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Tous les éditos > Homélie 23e dimanche C - Trois cents ans de l’église S.-Remacle à Liège Jean-Pierre Delville, évêque de Liège (04/09/2016)


 


Homélie 23e dimanche C


Trois cents ans de l’église S.-Remacle à Liège


Jean-Pierre Delville, évêque de Liège


 


Chers Frères et Sœurs,


C’est une joie pour moi de célébrer avec vous les 300 ans de l’église S.-Remacle. Si l’église est vénérable, la paroisse l’est encore plus puisqu’elle remonte au 14e siècle au moins ; elle-même est née à partir d’une chapelle du 11e siècle, liée au passage des reliques de saint Remacle. La paroisse est devenue la tête d’un doyenné qui couvrait une partie du Condroz et ce, jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Il y a de quoi être fier et se réjouir. Nous sommes nombreux à cette occasion. Nous sommes un peu comme ces « grandes foules qui faisaient route avec Jésus », dont parle l’évangile que nous venons d’entendre (Lc 14,25-33). L’évangéliste Luc souligne beaucoup le fait de marcher, de faire route. Tout l’évangile de Luc est présenté comme une montée de Jésus vers Jérusalem. Jésus est toujours en route. De nombreuses gens l’accompagnent : certainement par enthousiasme pour sa parole, mais aussi par volonté d’être guéris. En fait, il y a un peu d’intérêt personnel dans cet enthousiasme, un peu de superficialité, un peu d’ambition d’être dans la suite du Messie. Alors Jésus arrête la foule et lance un avertissement : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs et même sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple ». Donc Jésus invite les gens à réfléchir à la raison pour laquelle ils viennent à lui. Est-ce qu’ils sont prêts à s’engager vraiment, comme Jésus ? Ou est-ce qu’ils suivent Jésus comme on acclame une vedette ? Jésus ajoute même : « Celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas à ma suite ne peut pas être mon disciple ».


 


Ces avertissements tombent bien un jour où nous sommes réunis, non pas pour nous décourager, mais pour nous stimuler à avoir plus de motivation et plus de profondeur dans notre vie de foi. En effet, pour nous inviter à cet approfondissement, Jésus nous invite à nous asseoir et à faire le point. Et il donne deux exemples.


Il y a d’abord l’histoire de l’homme qui construit une tour. Ce promoteur immobilier commence par s’asseoir et faire ses comptes, pour voir s’il a assez d’argent pour construire ! C’est très pragmatique. Dans la gestion de notre église, de notre Unité pastorale, il faut aussi examiner les comptes pour voir si l’on gère bien l’église S.-Remacle et si l’on assez d’argent pour faire les travaux nécessaires et soutenir la pastorale. L’important, cependant, pour Jésus, c’est le fait de s’asseoir et de réfléchir à ce que l’on va faire.


Il prend aussi l’exemple d’un roi qui doit défendre son pays avec 10 000 hommes. A-t-il assez de soldats pour combattre ? Vous me direz : cela, ça ne nous concerne pas ; on n’est pas militariste. Peut-être, mais on doit quand même avoir une stratégie dans la vie, avoir un projet pastoral. Il faut une stratégie pour promouvoir l’engagement des chrétiens. On se demandera : sommes-nous assez nombreux pour nous engager comme chrétiens dans notre UP, pour combattre l’indifférence, la résignation, la violence, le manque d’amour ? Si je compte tous ceux qui sont là aujourd’hui, je crois qu’on peut dire : oui, nous sommes assez nombreux pour témoigner ici de notre foi ! Mais de nouveau, l’important, c’est de s’asseoir pour réfléchir à notre engagement.


Jésus nous donne donc deux petites paraboles sur le devoir de s’asseoir et de discerner ce qu’il faut faire. Le promoteur immobilier s’assied pour faire ses comptes ; le roi s’assied pour réfléchir à sa stratégie ; et le chrétien s’assied pour voir s’il veut vraiment s’engager envers Jésus. Nous voilà maintenant au cœur de notre célébration d’aujourd’hui. Pour aller à Jésus, il faut savoir renoncer à certaines choses. Peut-être que le promoteur immobilier va renoncer à faire une haute tour ! Peut-être que le roi va renoncer à faire la guerre ! Et peut-être que le disciple de Jésus va renoncer à se cloisonner dans sa famille pour choisir d’aller à Jésus. Renoncer à certaines sécurités, cela signifie accepter sa fragilité, accepter certaines souffrances, comme Jésus : «  Celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas à ma suite, dit Jésus, ne peut pas être mon disciple ». Derrière ce renoncement et cette pauvreté, se cache une vraie force, celle que l’on tient de Jésus lui-même et pas de nos propres forces. Ainsi chacun de nous est-il invité ce soir à s’asseoir et à se dire : qu’est-ce que je choisis pour ma vie ? À quoi est-ce que j’accepte de renoncer ? À qui est-ce que j’accepte de me donner ?


Au cœur de nos pauvretés, de nos limites et de nos renoncements, le Seigneur nous appelle. Il n’attend pas que nous soyons des surhommes, des vedettes. Alors sachons renoncer à ce côté-là de nous-mêmes, reconnaissons nos limites et nos faiblesses et faisons de notre vie un chemin en compagnie de Jésus.


Dans cet esprit de marche ensemble, soyons des témoins de la foi. Créons une nouvelle famille humaine. Comme Mère Teresa, qui est déclarée sainte ce dimanche, elle qui – avec ses consœurs -  se donnait à ceux qui état sans espoir dans la vie. Comme saint Remacle, qui a créé en 648 au fond de la forêt ardennaise une communauté nouvelle à Stavelot et à Malmedy, afin de prier pour toute la société. Soyons au service de l’humanité. Soyons au service de la création : vous avez entendu ce que le pape François a fait ce 1er septembre, jour de prière pour la sauvegarde de la création. Il a ajouté aux sept œuvres de miséricorde une huitième : celle de s’engager pour la sauvegarde de la création ! Cet engagement nous conduit à une meilleure justice dans le monde. C’est aussi cela que saint Paul propose à son ami Philémon, dans la lettre que nous avons entendue. Il suggère que Philémon libère son esclave Onésime, qui s’était enfui et qui s’était réfugié chez saint Paul. Ainsi Philémon considérera Onésime non plus comme un esclave, mais comme un frère ! Une nouvelle famille se crée. C’est ce que Jésus suggère aussi en créant la famille de ses disciples. Je suggère qu’ici aussi, dans votre UP et votre paroisse, une nouvelle famille se développe. Une famille au service du monde, une famille qui libère les esclaves de notre société, une famille qui donne la joie de l’amour ! Amoris laetitia, comme dit le pape. La joie de l’amour. C’est ce que je souhaite à votre paroisse, c’est ce que je vous souhaite à tous ! 


Amen ! Alléluia !


+ Jean-Pierre Delville,


Votre évêque 



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