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Homélie pour la Commémoration des défunts


2 novembre 2016


(1 Co 15, 12.16-20 ; Jn 14,1-6)


(Lectionnaire Défunts, 19 et 121)


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 


 


Chers Frères et Sœurs,


 


 


Une personne me disait récemment : « Puisque beaucoup de gens demandent la crémation, comment peut-on encore croire à la résurrection des corps ? » Question judicieuse, je trouve. L’Église autrefois interdisait la crémation des corps. C’était surtout une question symbolique : comme les Romains païens faisaient incinérer leurs corps, les chrétiens ont réagi contre cette coutume et, en signe de foi en la vie éternelle, ils ont enterré les corps. Et ils ont même appelé les lieux d’enterrement des corps « cimetière », ce qui veut dire « dortoir », pour signifier l’attente de la résurrection, l’attente du réveil. Le signe le plus extraordinaire de cette fois ce sont les cimetières souterrains de Rome, les catacombes : on y voit comment, dès le 2e siècle, bien avant que l’Église soit reconnue dans l’Empire romain, les chrétiens avaient acheté des terrains pour ensevelir leurs morts et ne pas brûler leurs corps. Saint Augustin écrivait que les corps sont « comme les instruments et les vases dont l’Esprit s’est saintement servi pour opérer tant de bonnes œuvres[1] ».


Aujourd’hui cette symbolique s’est estompée. On est passé d’une sacralisation du corps mort vers une sacralisation du corps vivant. On soigne le corps vivant, bien plus qu’autrefois, grâce à la médecine, grâce à l’hygiène, grâce à une valorisation de la vie sexuelle et affective. On a développé dans le christianisme une théologie du corps, en montrant que toute la grâce de Dieu passe à travers nos corps ; on ne méprise plus le corps comme on l’a fait autrefois, on ne le considère plus comme un signe de péché et de matérialisme, mais plutôt comme un outil et un ami grâce auquel nous pouvons aimer notre prochain.


Par contre le corps mort est moins respecté qu’autrefois. C’est pourquoi la pratique de l’incinération s’est développée. Elle a été permise dans l’Eglise catholique dès 1963. Mais comme elle risque d’entraîner une opposition à la foi en la résurrection, la semaine dernière le pape François a fait diffuser une instruction de la Congrégation pour la doctrine sur la foi, intitulée Ad resurgendum cum Christo, qui recommande l’inhumation des corps et règlemente l’incinération, en interdisant la dispersion des cendres hors des cimetières.


Cette instruction nous rappelle d’abord que notre foi dans la résurrection est basée sur notre foi en Jésus ressuscité. Comme l’écrit saint Paul aux Romains : « Le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, afin que nous vivions nous aussi d’une vie nouvelle » (Rm 6, 4). La résurrection du Christ est donc le signe de sa divinité, le signe qu’il est dans la gloire du Père, le signe que sa vie a une valeur universelle et absolue. Cette vie en plénitude, elle nous est partagée. C’est pourquoi saint Paul écrit aux Corinthiens ce que nous venons d’entendre en première lecture : « Le Christ est ressuscité d’entre les morts pour être parmi les morts le premier ressuscité » (1 Co 15,20). Cela signifie donc que chaque baptisé est appelé à ressusciter. Notons que dans la mentalité biblique, le corps ne se limite pas à sa dimension matérielle, mais signifie toute la personne humaine, chair-âme-esprit à la fois. La résurrection des corps signifie donc la vie nouvelle de chaque personne dans son individualité.


Cette perspective d’une vie future est intimement liée à la vie actuelle. Car pour y participer il faut commencer dès maintenant à vivre en ressuscité, c’est-à-dire qu’il faut avoir fait mourir le mal en soi, pour vivre de l’amour. Cela, c’est une expérience que nous vivons par le baptême : grâce au baptême, comme l’écrit saint Paul aux Romains, « Nous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés. Si par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts » (Rm 6,3-4). Donc le baptême est déjà une première résurrection, qui nous donne une nouvelle qualité de vie. Et la résurrection finale est un aboutissement et une perfection, qui illumine notre présent et nous promet la vie éternelle, d’une façon personnelle mais aussi d’une manière universelle. C’est une vie nouvelle de chaque individu, mais c’est aussi la communion de toute l’humanité.


 


C’est pour signifier cela que les chrétiens enterrent leurs morts dans une terre bénie, le cimetière, où on peut garder le souvenir personnel des défunts. C’est pour cela aussi que les cendres des corps incinérés doivent aussi être gardées dans cette terre bénie, et ne pas être dispersées dans la nature, et encore moins être conservées à domicile d’une façon privatisée : tout cela, c’est pour garder le sens de l’universalité de notre destin et valoriser notre foi en la résurrection de chacun.


La commémoration des défunts nous invite ainsi chacun à nous poser la question du sens de notre vie et de notre mort, la question de notre destin, de notre avenir, la question de l’avenir des défunts que nous rappelons aujourd’hui.


C’est pourquoi, en ce jour de la commémoration des défunts, nous prions pour les défunts, pour que le Seigneur les accueille, les purifie et les ressuscite pour une vie en plénitude. Nous prions spécialement pour nos parents et nos amis qui sont morts cette année. Nous rendons grâce au Seigneur, parce que, comme le dit Jésus : « La maison de mon Père peut être la demeure de beaucoup de monde : je pars vous préparer une place » (Jn 14,2). Nos défunts ont accueilli le Christ dans leur vie et ils ont communiqué quelque chose de son esprit autour d’eux. Ils vivent maintenant dans sa joie. Nous prions aussi pour chacun d’entre nous, dans la confiance, car le Seigneur nous dit, comme à Thomas : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6). Suivons ce chemin qui nous conduit vers la communion avec Dieu.


 


+ Jean-Pierre Delville,


Votre évêque.


 


 


 






[1]Saint Augustin, De cura pro mortuis gerenda, 3, 5 : CSEL 41, 627.





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