia !


 


+ Jean-Pierre Delville,


Votre évêque



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